[ÉDITO] Bayrou au bout du bout
Il paraît que « la priorité du président de la République est la stabilité du pays ». Un proche d’Emmanuel Macron a fait cette confidence à BFM TV à la veille du vote de confiance à l’Assemblée nationale, ce lundi 9 septembre, qui devrait se conclure par la chute de François Bayrou. Celui-là même qui a déclenché le chaos politique que l’on sait en décrétant la dissolution de l’Assemblée nationale, le 9 juin 2024, a donc pour vœu le plus cher la stabilité du pays ! On se pince. « C'est ce qui guidera ses choix », paraît-il. Ses choix ? Ils risquent fort d’être guidés par les rapports de force. C’est comme cela que cela se passe, en principe, en politique. « Le premier enjeu, c’est de préserver l’unité du socle commun », ajoute ce confident. Parce qu’il y a une unité du socle commun ?
La fin d'un système
On comprend à travers ces mots qu’en fait, c'est de la stabilité d’Emmanuel Macron qu'il est question, un Macron qui s’accroche à l’Élysée, obstinément, contre vents et marées, au risque d'ailleurs de mettre en péril les institutions. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, on ne voit, du reste, pas trop comment et par quel miracle la nomination d’un nouveau Premier ministre issu de ce fameux socle commun, après l’échec de Barnier et de Bayrou, ne conduirait pas tôt ou tard (et plutôt tôt que tard) au même résultat, c’est-à-dire à la censure, par exemple sur le budget à la fin de l’automne ou au début de l’hiver, si l’on doit, cette année encore, passer temporairement par une loi spéciale.
La semaine dernière, Bruno Retailleau déclarait, devant une salle du MEDEF aux anges : « Nous sommes arrivés au bout d'un système. » Le Vendéen ne parlait pas du système politique mais du « système social étatiste ». Probablement, sans doute, a-t-il raison. Et d’envisager « la rupture », mais en... 2027. Sauf que tout se tient (politique, finances, économie, social) et que lorsque plus rien ne tient, l’Histoire peut s’accélérer d'un coup, sans attendre confortablement dans ses pantoufles la prochaine échéance électorale prévue au calendrier.
La fin de la IVe République
Souvenons-nous : crise politique, crise financière, crise de confiance, sur fond de guerre d’Algérie. Qui pouvait imaginer que les élections législatives qui se tinrent le 2 janvier 1956 seraient les dernières de la IVe, que cette législature, qui devait s’achever en 1961, n’irait pas à son terme et que, deux ans plus tard, le général de Gaulle serait appelé à Matignon par le Président Coty pour régler la crise algérienne et établir une nouvelle Constitution ? Qui ? Pas grand monde, à l'époque, sans doute.
Au reste, puisqu’on évoque cette époque désormais lointaine, souvenir d’enfance ou d’adolescence de nos amis boomers les plus âgés, souvenons-nous de qui fut l’avant-dernier président du Conseil (Premier ministre) de cette IVe, de Gaulle ayant été le dernier : Pierre Pflimlin (1907-2000). Son nom ne dit sans doute plus grand-chose à grand monde. Il tint dix-huit jours à Matignon. Pierre Pflimlin appartenait au Mouvement républicain populaire (MRP), parti démocrate-chrétien, centriste, européiste (à l’époque, on disait « europhile ») issu de la Résistance. Un parti qui participa à la plupart des gouvernements de la IVe et donna trois présidents du Conseil : Robert Schuman, Georges Bidault et, donc, Pierre Pflimlin. Un Pierre Pflimlin qui, ensuite, présida ce parti en constant déclin, une fois la Ve instaurée et le général de Gaulle revenu aux affaires. Puis ce fut au tour d’un certain André Colin, dont le nom a disparu dans les oubliettes de l’Histoire, de présider le MRP et, enfin, à Jean Lecanuet, candidat à l’élection présidentielle de 1965, fondateur la même année du Centre démocrate (ah, le centre !). En 1974, un certain François Bayrou le rejoignait. Il y a un demi-siècle - autrement dit une éternité.
Tout ce rappel historique pour dire que la boucle est peut-être bouclée, pas seulement pour François Bayrou, arrivé au bout du bout, mais à un système politique, et pas que politique (pour aller dans le sens de Retailleau...), tout comme, en 1958, un autre système (qui, certes, dura moins longtemps) était aussi arrivé en fin de cycle. Alors, François Bayrou, sera-t-il le Pierre Pflimlin de 2025 ? Hypothèse sans doute pas plus sotte que toutes celles évoquées ici et là.
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70 commentaires
Et si le Président refusait sa démission…?
Et si Bayrou par cette entourloupe du vote de confiance n’aurait pas réussi une sortie honorable , sachant qu’avec les oppositions franches à sa proposition de budget ou tout bonnement qu’il ne se sentait pas à la hauteur de la tâche , une possibilité à entrevoir, d’ailleurs on ne l’a vu fondre en larmes à l’énoncé des résultats . Certains commentateurs me prêtent doucement à sourire sur les plateaux de Cnews invoquant le dilemme pour Emmanuel Macron à choisir un nouveau premier ministre , sachant comme il s’inquiète pour le sort des français , nul doute que dans son esprit quiconque remplira un rôle de vassal sera retenu , même si son poste ne durera « ce que vivent les roses, l’espace d’un instant ».