E. Macron et A. Gennevard, seuls à croire que le Mercosur n’est pas encore plié

Pour la Macronie, l’urgence est désormais de sauver la face et d'éviter surtout une explosion des colères paysannes.
@ J. Bexon
@ J. Bexon

Le feuilleton du Mercosur nous fait sans doute vivre les derniers épisodes d’un faux suspense. Sauf incroyable retournement de situation, auquel personne ne peut sincèrement croire, la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur devrait avoir lieu le 12 janvier au Paraguay. Ursula von der Leyen a déjà réservé ses billets d’avion.

Waterloo, morne plaine

Presque partout en Europe, on l’a bien compris, on s’en félicite le plus souvent, même en Italie, où l’on a fait un temps semblant de ne pas être d'accord, pour négocier des avantages, avec succès d’ailleurs. Une fois n’est pas coutume, c’est en France où l’on persiste à jouer la commedia dell’arte. Une France isolée, et désormais réduite à faire semblant de n’avoir pas tout perdu dans un Waterloo dont on connaît l’issue à l’avance. Mais on fait semblant, malgré tout. Poursuivant sur une longue lancée de « en même temps », Emmanuel Macron fait du Emmanuel Macron, sur X : « La souveraineté agricole et alimentaire de l’Europe est ma priorité. La PAC en est le socle », applaudissant au passage l’Union européenne, « qui vient ajouter 45 milliards d’euros aux près de 294 milliards d’euros d’aides au revenu déjà sécurisés pour les agriculteurs », mais aussi lui-même, puisque ce serait là « le résultat de notre mobilisation déterminée et de mon engagement constant pour nos agriculteurs ».

Trahison de nos agriculteurs

Cette sortie a incité le président du RN, Jordan Bardella, à interpréter les propos présidentiels: : « Traduction : je vais céder sur le Mercosur et accepter sa signature dans quelques jours par Ursula von der Leyen. Emmanuel Macron prépare les esprits à une véritable trahison de nos agriculteurs, justifiée par des "garanties" illusoires et des promesses sans lendemain. » En effet, rappelle aussi l’eurodéputée LR Céline Imart, « il s’agit bien d’un versement anticipé de 45 milliards, qui aurait pu être disponible plus tard. Absolument pas d'un budget supplémentaire. » Précisons ici qu’en parallèle de celui que constitue l’accord du Mercosur, la PAC est un autre motif de colère pour les agriculteurs, qui les avait incités à défiler le 18 décembre à Bruxelles. La réforme de la PAC prévoyait en effet une enveloppe de seulement 300 milliards d'euros pour la période 2028-2034, contre 387 milliards accordés sur la période 2021-2027.

Opération déminage d’urgence

Mais l’urgence est de calmer les esprits sur le Mercosur, et après Emmanuel Macron, c’est le ministre de l’Agriculture qui a dû partir en opération de déminage, mercredi 7 janvier, de bon matin, sur les ondes de France Info. « Ne jamais avouer », semblait être la ligne de conduite du ministre qui, dans un moment de bravoure, a assené un martial « tant qu'un combat n'est pas achevé, il n'est pas perdu », et qui, lorsque les journalistes lui ont fait remarquer que la France avait été lâchée par l’Italie, a stupéfié l’assistance en expliquant que « le 12, le Conseil des chefs d'État va se prononcer, mais après, ça va partir au Parlement européen », et qu’il « n'est pas garanti que l'accord soit validé par le Parlement européen ».

Qui Annie Gennevard espérait-elle vraiment convaincre en suggérant un tel scénario ? Après tout, sans doute l’heure n’est-elle plus à convaincre. D’ailleurs, même la presse libérale, pourtant bien conciliante d’ordinaire avec la Macronie, éditorialise aujourd’hui sur une défaite déjà acquise. l’Opinion n’hésite ainsi plus à titrer « Mercosur, histoire d’un naufrage français », qui laisse « la France isolée parmi ses partenaires et à feu et à sang sur la scène intérieure. Un échec politique sur toute la ligne. » Fermez le ban...

Éviter une explosion des colères paysannes

Pour la Macronie, sauver la face et éviter le scénario catastrophe d’une explosion des colères paysannes seraient déjà un moindre mal. Et sur France Info, Annie Gennevard a aussi lancé des messages en ce sens. « On ne peut pas bloquer Paris, ou Rungis, qui nourrit 10 millions de Français en Île-de-France », a-t-elle lancé à l’adresse des syndicats agricoles, justifiant ainsi la consigne passée aux préfets de bloquer les tracteurs qui s’aventureraient en direction de la capitale.

Ces quelques mots suffiront-ils ? Le président de la Coordination rurale (CR), Bertrand Venteau, a déjà prévenu que les agriculteurs comptent bien entrer dans Paris malgré l’interdiction, par tous les moyens, quitte à « passer en sous-marin par la Seine », et « même si la moitié finit en garde à vue ». Et à Annie Gennevard qui clame qu’on « peut manifester mais on ne peut pas bloquer Paris », il rétorque « qu’on nous laisse tranquilles sur nos fermes au lieu de nous entraver en permanence » et « qu’on arrête de nous envoyer l’OFB [Office français de la biodiversité] en permanence ». L'heure n'est pas précisément à l'entente cordiale.

Les Français derrière leurs paysans

Or, le ministre le sait, les paysans sont très largement soutenus par les Français. Un récent sondage indique que 76 % des Français approuveraient la mobilisation des agriculteurs. Et qu’ils seraient 78 % à estimer que le gouvernement n’est pas à la hauteur pour gérer la crise. Et le soutien s’affiche aussi du côté des élus locaux, dont nombre ont décroché le drapeau européen de leur mairie, convaincus que « le Mercosur est la mort de l’agriculture française ».

Vos commentaires

96 commentaires

  1. Pour Jupiter voter non a ce projet c’est comme lancer un galet qui fait quelques ricochés s’il est doué qui finira quand même au fond de l’eau.

  2. Le roi de France à les jetons. Le salon de l’agriculture approche. Il faut que ce monsieur démissionne avant 2027 n’en déplaise à la droite libérale. Marine Le Pen ou Jordan Bardella auront beaucoup de mal à redresser la France. Ils seront seuls face à toutes les oppositions de droite et de gauche et les médias. Seul le peuple soutiendra son action.

  3. UVDL a déjà pris ses billets d’avion? Aux frais de l’U.E, bien sûr ! La France s’est une fois de plus rouler (pas en Mercedes !) dans la farine. MACRON croit qu’en se soumettant à l’impératrice, il lui succèdera à la tête de l’U.E , c’est la fin de l’Europe ; déjà qu’elle n’a plus aucune influence dans le monde : la plupart de ses chefs d’état (surtout « Microune » !) sont nuls……

  4. E. Macron et A. Gennevard, seuls à croire que le Mercosur n’est pas encore plié ? Il semble que les agriculteurs montés à Paris y croient aussi. Ils sont venus chercher des « engagements » de l’Etat. Quelle naïveté. Ils me font de la peine d’être aussi naïf. Sincèrement. On dit que les français les soutiennent ? Quelle erreur, pas un ne lèvera le petit doigt pour les défendre. Il n’y a qu’une seule échappatoire à notre déclassement : frexit et politique à la Milei… Mais les français ne veulent ni du frexit ni de Milei (ils préfèreront encore et toujours la gauche bienpensante). La cause est entendu. Il n’y aura de révolte, ni des agriculteurs ni de personne. La France et les français s’effacent volontairement car ils préfèrent l’asservissement du type URSS à l’exigence de la liberté

  5. Monsieur Macron se moque complètement des agriculteurs français comme il se moque des Français tout court! ça fait dix ans qu’il vend la France à la découpe, il a commencé par Alstom, et traite les Français de Gaulois réfractaires. Il ne vise qu’à remplacer Ursula à la tête de l’Europe et se sert des Français pour y arriver! Nous sommes sacrifiés sur l’autel de son besoin maladif de pouvoir et cela a mis notre pays dans une situation catastrophique… Il a aussi déclaré, il me semble, qu’il n’y a pas de culture française! Pour lui, nous n’existons pas!
    Il devrait aller demander une autre nationalité (pourquoi pas algérienne puisqu’il les admire tant?), ça serait tellement mieux pour nous, les Français…

  6. Notre Gouverne-ment ment.
    Trop tard Micron, Van der Lichette à une paire que Tu n’as pas.
    La dette colossale de notre belle vieille France rend ta petite parole nulle.
    Etre fort c’est pouvoir s’acheter ce que l’on veut et décider de ce que l’on veut.
    La France est très pauvre, alors , quel crédit à accorder à ceux qui n’ont rien ?
    (micron, d’après le LAROUSSE : infiniment petit) à méditer.

  7. la France depuis Hollande et Macron n’a plus aucun poid, le mercosur sera signé, et il aura beau dire, « mais moi j’ai pas signé » ursula s’en fout rantanplan ne compte plus dans l’UE depuis belle lurette, heureusement il y a la guerre en Ukraine pour lui faire croire qu’il existe

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