Diplomatie et crédibilité : Marco Rubio impose le Times New Roman, plus solennel

Exit la police Calibri, instituée sous Joe Biden pour suivre les règles Diversité, Égalité, Inclusion.
Secrétaire d'Etat USA Rubio

Depuis ce 10 décembre, les documents et correspondances de la secrétairerie d’État des États-Unis (l’équivalent de notre ministère des Affaires étrangères) doivent s’écrire en caractères Times New Roman. Loin d’être une coquetterie, la décision est pleine de sens. Typographie et politique ont partie liée.

Calibri, informel par nature

Le Times New Roman a été utilisé dès 2004 par le ministère. Puis, sous le mandat Biden, a été promue la police Calibri. Une police sans empattements, plus lisible sur écran, plus « accessible », donc. C’était une préconisation du département des politiques Diversité, Égalité, Inclusion (DEI) du ministère. Le nouveau secrétaire d’État, Marco Rubio, n’en veut plus. Il relève que, même si le Calibri « ne figure pas parmi les exemples les plus illégaux, immoraux, radicaux ou dispendieux » des politiques DEI, ses effets sont contestables. En effet, « le nombre de dossiers de correction de documents pour des raisons d'accessibilité au département d'État est resté identique ».

De plus, et c’est la faiblesse principale de cette police aux yeux de Marco Rubio, elle est « informelle » et « détonne avec la police formelle du papier à en-tête du département ». « Le passage au Calibri, dit, plus loin, le secrétaire d’État, n'a eu d'autre effet que de dégrader la qualité de la correspondance officielle du département ». C’est pour restaurer une certaine dignité de communication que le Times New Roman reprend du service. Le titre de la note du secrétaire d’État est explicite : il s’agit d’un « retour à la tradition ».

Des références historiques

Une tradition antique, au sens propre. « Les caractères à empattements, dont les origines remontent à l'Antiquité romaine, sont généralement perçus comme évoquant la tradition, la formalité et la cérémonie », écrit Rubio. C’est toute la puissance de la Capitalis monumentalis, la célèbre écriture formée dès le IIe siècle av. J.-C. et qui orne les monuments, les arcs de triomphe. Une lettre d’apparat, faite pour impressionner et manifester la puissance de Rome - qu’on sache lire le latin ou pas.

Autre exemple donné, celui du président John F. Kennedy. Il avait choisi, pour l’inscription « United States of America » apposée sur l’avion Air Force One, une police à empattements, la Caslon. Une police anglaise du XVIIIe siècle. Le symbole était fort, puisque la Caslon est « similaire à la police utilisée dans la première version imprimée de la Déclaration d’indépendance », rappelle Marco Rubio.

Tout est politique

En se remettant au Times New Roman, la secrétairerie d’État s’aligne sur les autres ministères et bien d’autres institutions - tribunaux, assemblées, agences fédérales… - où les polices à empattements sont la règle. Il aurait été incompréhensible que les relations diplomatiques restent en dehors du coup dès lors que « la présentation fait partie intégrante du message ». La police utilisée « influence la perception des documents officiels en termes de cohérence, de professionnalisme et de formalité ».

La République française n’a-t-elle pas sa propre police, Marianne© ? Une police sans empattements, mais non sans histoire : « Son dessin fait référence au patrimoine typographique français pour les proportions : elles sont basées sur la capitale romaine pour les capitales et sur le Garamond pour les bas de casse [minuscules] ». Créée en 2007 pour Microsoft, la Calibri n’a pas tant de quartiers de noblesse et a d’ailleurs été abandonnée par la célèbre marque en 2023. Police lisible certes, mais appartenant au monde fluide, sans l'identité forte que peuvent avoir des caractères de haut lignage.

Il y a la mode en matière de graphies comme en d’autres matières, mais il est intéressant de n’y pas toujours succomber et de se référer à quelques principes, surtout pour les institutions. « La typographie influe sur l’autorité et le caractère solennel des textes », rappelle Rubio. On peut n’être pas toujours d’accord avec la politique étrangère des États-Unis, mais difficile de ne pas souscrire à cette vision typographique.

Picture of Samuel Martin
Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

14 commentaires

  1. Times New Roman est généralement une bonne police; mais comme toutes les polices avec empattement qui ressemble à T.N.R elles manquent de fluidité, et peuvent s’avérer fatigantes pour une longue lecture. Personnellement je trouve que « Dotum » est une excellente police, car les caractères sont presque aussi hauts que larges; parfaitement idéale pour lire en petit caractères. l’inconvénient de ce type de polices est la possibilité de confondre le: i majuscule avec L miniscule.

  2. ça tombe bien c’est celui que j’utilise
    Reste à convaincre BV de n’utiliser que l’alphabet français pour les patronymes français: ce n’est pas gagné

  3. Euh… je ne sais pas si la police utilisée par BV est du Calibri, de l’Arial, ou tout autre « sans sérif » (il en existe beaucoup !), mais en tout cas, ce n’est pas du Times (ni classique, ni roman, ni new roman).
    Et, si les polices avec sérif sont plus élégantes sur papier, on ne peut nier que les sans sérif sont plus lisibles à l’écran.

  4. Sans doute pas fondamental mais intéressant. La police de caractère relève de la forme, avec l’orthographe , la syntaxe, etc. Pourquoi emballons-nous dans un joli papier cadeau les cadeaux que nous offrons, à Noël ou à d’autres occasions ? La police de caractère, c’est l’emballage de nos mots…

  5. Quelle importance ? L’essentiel n »est-il pas il pas le fond et le forme (orthographe , syntaxe, etc). Que ce soit en Marianne, Calibri ou Times New roman est tout à fait secondaire.

  6. « La République française n’a-t-elle pas sa propre police, Marianne ? La police de la République n’est pas Marianne mais Nunez. Caractère falot et moche à regarder parce que moche à l’intérieur.

  7. Dans les 2 cas (Biden imposant Calibri et Rubio revenant à Times New Roman), n’est-ce pas du fric foutu en l’air par idéologie ?

    • Sauf erreur, le Times New Roman est la typographie utilisée par les étudiants pour leurs mémoires et par les doctorants pour leur thèse.

      • C’était le cas de mon temps. mais je suis vieille. (j’ai utilisé le premier ordinateur en 1973, à l’époque plutôt une sorte de gros calculateur avec un logiciel à entrer, sorte de carte, pour chaque calcul particulier et pour chaque série de de résultats à corréler.)
        L’avantage, c’est que c’est plus facile pour corriger sur ordinateur que lorsque l’on devait le taper à la machine à écrire et recommencer la page s’il y avait une erreur.
        On nous imposait aussi la largeur des marges, des interlignes et le nombre de pages. (et le nombre minimum de références bibliographiques)

    • Si Rubio a décidé de mettre à la poubelle tous les documents imprimés en Calibri pour les remplacer par les mêmes en Times, sacré gaspillage, oui.
      Mais s’il s’agit simplement de passer, désormais, au Times, ça ne coûte rien, si ce n’est quelques minutes : c’est gratuit, il suffit de télécharger !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois