[ÉDITO] Manifestations en Iran : vers la guerre ?
L’ONG Iran Human Rights avance le chiffre d’au moins 192 morts. La Radio-télévision belge de la Communauté française (RTBF) évoque la mort de centaines de manifestants, ces derniers jours, relayant l’information du Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, et qui a reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles ». Une manifestante, interrogée par CNN, assure avoir vu des « corps entassés les uns sur les autres » dans un hôpital de Téhéran. Difficile d’avoir des chiffres précis sur ce qui se passe en Iran, d’autant qu’Internet est coupé : « un "black-out" numérique sans précédent », titre RFI. Manifestations, émeutes, révolte, révolution ? « Les émeutiers ne doivent pas semer le trouble », a prévenu, ce dimanche, le président iranien Pezeshkian. Comprendre que la répression va se poursuivre et sans mollesse.
« Une ambiance de fête paroissiale »
Cela a commencé en décembre par des manifestations sur la vie chère, mais, désormais, avec probablement des centaines de morts, on comprend que le mouvement dépasse largement la question du coût de la vie. Quand des milliers de personnes descendent dans la rue, en prenant le risque de perdre la leur, l’Histoire, à commencer par la nôtre, montre qu’il ne faut souvent pas grand-chose pour que tout bascule. Du reste, qui aurait imaginé en 1971, lors des splendides fêtes de Persépolis, marquant le 2 500e anniversaire de la fondation de l’Empire perse, que huit ans plus tard, le chah serait renversé et contraint à l’exil : le 16 janvier prochain, cela fera 47 ans. Le 1er février de la même année, la France de Giscard mettait à la disposition de l’ayatollah Khomeyni, réfugié à Neauphle-le-Château (Yvelines) depuis octobre 1978, un Boeing 747 et un équipage d’Air France afin qu’il puisse rentrer dans son pays. La France a parfois des générosités qui, rétrospectivement, laissent pantois. À l’arrivée à Téhéran de celui qui allait devenir le premier Guide suprême, une foule en liesse de plusieurs millions d’Iraniens l’attendait (quatre millions, selon Yves Mourousi, le présentateur du JT de la mi-journée de TF1 à l’époque). « Plus une ambiance de fête paroissiale que de révolution », commentait le correspondant de TF1 en Iran… On connaît la suite de cette « fête paroissiale »…
Le drapeau de la monarchie sur le balcon de l'ambassade d'Iran à Londres
Qui peut dire, alors, qu’un demi-siècle après cette immense euphorie populaire, par un effet de balancier dont l’Histoire a le secret, un mouvement contraire et de la même ampleur ne finisse par mettre à bas la dictature des mollahs ? Pour être remplacée par quoi, par qui ? La semaine dernière, notre confrère Étienne Lombard évoquait, sur BV, l’hypothèse d’un retour du prince Reza Pahlavi, fils du dernier chah. En juin dernier, nous avions interviewé le prince Davoud Pahlavi, cousin du prince Reza, après que ce dernier avait appelé les Iraniens au soulèvement national. Enthousiaste mais prudent aussi, Davoud Pahlavi mesurait « combien le chemin vers la liberté sera[it] long et semé d’embûches ». Samedi à Londres, à l’occasion d’un rassemblement devant l’ambassade iranienne en soutien aux manifestants en Iran, un homme a réussi à remplacer, pendant quelques instants, le drapeau de la République islamique par celui orné d’un lion et du soleil, marques de l’ancienne monarchie. Certes, un tel acte symbolique est sans grand risque à Londres, mais parfois, les symboles peuvent forcer le destin.
Times are changing:
Today the historic lion and sun pre-1979 Persian flag replaced the Ayatollahs' one on London Iran embassy, while -as incredible as it seems- the Israeli flag was waved in Tehran tonight.
Hope, امید, תקוה#Iran #IranRevolution2026 #IranRevolution2026 pic.twitter.com/6CRbAo4vkG— Mélanie Lacide מזל (@MelanieLacide) January 10, 2026
L'Iran, héritière d'une civilisation trois fois millénaire
En tout cas, le prince Reza se dit prêt à assumer le pouvoir. Il y a été préparé depuis son plus jeune âge et bénéficie de réseaux très actifs. Alors que beaucoup lui reprochent d’être trop proche des Américains (il vit aux États-Unis), Trump ne semble pas disposé à l’adouber… Pour l’instant. Avec son franc-parler habituel, l’hôte de la Maison-Blanche vient en effet de déclarer, un brin condescendant : « Je l’ai observé, il semble être une personne sympathique, mais je ne suis pas sûr que ce soit approprié [de le rencontrer] en tant que président. » Cette déclaration est peut-être finalement le meilleur service qu’il puisse rendre au prétendant. L’Histoire – encore ! – montre que les peuples n’aiment pas spécialement les monarques qui reviennent au pays dans les fourgons de l'étranger. La Perse, ce pays qui prit le nom d’Iran, il y a tout juste un siècle, en 1926, lorsque le grand-père du prince Reza renversa la vieille dynastie des Kadjar et fut proclamé roi par le Parlement, fort aujourd’hui de presque 90 millions d’habitants, et surtout héritier d’une civilisation trois fois millénaire où une trentaine de dynasties se succédèrent jusqu’à celle des Pahlavi, ne peut être assimilée à une simple république bananière de seconde zone.
En général, Trump fait ce qu'il dit
Reste à savoir si Donald Trump mettra à exécution ses menaces de « frapper fort » l'Iran en cas de répression meurtrière des manifestations (on y est déjà, à l'évidence). On sait que, généralement, Trump fait ce qu'il dit.
Do not play games with President Trump.
When he says he'll do something, he means it. pic.twitter.com/4tzBlzfNL9
— Department of State (@StateDept) January 10, 2026
Mais le président des États-Unis n'est pas fou. Les récentes expériences afghane et irakienne, avec l'intervention de troupes au sol, ne sont pas vieilles et devraient le dissuader d'une telle option. D'autant que cela pourrait être une occasion, pour le régime des mollahs, d'en appeler au sentiment national. Difficile, sans doute, à juger, à jauger. Sans oublier que les Russes, voisins de l'Iran, ont sans doute leur mot à dire... De son côté, l'Iran, par la voix du président du Parlement iranien Mohamad Bagher Ghalibaf, ce dimanche 11 janvier, a menacé : « En cas d'attaque militaire américaine, le territoire occupé [en Israël] ainsi que les installations militaires et navales américaines seront nos cibles légitimes. » Décidément, l'année 2026 se présente comme l'année de tous les dangers. Cela nous ferait presque oublier que Sébastien Lecornu pourrait chuter dans les prochains jours...
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56 commentaires
Heureusement que M Trump nous défend contre les frères musulmans puisque nos dirigeants français et européens corrompus en sont les complices traîtres…
» Le Président des Etats Unis n’est pas fou »
BRAVO : cette formule résume avec évidence la problématique actuelle iranienne.
Merci Monsieur MICHEL
Attention aux informations diffusées par le mainstream. Des manifestations sont nées de la vie chère mais elles ont vite été récupérées par les milices armées kurdes de l’ouest et azéris du nord. Dans les 192 morts il faudrait trier entre les milices armées et les simples manifestants ; surtout qu’on ne nous donne pas d’information sur le nombre de mort dans les forces de maintien de l’ordre. Par ailleurs, beaucoup réclament le retour de la famille du shah et du prince Reza, celui-là même qui appelait Israel et les USA à bombarder son propre pays. Est-ce bien sérieux quant on veut rassembler un pays derrière soi. Depuis tant d’années que l’Iran est sous sanctions, elle résiste. Le régime se démocratise petit à petit. Il faut laisser du temps au temps. Veut-on imposer le wokisme en Iran ? On a vu le résultat des guerres contre les dictatures : la démocratie n’y est pas revenu et ces pays sont dans le chaos le plus total et y pousse la graine du terrorisme – chaos en Libye et en Irak, un islamiste en Syrie, les talibans en Afghanistan… Il faut parler avec le régime iranien et arrêter de le menacer ou de le bombarder en invoquant sans cesse le faux prétexte de la démocratie.
