[ÉDITO] Après le ministère de la Vérité, la présidence des contre-vérités
Il est 19h03, ce lundi 1er décembre, lorsque la présidence de la République française déclare officiellement la guerre aux médias de Bolloré en publiant ce message lapidaire sur X : « Pravda ? Ministère de la Vérité ? Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation… » Une attaque sidérante, brutale. Une contre-attaque frontale après les critiques qu’a suscitées l’idée géniale d’Emmanuel Macron d’une « labellisation » des médias. À l’heure où nous écrivons, ce post élyséen frappé du sceau officiel de la République française capitalise plus de quatre millions de vues. S’il s’agissait de faire réagir, c’est réussi : la presse ne parle que de ça, aujourd’hui, et, dès hier soir, Marc Baudriller l’évoquait dans son éditorial.
Pravda ?
Ministère de la vérité ?
Quand parler de lutte contre la désinformation suscite la désinformation… pic.twitter.com/PspZup1aXF
— Élysée (@Elysee) December 1, 2025
Que la vérité, toute la vérité ?
Un message, donc, genre « Alerte enlèvement » : « ATTENTION FAUSSE INFORMATION », sur fond rouge, bien sûr. Histoire de fiche la trouille - un truc éprouvé, en Macronie. Suivi d’un montage assez grossier reprenant des extraits d’émissions - « sortis de leur contexte », comme dirait la remarquable Catherine Vautrin lorsqu’elle défend le discours anxiogène du chef d’état-major des armées - de CNews (Pascal Praud, Philippe de Villiers), de tweets de Bruno Retailleau reprenant la une du JDD ou de Jordan Bardella, sur ce sujet explosif de la « labellisation » des médias. Le tout frappé du tampon rouge « FAUX ». Ce n’est pas le ministère de la Vérité mais, carrément, la présidence de la Vérité dans ses œuvres et ses pompes. Deuxième partie du montage : « Ce qui a vraiment été dit » (par Macron). « Si c’est l’État qui doit vérifier, là, ça devient une dictature. Mais il faut que les journalistes garantissent à leurs lecteurs que eux ont vérifié avec une déontologie, dont ils sont garants entre eux. Je pense que c’est important qu’il y ait une labellisation faite par des professionnels qui puisse dire "Ça, ce sont des gens qui sont sérieux. Et ça, ce ne sont pas des gens qui informent" », déroulait Macron à Arras, la semaine dernière. Fin de la vidéo présidentielle.
Comme par hasard, on n’a pas droit au passage dans lequel Macron cite en exemple l’initiative lancée en 2018 par Reporters sans frontières (RSF) avec la Journalism Trust Initiative. C’est dommage. Un passage qui nous aurait pourtant bien éclairés sur la pensée profonde macronienne. Évidemment que Macron n’a jamais parlé d’organisme d’État. Non, l’idée est sans doute plus subtile, plus maligne, plus perverse. L’idée, c’est sans doute de faire faire le « sale boulot » par d'autres, par des « professionnels ». Mais des « professionnels » acquis à la cause. On vous reparle du parti pris de RSF contre CNews ?
À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !
Et d’ailleurs, Pascal Praud, dans son émission de L’heure des pros du 1er décembre qui a fait bondir le Château, n’a pas dit que Macron voulait créer un organisme d’État de labellisation. Praud a fait un édito. Il a donné sa vision des choses vers quoi cela nous conduirait. Tout comme Villiers fait un édito dans son émission du vendredi soir. Ça s'appelle donner son opinion. Et c’est là que la vidéo de l’Élysée est intellectuellement malhonnête, car elle assimile des propos éditoriaux, relevant de la liberté de la presse, à des faits. C’est particulièrement gravissime. Le lapsus de l’ancien ministre Clara Chappaz, chargé à l'époque de l'intelligence artificielle et du numérique, prend d'ailleurs tout son relief. Souvenez-vous, elle affirma, le 11 janvier 2025, sur France 5, que les Français avaient les « outils qui permettent de s'assurer que les fausses opinions soient sorties des plates-formes numériques ». Après coup, elle avait expliqué que sa « langue avait fourché » et qu’elle voulait, évidemment parler de « fausses informations ». À l’Élysée, c’est la fourche qui a langué !
Mais là où on atteint des sommets de la part de Macron, c’est l’utilisation sans vergogne de la page officielle de la présidence de la République, sur X, c’est-à-dire une excroissance du site officiel de cette même présidence, c’est-à-dire, encore, la voix, la vitrine de la France, notamment dans le monde. Un site où, en principe, chaque Français devrait à peu près se retrouver. Ou, tout du moins, un site - même si l’on ne peut pas être absolument neutre - où l’on prend de la hauteur par rapport aux événements. Mais par ce tweet vengeur, officiel, non signé mais bien « labellisé » par les faisceaux de la République, Macron démontre qu’il n’hésite pas à utiliser les moyens de l’État, donc avec de l’argent public, au profit de sa propre petite guerre contre un groupe de médias privés. Nombreux sont les politiques de droite à le dénoncer, comme le député RN Guillaume Bigot. Un acte gravissime. D'ailleurs, au passage, opinion ou fait, que de dire cela ? Mais, en tout cas - c'est un fait -, c'est un acte rarissime.
