[ÉDITO] Déficit budgétaire : allez voir chez les Grecs…

A. de Montchalin annonce qu'à ce stade des débats, le déficit public serait « aux alentours de 5 % du PIB » en 2026.
capture d'écran
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« Patricia, mon enfant, quand je suis arrivé, le bateau prenait l'eau de toutes parts », faisait remarquer l’oncle Fernand-Lino Ventura à sa « nièce », dans Les Tontons flingueurs… Le regretté (ou pas) François Bayrou ne put pas en dire autant, après huit mois et vingt-sept jours passés à Matignon. Quelques jours avant d’être débarqué et renvoyé à son port d’attache, le commandant François Bayrou, qui a toujours été meilleur à la vigie qu’à la barre, ne pouvait que constater que « la France est un navire qui prend l’eau ». Il n’avait pas dit « de toutes parts », c’est déjà ça.

Valls et Macron ne partiront pas en croisière ensemble

Manuel Valls, autre Premier ministre émérite, lui aussi renvoyé à ses foyers sans ménagement, non par l’Assemblée nationale, mais par Emmanuel Macron et son second Sébastien Lecornu, y va à son tour de sa métaphore maritime. Faisant escale, ce dimanche 16 novembre, à Radio J, l’ancien conseiller municipal d’opposition de ce magnifique port méditerranéen qu’est Barcelone n’a pas hésité à déclarer que le second quinquennat d’Emmanuel Macron est un « naufrage ». On ne s’en était pas rendu compte. Ainsi, l’éphémère ministre des Outre-mer a outrepassé le discours convenu et convenable que l’on entend d’habitude dans la bouche de ceux qui agissent « en responsabilité », selon la formule macroniste consacrée. C’est dire s’il doit l’avoir mauvaise d’avoir été ainsi remercié comme un simple moussaillon.

Les raisons de la radiation des cadres de ce magnifique équipage de haute mer ? Valls fait grincer quelques hypothèses. « Peut-être qu'Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu n'ont pas apprécié que je réussisse là – en Nouvelle-Calédonie, mais pas seulement – où ils avaient échoué. » Peut-être ben que oui. « Peut-être que le président de la République n'a pas apprécié que j'intervienne au sein du Conseil des ministres au mois de juillet [...] sur la reconnaissance de l'État palestinien. » Peut-être ben que oui, aussi. Allez savoir… On en déduit, à ces propos vindicatifs, que Valls et Macron ne partiront pas s’amuser en croisière ensemble. Mais tout ça, c’est un peu l’écume des jours.

Énième cabotage budgétaire

Car au-delà de l’évident naufrage de ce quinquennat qui n’en finit pas de finir, du naufrage personnel de Valls qui ne sait plus où jeter son encre fielleuse, c’est du naufrage de la France qu'il faut se soucier. Notamment – et on en restera là, pour ce soir – sur le risque de naufrage budgétaire. Ce lundi 17 novembre, les députés reprennent l’examen du projet de loi de finances (PLF) de l’État pour 2026. Arriveront-ils à bout de l’examen de la montagne d’amendements avant le week-end prochain pour voter ce PLF ? Ou ce PLF partira-t-il directement au Sénat, comme cela a été le cas pour le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), en fin de semaine dernière ? Peu importe. Ce que l’on a bien compris, c’est que, faute de majorité claire, par définition, il ne peut y avoir de budget clair, et que ce budget ne pourra être qu’un énième cabotage de nos finances publiques entre Charybde et Scylla. In fine, ça sera peut-être moins pire ou mieux que moins pire. Sans plus.

La Grèce rembourse sa dette à la France...

Et c’est en plein débat budgétaire que l’on apprend que la Grèce - grande nation de marins depuis l’Antiquité, mais surtout connue pour son naufrage économique et budgétaire, il y a maintenant une quinzaine d’années -, que l’on apprend, donc, que la Grèce a remboursé en 2025 par anticipation un prêt de 1,1 milliard d’euros à la France. Le Monde rapporte que les parlementaires ont découvert ça en lisant le PLF... 1,1 milliard, par les temps qui courent, ça ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval. 1,1 milliard, c’est le quart du budget de la Culture, le dixième de celui de la Justice. Bref, ce n’est pas rien. Et on apprend aussi qu’en 2024, c’est 1,7 milliard d’euros que les Hellènes ont remboursé par anticipation à notre pays. La Grèce, mise à la remorque du FMI et de l’UE il y a quinze ans, sept fois moins peuplée que la France, au PIB neuf fois inférieur à celui de la France, montre l’exemple à ce phare de l’humanité qu’est la France. Certes, la purge fut terrible, pour les Grecs, les dégâts sociaux, humains considérables, on ne peut le passer sous silence.

Mais il faudra quand même qu’on nous explique comment ce pays qui, certes, n’a pas les engagements internationaux d’un pays comme la France (ayons l’objectivité de préciser qu’entre 2009 et 2013, en Grèce, les dépenses militaires dégringolèrent de 3,2 % à 2,4 % du PIB...), comment, donc, ce petit pays a réussi à passer d’un déficit budgétaire de 12,7 % par rapport à son PIB à un excédent budgétaire de 1,3 %, entre 2009 et 2024. Ce qui a notamment permis au gouvernement grec d’annoncer, au printemps dernier, une aide financière d'un milliard d'euros pour les ménages à faible revenu ainsi qu’un programme d'investissement public, tout en remboursant ses dettes, on l’a vu. En France, Amélie de Montchalin, vigie de Bercy qui semble faire ce qu'elle peut avec ce qu'elle a, vient d'annoncer au Parisien qu'à ce stade des débats budgétaires, le déficit public serait « aux alentours de 5 % du PIB » en 2026... Il faudrait peut-être aller voir chez les Grecs.

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Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

75 commentaires

    • Jamais : les énarques politiciens ont volontairement bloqués le système des élections pour que cette éventualité n’arrive jamais.
      En 1958 il fallait 50 parrainages.
      En 1965 : 100 parrainages
      En 1976 : 500 parrainages
      Depuis 2016 : la liste de tous les parrainages est publiées officiellement (ce qui peut conduire à des problèmes pour certains maires)

  1. La macronie dans toute sa splendeur, quoi retenir de son intervention et bien que je l’ai suivi par intermittence tellement elle est imbuvable de mépris pour le petit peuple inculte , bon une fois ceci dit il est clair que la macronie a pris des leçons accélérées de langue de bois chez leurs amis de LFI et au pcf .
    Avec toute sa suffisance elle a déclaré sans s’étrangler que le RN est rempli d’incapables en matière d’économie, tout juste si les 3300 milliards de dette c’était le RN au pouvoir qui l’avait creusé , et eux son gourou en tête ni sont pour rien ?
    Quelle appelle Super Bruno l’écrivain suisse de roman porno , il va lui expliquer qu’il n’a pas arrêté de tirer la sirène d’alarme et que Manu le petit était trop occupé à détruire l’industrie française et qu’il n’entendait plus rien !!

  2. Cet après midi le moine soldat ami de l’ami Belattar, vient au secours de dame de Montchalin dans une tirade sur les mesures budgétaires votées à l’assemblée non suivies d’effets pour cause d’inconstitutionnalité, en d’autre termes tout ce qui ne plaira pas au sieur lecornu, sera présenté à la cour suprême de connivence à qui l’on indiquera sur quel bouton il faut appuyer, vert y’a bon, rouge y’a pas bon.

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