La révolution » de 1979 était une réaction des iraniens contra la tentative maladroite des USA et du Shah d’occidentaliser complètement (économiquement, culturellement, …) le pays. L’identité profonde de l’Iran n’est ni dans la culture arabo-musulmane (chi’ite en l’occurrence), ni dans le libéralisme anglo-saxon.
S’ils arrivent à se débarrasser des Mollahs, mais si on leur impose à nouveau une économie et une culture anglo-saxonne, ce sera voué à l’échec.
C’est la méthode des tueurs US, des agents CIA infiltrent le peuple, les conditionnent a la révolution sur un prétexte (il y en a des milliers. EnFrance les agriculteurs) pour obtenir un changement de gouvernement et mettre en place un pantin corrompu a la solde US qui permettra aux pétroliers US de venir piller le pétrole et mettre en prisons secrètes (EX: Pologne, Lithuanie) ceux qui ergoteront. C’est ce qui est tente au Venezuela.
Vous avez entièrement raison. Merci pour votre commentaire.
EnFrance les agriculteurs) pour obtenir un changement de gouvernement et mettre en place un pantin corrompu a la solde US qui permettra aux pétroliers US de venir piller le pétrole
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Quoi?! En France on a du pétrole que les pétroliers US voudraient nous piller, et on ne me disait rien! Aux armes, citoyens!
J’ai honte de ce que mon pays a fait à l’Iran avec Giscard!
J’espère que Trump tiendra sa promesse, il doit intervenir en Iran et rapidement, tout comme les Américains nous ont sauvés autrefois car comme autrefois pour nous, de nombreuses vies sont en jeu. Trump réparera un peu seulement, le mal que nous avons fait à ce pays.
Bombarder les pays qui n’obéissent pas à l’occident au prétexte de démocratie…Toujours le même rengaine de l’occident. De plus vous participez à l’auto flagellation de la France éternellement coupable de tout les malheurs du monde. On croirait entendre LFI.
Avec le regroupement familial et l’hébergement en France de Khomeiny, on peut dire que Giscard avait un bonne vision de l’avenir !!!
Les russes ne boygeront pas : ils n’ont pas pu le faire en Syrie ni pour les armeniens et le haut karabagh .Ils sont trop impliques en Ukraine ou ils sont en train d’ecraser les forces de l’OTAN .En revanche , les Chinois eux , sont interesses materiellement a la survie de ce regime maudit comme clients de leurs vecteurs balistiques . C’est donc une fenetre ou plutot une occasion d’intervention qui ne se representera plus avant longtemps et qui laissera aux americains et aux israeliens la responsabilite d’une repression hallucinante qui se soldera par des centaines de milliers de morts s’ils ne font rien ….Les recents mouvements de l’aviation US dans le golfe persique laissent augurer d’une tendance de Trump a mettre ses promesses a execution .
Les Iraniens ont fait la fête pour la destitution du Shah, ils ont accueilli Khomeini à bras ouverts, qu’ils assument maintenant, ça ne nous regarde pas!
en Ukraine ou ils sont en train d’ecraser les forces de l’OTAN
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Vous en savez des trucs!! J’ignorais que les forces de l’OTAN combattaient les Russes en Ukraine
Il n’y a que vous qui ne le savait pas, il faut lire et écouter autres que les médias occidentaux.
Attendez, la roue tourne….approvisionnez les Pop Corn et la biere, ca va être chaud de partout….