Grosse récidive
Rarissime mais pas inédit. Cet été, après que nos confrères de l’Opinion avaient titré « Emmanuel Macron reproche à une partie de la communauté juive d’oublier son universalisme », s’appuyant sur des confidences de sortie de Conseil des ministres, l’Élysée avait publié un démenti avec la une du journal frappée du tampon infamant « FAUX ». l’Opinion avait aussitôt répondu : « Le titre de notre article - qui ne comporte, lui, pas de guillemets - correspond pourtant parfaitement à nos informations. » Et l’Association de la presse présidentielle – ce qui n’est pas rien – était venue au secours du quotidien en contestant ce démenti du Palais : « En détournant les codes du fact-checking, l’Élysée s’en prend directement à la rigueur des journalistes et crée une confusion entre communication politique et information. » Le tweet du 1er décembre est donc une grosse récidive. En août, l’association de journalistes avait conclu par cette phrase : « Démenti ne vaut pas vérité. » On ne peut pas dire mieux. Quoi qu'il en soit, Emmanuel Macron a un sérieux problème avec les médias d'opinion qui ne sont pas d'accord avec la sienne. C'est notre opinion et c'est sans doute un fait...
Sur des sujets aussi complexes, c’est la responsabilité de tous les responsables publics de ne pas travestir pour diviser.
Le Président de la République n’a en aucun cas « reproché à la communauté juive d’oublier son universalisme ».… pic.twitter.com/pwMbvIDcvP
— Élysée (@Elysee) August 7, 2025
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108 commentaires
Cet individu a par deux fois été labélisé Président, preuve s’il en fallait de l’ incongruité de cette énième provocation…
Le bilan de Macron est catastrophique. Ce petit président est vraiment impuissant sur tous les plans: économie, justice, sécurité, diplomatie, etc, etc…
Cette incompétence détruit la France et il continue à faire semblant d’exister aux frais des Français. Quelle honte !
Staline, sors de ce corps!
La vérité si je mens!
Si c’était un président de droite qui aurait proposé cette idiotie, toute la gauche serait dans la rue en train de tout casser!
« Ils savent qu’ils mentent. Ils savent que nous savons qu’ils mentent. Nous savons qu’ils savent que nous savons qu’ils mentent. Et, pourtant, ils persistent à mentir. » Alexandre Soljenitsyne.
Exactement ça
Macron veut faire passer ça propagande en muselant tous les médias qui ne pensent pas comme lui. J’imagine même pas la pression que doit subir la famille Bolloré venant de tous ces gens qui veulent anéantir notre pays. A ce rythme là, nous serons les prochains réfugiés politiques. Hé oui, après avoir fait tomber les plus gros opposants, ils s’en prendront aux petits, tels est la loi de toutes les dictatures.
Suite à mon commentaire. Le professeur Perronne a également été écarté de ce « comité de scientifiques labellisés ».
Macron n’est pas à son premier coup d’essai en terme de » ministère de la vérité ». Nous l’avons déjà vu à l’œuvre pendant le COVID, lorsqu’il a lui même composé son comité de scientifiques » labellisés » , écartant les professeurs Montagnier et Raoult, afin qu’il n’y ait qu’un seul discours, et surtout aucun contradicteur sur le sujet.
Franz Olivier Giesbert: « En 2019 déjà, Macron proposait que l’État finance des journalistes indépendants pour qu’ils apportent une « information neutre ». On se croirait presque au temps de l’Union soviétique », ironise-t-il. « Ce qu’il se passe, c’est qu’il est en fin de règne. Et comme tous les présidents en fin de règne, Emmanuel Macron veut supprimer l’information car, quand on regarde son règne, il a vécu en grande partie dans une sorte de monde parallèle, dans l’irréalité », conclut-il.
Macronescu…
Les gauchistes sur lequel ce Président de posture veut s’appuyer pour contrôler l’information, les médias et les réseaux sociaux, sont les rejetons des rejetons de ceux qui en 1970 firent le nécessaire pour faire éclater le monopole de ce que nous appelions alors l’ORTF, et que France Télévision n’est qu’une copie floue, mais enrichie des progrès de la Technologie, et de l’expérience collectée dans certains pays totalitaires, dont, officiellement nous condamnons les procédés, mais que l’UE et Macron ne rêvent de nous appliquer. Ne parlons donc pas de ces réseaux médiatiques de gauche, qui ont tous, sans exception, démontrer leur appétence pour la désinformation, le mensonge , l’infox, et la propagande….ce sont ces gens là qui seront les conseillés de l’Elysée en matière de Vérité. En fait Macron est la partie émergée de LFI, avec lequel il a des relations plutôt cordiales.
Le rêve macronien : disposer du droit « d’imprimatur » face à l’opinion qui lui est contraire. Et comme Monsieur Macron ne dispose au mieux que de 24 heures sur 24, son rêve est de déléguer à une espèce d’organisme la charge de délivrer le précieux « label ». L’aberration est totale, mais que lui importe, il va persister. Son image en prend encore un vieux coup ! Si seulement il s’en rendait compte !
Article 68 de la constitution à mettre d’urgence en application mais vu le niveau de nos députés !! et en fait de 45% de tous les politiques ?
Nous sommes habitués maintenant à la langue de bois et aux mensonges de l’état . Ce n’est pas un label de l’information qu’il souhaite mais un lavage de cerveau à ceux qui ne pensent pas comme eux . L’état souhaite un label d’opinion sans liberté de la presse
Puisque ce n’est pas un label d’Etat, alors rien n’empêche Bolloré de créer son propre label, un label garantissant l’indépendance journalistique, éventuellement en s’associant à des media internationaux affranchis de cette doxa bien pensante progressiste.