[ÉDITO] « Tout se tient ! » Pour une fois qu’on est d’accord avec François Hollande…

« La fragilité de la France est un élément d'insécurité supplémentaire pour l’Europe », a affirmé François Hollande.
Capture d'écran
Capture d'écran

Il arrive à François Hollande de dire des choses intéressantes. « La fragilité de la France est un élément d'insécurité supplémentaire pour l’Europe », a affirmé le député de Corrèze, dans un entretien au Monde, ce week-end. Il faut reconnaître que l'ancien président de la République a toujours été meilleur commentateur qu’acteur de l’actualité.

Hollande, observateur mais surtout acteur de la fragilité du pays

Et François Hollande d’expliquer pourquoi, selon lui, cette fragilité est un élément d’insécurité pour l’Europe : « Si, demain, c’est la loi spéciale qui s’impose faute de compromis, ce sont les dépenses de l’année précédente qui vaudront, et les 6 milliards d’euros prévus pour améliorer notre capacité de défense ne seront pas là. » En clair, si le budget de l’État pour 2026 n’est pas voté dans les délais constitutionnels, avant fin décembre, il y aura reconduction du budget de 2025 à travers, vraisemblablement, le vote d’une loi spéciale, dans l’attente d’un hypothétique vote au début de l’année 2026, comme, du reste, cela a déjà été le cas pour 2025. Par conséquent, la France prendra du retard dans la montée en puissance de son outil militaire, faute de crédits. C’est vrai.

Et d’ailleurs, le très discret député socialiste parle encore d’or lorsqu’il ajoute : « Tout se tient : l’état de notre démocratie, c’est la force de notre défense et la crédibilité de notre sécurité. » S’il en tire la conclusion très personnelle que « c’est la raison pour laquelle Trump et Poutine poussent les extrêmes droites en Europe pour nous affaiblir et nous neutraliser », il se garde bien de souligner qu’il n’est pas qu’un simple observateur mais bien un acteur de cette fragilité, liée à l'instabilité politique de notre pays. En effet, dans la nuit de vendredi à samedi, une écrasante majorité de députés a rejeté la partie « Recettes » du projet de loi de finances (PLF) pour 2026 : 404, pas moins. Erreur 404 ? Parmi ces 404, les députés camarades socialistes de François Hollande. Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, monte sur son grand cheval pour dénoncer, sur X, « l’attitude cynique des extrêmes » (LFI et RN), mais les socialistes (ceux-là mêmes qui ont sauvé des eaux Sébastien Lecornu, en octobre), comme tout le reste de la gauche et les LR, font partie de cette conspiration des 404. Ne parlons pas des 84 abstentions, dont une grande partie du camp gouvernemental...

Depuis que Macron a dissous

Ce rejet massif est une première, sous la Ve République. Une première de plus ! On commence à sérieusement cumuler les premières et les records, depuis un an et demi, c’est-à-dire - cela ne vous aura pas échappé - depuis qu’Emmanuel Macron a eu cette idée lumineuse de dissoudre l’Assemblée nationale. Il faut toujours revenir à la source, ça aide à mieux comprendre. Théologiquement, on parlera de péché originel. Politiquement, on appelle ça une faute, pire qu’un crime, comme aurait dit Joseph Fouché, le lointain prédécesseur de Laurent Nuñez. Record de durée d’un gouvernement démissionnaire, première fois qu’un chef de gouvernement (Bayrou) est censuré sur un vote de confiance qu’il a lui-même suscité, record de la plus courte durée à Matignon (Lecornu) avant d’être renommé... On pourrait en rire, mais on n’a pas vraiment envie.

« Tout se tient », dit Hollande. Effectivement, tout se tient. Et on va élargir un peu la focale pour mieux comprendre. Si la France est fragilisée en Europe, ce n’est pas seulement parce que son budget risque de ne pas être voté à la fin de l’année. Des glissements de crédits ? Les armées sont la variable d’ajustement de la plupart des gouvernements depuis des décennies. Du reste, on n’en serait pas à mettre aujourd’hui les bouchées doubles si l’on avait tenu une ligne constante dans la durée. Mais c’est un autre sujet. Quoique...

Parlons un peu du consentement national

Tout se tient, donc. Preuve en est les récents propos polémiques du chef d’état-major des armées. Que le général Mandon ait mal dit au mauvais moment semble aujourd’hui faire un assez large consensus, sauf dans ce qu’il reste de Macronie dans le pays. Mais cette déclaration avait, en creux, le mérite de poser la question de l’esprit de défense.