Jeune adulte ayant toujours vécu dans un pays musulman à l’islam pourtant modéré, le Maroc (Au lycée mes copines marocaines portaient des minijupes), au moment de la révolution Iranienne, j’étais à la fois étonné, au sens littéral du terme, et terrifié par l’engouement des Français pour l’ayatollah Khomeini et son projet de république islamique. Il fallait réellement avoir le niveau de raisonnement d’une amibe pour penser que l’islam radical accoucherait d’une démocratie ! Comme le disait si bien Renan : l’islam est la plus lourde chaîne que l’humanité ait jamais portée. Grace au succès de Khomeini les islamistes de tout poil se sont vu pousser des ailes et ont déferlé, encore aujourd’hui sur le monde arabe ( qui en partie les combat) et sur l’Occident, particulièrement la France, lourdement endeuillée à cause de l’aveuglement populaire favorable, un temps, à une immigration massive par angélisme humanitaire. Cet aveuglement a été encouragé par la veulerie des hommes politiques au pouvoir qui n’ont pas voulu heurter l’opinion qui les élisait. Ils n’ont pas eu le courage de prévenir les Français des risques sécuritaires, économiques, et surtout civilisationnels inhérents à cette invasion. Et de puis bientôt cinquante ans, les Iraniens et plus encore les Iraniennes souffrent sous le joug des dictateurs enrubannés. Après Renan, citons Bossuet : Dieu se rit des hommes qui se plaignent des effets dont ils chérissent les causes
C’est aux seuls iraniens de définir la politique applicable chez eux. Aucun pays étranger n’est légitime à intervenir, tout au moins officiellement et directement , s’il n’est pas menacé par la politique iranienne. Que certaines sympathies puissent s’exprimer en sous main est admissible. Sauf les « Bobos » occidentaux tout le monde avait compris, depuis le début, que substituer à l’autoritarisme contrôlé du Shah le totalitarisme et le fanatisme religieux des Mollahs conduirait à une situation socio-politique infiniment pire pour les populations. On y est.
On y est depuis un bon bout de temps et même dès les débuts de la révolution. Khomeiny arrive au pouvoir en février 79 et l’ambassade des US est prise d’assaut en novembre. Avec des hauts et des bas, les désordres et les violences arbitraires de toutes sortes n’ont jamais cessé en Iran.
Ce qui me fait peur c’est de voir comment un pays comme l’Iran, un pays de haute civilisation peut en arriver là avec une dictature religieuse fascistoïde, mais on est passé par là aussi avec l’Allemagne et aussi un peuple hautement civilisé pour en arriver à ce qui est arrivé, dirigé par une bande de criminels pillards et génocidaires.
Ce comment est suit toujours le même schéma et on a raison d’avoir peur. C’est toujours au croisement des circonstances et d’une idéologie totalitaire qu’émerge une dictature « fascistoïde ». Les circonstances pour l’essentiel ce sont les contradictions (économiques, politiques, financières, sociales, diplomatiques, etc.) d’un régime qui s’écroule et l’idéologie totalitaire, une promesse fallacieuse de tout expliquer de tout solutionner sans laisser de place à la moindre opposition (révolution française, révolution bolchévique, fascisme mussolinien, nazisme hitlérien, islamisme iranien, maoisme, chavisme, castrisme, madurisme, etc…)
En Iran les principales circonstances qui amènent la révolution sont sociales (accroissement des inégalités), économique (échec du plan blanc) et politiques (autoritarisme et répression féroce) sur les quelles se superposent une belle dose de naïveté occidentale (Carter aux US et gauche européenne en ce compris Giscard). Le régime iranien deviendra immédiatement « dur » avec l’élimination de la concurrence des idéologies de gauche laïques (communistes et autres) par les islamistes et « très dur » avec la guerre Iran-Irak sur le modèle « guerre de 14 » Pour ce qui est de l’idéologie totalitaire islamiste, pas besoin ni de rappels ni d’explications. On commence à bien connaître.
Nos tensions et contradictions, en Europe et en France sont assez fortes. Méfions nous donc de toute idéologie révolutionnaire et totalitaire. Et à l’évidence et en premier lieu LFI. Mais ne lâchons rien sur la Liberté (d’expression notamment) et sur la Démocratie (le débat contradictoire est toujours indispensable)
Excellent article. « Le président des Etats-Unis n’est pas fou ». On devine en filigrane ce qu’est la méthode Trump ; des actions ciblées mettant en oeuvre une forte concentration de moyens sur période courte. Pas de « guerre » Des coups de mains très brutaux sans préavis. Mais pour l’heure très efficaces. En Iran on bombarde les sites nucléaires et STOP. Reste à savoir ce que bricole la CIA en Iran ….
il faut que l4Améeique intervient pour rendre la liberté aux iraniens
Bin voyons! Il me semble que les Iraniens ont perdu leur liberté de leur propre faute…