[ÉDITO] Après le ministère de la Vérité, la présidence des contre-vérités

Emmanuel Macron a un sérieux problème avec les médias d'opinion...
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Il est 19h03, ce lundi 1er décembre, lorsque la présidence de la République française déclare officiellement la guerre aux médias de Bolloré en publiant ce message lapidaire sur X : « Pravda ? Ministère de la Vérité ? Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation… » Une attaque sidérante, brutale. Une contre-attaque frontale après les critiques qu’a suscitées l’idée géniale d’Emmanuel Macron d’une « labellisation » des médias. À l’heure où nous écrivons, ce post élyséen frappé du sceau officiel de la République française capitalise plus de quatre millions de vues. S’il s’agissait de faire réagir, c’est réussi : la presse ne parle que de ça, aujourd’hui, et, dès hier soir, Marc Baudriller l’évoquait dans son éditorial.

 

Que la vérité, toute la vérité ?

Un message, donc, genre « Alerte enlèvement » : « ATTENTION FAUSSE INFORMATION », sur fond rouge, bien sûr. Histoire de fiche la trouille - un truc éprouvé, en Macronie. Suivi d’un montage assez grossier reprenant des extraits d’émissions - « sortis de leur contexte », comme dirait la remarquable Catherine Vautrin lorsqu’elle défend le discours anxiogène du chef d’état-major des armées - de CNews (Pascal Praud, Philippe de Villiers), de tweets de Bruno Retailleau reprenant la une du JDD ou de Jordan Bardella, sur ce sujet explosif de la « labellisation » des médias. Le tout frappé du tampon rouge « FAUX ». Ce n’est pas le ministère de la Vérité mais, carrément, la présidence de la Vérité dans ses œuvres et ses pompes. Deuxième partie du montage : « Ce qui a vraiment été dit » (par Macron). « Si c’est l’État qui doit vérifier, là, ça devient une dictature. Mais il faut que les journalistes garantissent à leurs lecteurs que eux ont vérifié avec une déontologie, dont ils sont garants entre eux. Je pense que c’est important qu’il y ait une labellisation faite par des professionnels qui puisse dire "Ça, ce sont des gens qui sont sérieux. Et ça, ce ne sont pas des gens qui informent" », déroulait Macron à Arras, la semaine dernière. Fin de la vidéo présidentielle.

Comme par hasard, on n’a pas droit au passage dans lequel Macron cite en exemple l’initiative lancée en 2018 par Reporters sans frontières (RSF) avec la Journalism Trust Initiative. C’est dommage. Un passage qui nous aurait pourtant bien éclairés sur la pensée profonde macronienne. Évidemment que Macron n’a jamais parlé d’organisme d’État. Non, l’idée est sans doute plus subtile, plus maligne, plus perverse. L’idée, c’est sans doute de faire faire le « sale boulot » par d'autres, par des « professionnels ». Mais des « professionnels » acquis à la cause. On vous reparle du parti pris de RSF contre CNews ?

À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !

Et d’ailleurs, Pascal Praud, dans son émission de L’heure des pros du 1er décembre qui a fait bondir le Château, n’a pas dit que Macron voulait créer un organisme d’État de labellisation. Praud a fait un édito. Il a donné sa vision des choses vers quoi cela nous conduirait. Tout comme Villiers fait un édito dans son émission du vendredi soir. Ça s'appelle donner son opinion. Et c’est là que la vidéo de l’Élysée est intellectuellement malhonnête, car elle assimile des propos éditoriaux, relevant de la liberté de la presse, à des faits. C’est particulièrement gravissime. Le lapsus de l’ancien ministre Clara Chappaz, chargé à l'époque de l'intelligence artificielle et du numérique, prend d'ailleurs tout son relief. Souvenez-vous, elle affirma, le 11 janvier 2025, sur France 5, que les Français avaient les « outils qui permettent de s'assurer que les fausses opinions soient sorties des plates-formes numériques ». Après coup, elle avait expliqué que sa « langue avait fourché » et qu’elle voulait, évidemment parler de « fausses informations ». À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !

Mais là où on atteint des sommets de la part de Macron, c’est l’utilisation sans vergogne de la page officielle de la présidence de la République, sur X, c’est-à-dire une excroissance du site officiel de cette même présidence, c’est-à-dire, encore, la voix, la vitrine de la France, notamment dans le monde. Un site où, en principe, chaque Français devrait à peu près se retrouver. Ou, tout du moins, un site - même si l’on ne peut pas être absolument neutre - où l’on prend de la hauteur par rapport aux événements. Mais par ce tweet vengeur, officiel, non signé mais bien « labellisé » par les faisceaux de la République, Macron démontre qu’il n’hésite pas à utiliser les moyens de l’État, donc avec de l’argent public, au profit de sa propre petite guerre contre un groupe de médias privés. Nombreux sont les politiques de droite à le dénoncer, comme le député RN Guillaume Bigot. Un acte gravissime. D'ailleurs, au passage, opinion ou fait, que de dire cela ? Mais, en tout cas - c'est un fait -, c'est un acte rarissime.

Grosse récidive

Rarissime mais pas inédit. Cet été, après que nos confrères de l’Opinion avaient titré « Emmanuel Macron reproche à une partie de la communauté juive d’oublier son universalisme », s’appuyant sur des confidences de sortie de Conseil des ministres, l’Élysée avait publié un démenti avec la une du journal frappée du tampon infamant « FAUX ». l’Opinion avait aussitôt répondu : « Le titre de notre article - qui ne comporte, lui, pas de guillemets - correspond pourtant parfaitement à nos informations. » Et l’Association de la presse présidentielle – ce qui n’est pas rien – était venue au secours du quotidien en contestant ce démenti du Palais : « En détournant les codes du fact-checking, l’Élysée s’en prend directement à la rigueur des journalistes et crée une confusion entre communication politique et information. » Le tweet du 1er décembre est donc une grosse récidive. En août, l’association de journalistes avait conclu par cette phrase : « Démenti ne vaut pas vérité. » On ne peut pas dire mieux. Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron a un sérieux problème avec les médias d'opinion qui ne sont pas d'accord avec la sienne. C'est notre opinion et c'est sans doute un fait...

 

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

108 commentaires

  1. « Ce n’est pas le ministère de la Vérité mais, carrément, la présidence de la Vérité »
    La « vidéo de l’Élysée est intellectuellement malhonnête »
    « Macron démontre qu’il n’hésite pas à utiliser les moyens de l’État, donc avec de l’argent public, au profit de sa propre petite guerre contre un groupe de médias privés »
    A part quelques rameurs du gouvernement qui essayent de façon pitoyable de défendre l’indéfendable, les Français et le monde entier ont, une fois de plus, la confirmation de ce qu’est Monsieur Macron. Un accident de l’Histoire. Un accident qui coûte cher à la France et aux Français.

  2. ‘’RES NON VERBA’’
    (Des actes pas des paroles)
    Si le Président ne veut pas que le RN arrive au pouvoir (il va avoir du travail), il range ses ‘’pipeaux et autres instruments à vent’’ pour appliquer cette devise de la 11ème Escadre de Chasse de l’Armée de l’Air.
    Il va découvrir ce que signifie ‘’trop tard’’.

  3. Le démenti est la confirmation de la rumeur. L’expression n’est pas de moi,mais elle me plait bien et je la livre.

  4. Il s’agit de LEUR VERITE pas de la nôtre. Quand vont-ils venir à nos domiciles récupérer tous les livres qu’ils jugeront contre leur vérité? ou mieux, comme il l’ont Ils ont déjà fait pour les armes, les rapporter dans les commissariats et gendarmeries.

  5. La France est parvenue à associer une multiplicité des médias avec un conformisme politiquement correct qui gouverne les opinions d’une partie suffisante de la population pour asseoir une dictature douce mais globalement efficace. Seuls quelques médias réfractaires survivent en liberté. Le Président Macron veut « labelliser » encore plus les médias. Une France dans laquelle plus de 40% des électeurs aux dernières présidentielles sont stigmatisés comme « extrémistes » n’est déjà plus une démocratie.

  6. Et moi, et moi, et moi chantait DUTRONC, et nous, et nous, et nous, Monsieur PRAUD, vos téléspectateurs et ou auditeurs vous le disons, si vous invitez le Président sur vos plateaux, nous vous prédisons un flop monumental, car nous serons plusieurs à zaper, ce que nous faisons déjà quand cet individu apparait sur vos antennes ! (cf ses dernières interventions)
    Quant à Madame BREGEON, elle est la voix de son maitre, comme le CEMA, elle démine le terrain.
    Pour ce qui concerne DATI, c’est plus préoccupant, mais bon c’est vrai qu’elle a quelques soucis avec la justice, donc çà peut servir d’avoir un Président dans la poche, encore que çà n’a pas servi à SARKOZY !