À ce sujet, il faut relire le propos liminaire et lumineux, en introduction du premier livre blanc de la Défense, de Michel Debré, alors ministre de la Défense nationale de Georges Pompidou. Nous étions en 1972. Et pourtant, ce texte est d'une actualité brûlante. « Quelles que soient les modalités d'une défense, aucune politique n'a de valeur sans consentement national. Cette vérité demeure de notre temps telle qu'elle fut vérifiée si souvent dans notre pays. » Le consentement national s’exprime notamment à travers la représentation nationale. Une représentation nationale aujourd’hui fracturée, à l’image de la fracture de la nation. Fracture dont Macron n’est pas à l’origine mais à laquelle il contribue largement, depuis huit ans. Debré ajoutait : « À l'époque où le fait nucléaire remet le geste ultime à un seul homme, à savoir le président de la République, responsable suprême qu'à investi le suffrage universel, le pays doit adhérer à la défense, et pour qu'il adhère, il doit comprendre. » Aujourd'hui, on ne comprend plus vraiment.

Un président de la République sans majorité, largement désavoué dans les urnes par la défaite de ses troupes (élections européennes et législatives de 2024), doté d’une cote de popularité catastrophique (on sait, un sondage n’est pas une élection, mais tout de même...), détesté comme jamais (Hollande, à côté, c'est Saint Louis et Henri IV en une seule personne !), un Président dont le gouvernement est dans l’incapacité de faire voter un budget est-il en mesure, alors qu’il est investi de la fonction quasi sacrée de chef des armées (ces armées françaises où obéir d’amitié se vit sur le terrain), de susciter l’adhésion, le consentement de la nation face aux périls potentiels qui menacent la France ? Poser la question, n'est-ce pas, déjà, donner la réponse ? Tout se tient. Si tant est que quelque chose tienne encore, dans ce pays.

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

70 commentaires

  1. Bien observé. Monsieur Hollande est remarquable de lucidité depuis qu’il a décidé de ne pas se présenter à un deuxième mandat. Ainsi il se pense dédouané de ce qui se passe pour la France depuis 8 ans et il se croit autorisé à critiquer, à commenter. Mais non ! Monsieur Hollande est un complice, voire même un membre fondateur de notre descente aux enfers. Et qu’il ne pense pas être réhabilité un jour ! Aucune chance…les Français ne le méritent pas (pour paraphraser la réflexion d’une Dame, qui loge encore à l’Elysée, à propos de son mari)

  2. Hollande entre le scooter et les dédicaces dans les super marchés quel intérêt donner à sa parole. Qu’a t’il fait pour avoir encore un peu de considération par certains. Un homme politique a oublier , un président nul dont on se souviendra

  3. Les commentaires d’un ancien président de la république qui a osé dire au procès des assassins des attentats de 2015 « on savait et on a rien fait » sont-ils encore crédibles ?

  4. « Le consentement national s’exprime notamment à travers la représentation nationale »… Il n’y a pas de représentation. Il n’y a que des « élus » qui protègent leurs intérêts et oublie leurs électeurs. Quand à la partie recette qui a été rejetée, ne serait-ce pas la peur de « gnons » à venir qui motive des députés dont aucun n’a proposé de diminuer le train de vie de l’état dont ils sont les larges bénéficiaires?

  5. Est on obliges de s’extasier et recueillir lrs « bavassage » de ceux qui nous ont conduits a la pire decadence..hollande,raffarin,villepin, cazeneuve..valls,et bientot Macron?

  6. Ce brillant- luisant énarque a toujours été un excellent enfonceur de portes ouvertes et de formules lapaliciennes !

  7. Qu’est ce qui tient encore dans ce pays qui va à vau-l’eau, et où tout s’effondre ? Ce gouvernement qui cumule les échecs, les hontes et les records les plus désastreux ne gouverne plus rien… Le bateau coule…
    Dans une situation aussi dramatique, on se passerait des commentaires du sieur Hollande, qui, lui, a eu le triste record d’attentats terroristes sous son mandat, a largement contribué à la  » fragilité » de la France, (doux euphémisme !!), et à son insécurité.

  8. Si on économise 6 milliards d’équipements militaires inutiles, ce ne sera pas plus mal. Par contre, pour la sécurité ordinaire des Français, 1 milliard ne serait pas de trop.

    • L un ne va pas sans l autre ! Qui veut la paix prépare la guerre malheureusement. Ce n est pas dans le budget de la défense qu il faut couper.

  9. Il a oublié qu’il a été de ces gens responsables du chaos dans l pays, se souvient il qu’en 2015 ce grand démocrate refusait de défiler au côté du RN après els attentats? A croire que c’était le RN responsable et pas les islamistes. Flamby a contribué à la destruction de la France, comme tous ceux qui depuis 81 ont dirigé ce pas, il devrait être condamné, au lieu de ça, il donne un avis que personne n’écoute

  10. Hollande va nous dire que l’excès de vitesse sur la route est un élément de risque pour un accident et les médias seront tout agités et surpris suite à ces paroles inestimables.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois