Discours d’Emmanuel Macron : il a dit « dissuasion avancée »…
Pour une fois, il aura fait plutôt court. Emmanuel Macron était aujourd’hui à l’île Longue, dans cette base sous-marine ultra-protégée située à l’extrême pointe de notre territoire et, partant, du continent européen. Sa prise de parole, prévue de longue date, tombe au moment où le Moyen-Orient est plongé dans le chaos. Autant dire que les observateurs (selon la formule consacrée) attendaient beaucoup de ce discours qui, pour une fois, mettait en jeu des principes vitaux, en l’occurrence celui de notre autonomie stratégique.
Le dossier fourni à la presse, qui rappelait que la décision ultime (le « bouton nucléaire ») restait du ressort exclusif du président de la République, se voulait rassurant. Il fallait toutefois aller dans le détail, puisque Macron avait négligemment évoqué l’idée de partager la souveraineté nucléaire avec d’autres pays d’Europe, dont l’Allemagne. Énième preuve que la France, dans le couple franco-allemand, rame à essayer de conquérir une Germanie indifférente qui a envers notre exécutif la froideur dédaigneuse de Marlene Dietrich sous sa capeline.
EN DIRECT | Discours du Président @EmmanuelMacron sur la dissuasion nucléaire de la France, depuis la base de l’Île Longue. https://t.co/bpk2YpKZIh
— Élysée (@Elysee) March 2, 2026
À ce sujet — [INFO BV] Dissuasion nucléaire : le RN réfléchit à une procédure de destitution d’Emmanuel Macron
Pour mettre tout le monde à l’aise, le Président a commencé par des annonces martiales. Il aime bien ça, les annonces martiales. Avec le temps, ça lui va de mieux en mieux. Exit, l’adolescent à la voix traînante qui martelait « Je suis votre chef » comme un délégué de classe : le visage de Macron s’est creusé, il a travaillé sa voix des jours austères, c’est son côté Maître de Santiago, comme dans la pièce de Montherlant. Ou Tartuffe, on hésite. Bref, nous allons avoir un nouveau sous-marin nucléaire lanceur d’engins. Il sortira des chantiers navals en 2036 et s’appellera l’Invincible. C’est chouette, ça : un nouveau bâtiment de pointe, qui lance des missiles nucléaires et porte un nom qui sonne bien, ça fait très Trente Glorieuses. L’époque où on écoutait la voix de la France et où son ministre des Affaires étrangères, contrairement à Jean-Noël Barrot, connaissait suffisamment ses dossiers pour ne pas prononcer « Owan » au lieu d’« Oman », en conférence de presse…
Ensuite, nous allons avoir davantage de têtes nucléaires. Combien ? C’est un secret, et c’est bien normal. Bon. Et cette « dissuasion avancée », alors ? Emmanuel Macron fait un peu le mystérieux. Huit pays seraient intéressés par ce concept, qui consisterait pour la France à déployer ses capacités de frappe dans d’autres pays que le nôtre, mais aussi à conduire des exercices interalliés et même à faire visiter ses installations. Ah, tout de même. Faire visiter des installations qui sont probablement classées « Secret spécial France », n’est-ce pas le début d’une forme d’abandon ? Le Rassemblement national avait prévenu : si Macron partageait la dissuasion nucléaire française, le RN déposerait une motion de destitution. La haute trahison, alors, aurait été caractérisée.
Une fois encore, Macron use de l’ambiguïté avec une délectation orphique. On est souverains, mais on utilise les installations des Alliés, qui nous les donnent en échange de rien, évidemment. On est indépendants, mais on fait visiter nos installations secrètes. Et on ne communique pas sur nos intérêts vitaux, mais l’endroit où nous positionnerons nos forces risque tout de même d’en donner une petite idée. Si le but de cette manœuvre est d’ériger la France en protectrice de l’Europe, il est un peu tard pour être aussi léonin.
Une fois encore, on peut comprendre ce que l’on veut des propos du chef de l’État. C’est peut-être - c’est sans doute - le but recherché. Les souverainistes comprendront que nous allons nous appuyer sur les infrastructures de nos voisins pour projeter notre puissance. Les européistes y verront le premier pas vers un abandon plus large - une « coopération », disent-ils. Tout dépendra peut-être d’une éventuelle candidature de Macron à la succession d’Ursula von der Leyen. Quand il parle de l’Invincible, n’est-il pas, une fois de plus, en train de penser à lui ?
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127 commentaires
Comediante ! Tragediante !!
Tartuffe lui va très bien ! A mon avis, d’ici 2026 concernant « l’invincible », le nouveau sous-marin nucléaire lanceurs d’engins, nous n’en aurons plus besoin. Quant à la souveraineté nucléaire, nous ne sommes pas surpris que Macron « courageux comme un âne qui recule » aie préféré la partager pour ne pas avoir à appuyer lui-même sur le bouton si un jour c’est nécessaire.
Lire 2036 et non 2026
Et dire qu’à son arrivée il a réussi à faire démissionner un grand homme et militaire, Pierre de Villiers parce qu’il a refusé la demande d’augmenter le budget militaire que le patron de nos Armées demandait. ! Ce n’est qu’au bout de 9 ans qu’il a enfin tout compris de la défense, de nos armées et de la force de dissuasion. Mieux vaut tard que jamais, mais compte tenu de la situation actuelle c’est trop tard. D’ici lla réalité d’un nouveau porte-avions ou même celle du sous-marin l’Invincible, sans oublier les nouvelles ogives nucléaires,tant d’eau sera passée sous les ponts, tant d’obus, de missiles et autres bombes .atomiques seront tombés ! Même avec ce sursaut de réalisme, son bilan va rester lamentable. Il est trop tard Monsieur le présiden.
Comme le dit un proverbe Turque : » Quand un bouffon déménage dans un palais , il ne devient pas un roi ; le palais devient un cirque » ……..La messe est dite .
Ce proverbe turc, je vais me le mettre de côté! J’espère que vous ne m’en voudrez pas si je le ré-utilise un jour.
Le cuistre a parlé ….. Le gamin veut jouer dans la cours des grands !!!!
« … avancée », ça doit vouloir dire quelque chose de plus que dissuasion ( pas avancée). Pour l’heure, je ne suis pas plus avancé. Si vous avez des lumières ? Merci !
Présenté en grande pompe en 2017 par Emmanuel Macron et Angela Merkel comme le socle de l’autonomie stratégique européenne, le Système de Combat Aérien du Futur (SCAF) devait matérialiser une ambition collective : doter l’Europe d’un chasseur de sixième génération d’ici 2040. Sept ans plus tard, le programme s’embourbe dans des querelles industrielles sans fin, pendant que la France finalise discrètement son propre programme national. Quand le Rafale F5 et son drone de combat souverain deviendront opérationnels dès 2035, l’Europe aura-t-elle encore besoin du SCAF ? Et surtout : quelqu’un a-t-il vraiment intérêt à ce qu’il survive ?