    • Je plus soue. Entendre Lacron, même sur CNews , est au dessus de mes forces . Je préfère encore regarder un film de Noël à la sauce américaine, c’est vous dire !

  7. Ce président fait plus de bruit à lui tout seul que tous les membres du gouvernement. On entend que lui, sur tout. C’est l’homme orchestre. Le président préside et le gouvernement gouverne, pas avec lui, lui il préside, il gouverne, se passe de l’Assemblée en créant des conventions citoyennes (aux membres sélectionnés), bref on se demande, avec Macron, si un gouvernement est encore nécessaire, si l’Assemblée nationale ne pourrait pas être dissoute définitivement quant au Sénat il est de droite donc lui il n’a aucune raison d’exister. Quand on se rappelle ses propos en 2022 lorsqu’il avait dit qu’il ne serait pas le président qui remettrait les clés de l’Elysée au RN alors ses propos sur la labellisation des média prennent tout leur sens: il faut que les chaînes de Bolloré soient vilipendées, officiellement déclassées peut-être dans le but de les invisibiliser avec le risque de l’effet contraire. Au final, je me demande si ce n’est pas sur le statut du président qu’il faudrait se pencher. On a un régime présidentiel quasi monarchique, le seul dans l’UE, qui décide de tout sans en référer à qui que ce soit, que ce soit sur les aides à l’Ukraine, les guerres (Obama avait dû refuser d’attaquer la Syrie sans l’accord du Congrès). Peut-être ne serait-t’il pas temps de modifier cela et faire du président un président potiche comme dans presque tous les autres pays et donner le pouvoir au premier ministre puisque c’est normalement lui qui gouverne.

    • N’oubliez pas les Conseils de Défense ! Et tous les machins Les conventions citoyennes, Conseil de la Refondation, le Grand Débat National … Résultats de ces fariboles ? Les « décisions » elles sont prises à Bruxelles.

  8. Label, labellisation : le Président promet un miel de transparence pour mieux surveiller la ruche médiatique. Transparence sucrée, mais collante.

  9. On connait tous la propension du chef de l’ Etat a jeter de l’huile sur le feu alors que le récipient est en sur-ébullition, mais on pensait que ses ouailles ministérielles seraient plus pondérées, il n’en est rien, à commencer par dame Dati qui visiblement n’a pas la même lecture suite à cette vidéo caricaturale de l’ Elysée , tourner le sens d’une phrase très explicite comment peut-on appeler çà du déni caractérisé. Venant de la ministre de la culture aspirant aux plus hautes fonctions de la capitale, électrices et électeurs parisiens réfléchissaient bien à deux fois avant de plonger votre bulletin dans l’urne .

  10. Notre président le roi du tango ,deux pas en avant et vite un pas en arrière ( c’est une image , je ne suis pas spécialiste du tango !!)

  11. Quant on vous dit qu’il ne tourne pas rond. Il ne peut pas supporter tout ce qui n’est pas à plat ventre devant sa médiocrité. Il est même prêt à déclancher une guerre mondiale, pour se venger du mépris, bien mérité, affiché à son égard, par le chef d’état d’un pays ami.

  12. Notre Président E. Macron veut garder les bonnes manières qui l’ont porté dans le Palais Elyséen. « Soyez fiers d’être des amateurs « …Le phrasé s’adresse, à présent, à tous les citoyens qui sont pris pour des idiots de service… il sera dur de le déloger, car notre Président aime se consoler en allant  » se gausser » en Pays lointains…Le couple Présidentiel aime voyager.

    • Oui la il est en chine avec 6 ministres et 35  » decideurs alibis »notre avion et nos impots  »
      budget illimite »..pas etonnant qu’un tas de « cireurs de pompes » continuent de le suivre..dans ses balades internationales ou tente de couvrir ses elucubrations communicatives dqns l’espoir de voyager a l’oeil..

    • SAUF que « L’HISTOIRE mondiale » a déjà prouvé que « ça » peut vite mal finir Même pour des « dirigeants démocrates » ! …
      Il n’y a pas des des djihadistes qui ont été neutralisés définitivement ! …

  13. Il faudrait surtout labelliser les ministres et les députés….Ce serait un carnage.
    Par contre, une mauvaise note pour Cnews ne ferait que renforcer sa notoriété…

Commentaires fermés.

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