[ÉDITO] Vol à Saint-Vincent-de-Paul, effondrement à Saint-Roch : nos églises sont martyrisées
Les paroissiens de Saint-Vincent-de-Paul, dans le Xe arrondissement de Paris, ont appris, dimanche matin à la messe, le vol d’une relique. Un médaillon précieux du XVIIᵉ siècle contenant un fragment de la tunique de saint Vincent de Paul a disparu. C’est un agent d’entretien qui, la veille vers 19 heures, a constaté l’absence du reliquaire, exposé à la vénération des fidèles.
L’église du XIXᵉ siècle, avec ses airs de Madeleine, s’élève à l’emplacement de l’ancienne maison Saint-Lazare où vécut et œuvra saint Vincent de Paul, au XVIIᵉ siècle. Une figure connue pour sa charité envers les pauvres. Le clergé a communiqué sobrement : « Les reliques ont disparu. Le message de saint Vincent de Paul demeure. » Certes, « le message ne peut être volé », mais la disparition de cette relique « touche profondément », car une relique est « un signe précieux de mémoire et de foi ». Hashtags de circonstance : #RendezNousLesReliques et #LaCharitéNeSeVolePas.
On comprend la supplique du curé : rapportez-la, puisqu'elle n’a aucune valeur pour vous. Une relique, en effet, n’a d’importance, en principe, qu’aux yeux de ceux qui croient. Pourtant, on se souvient de l’émoi national lorsque la Couronne d’épines faillit disparaître dans l’incendie de Notre-Dame. L’aumônier des sapeurs-pompiers avait été la chercher in extremis. Sur les réseaux sociaux, certains y voyaient déjà un signe de fin des temps. Finalement, la relique fut sauvée et reste aujourd’hui offerte à la vénération des fidèles.
Ces appels ne sont pas toujours vains. On se souvient de la tunique du Christ, volée à Argenteuil en 1983, finalement rapportée par le voleur lui-même. Il aurait confié avoir entendu une voix lui dire : « Que m’as-tu fait là ? » La peur du sacrilège et de la damnation éternelle faisait parfois office de très efficace système d’alarme. En ces temps de sécularisation, ces scrupules habitent moins les cambrioleurs.
Désintérêt...
Peut-on empêcher ces vols ? Oui et non. Les reliques ou leurs écrins ont parfois une valeur marchande. Fondu, un reliquaire en métal précieux peut facilement disparaître au-delà des frontières. Chaque année, le ministère de la Culture publie un bilan des vols et disparitions d’objets protégés : dans 95 % des cas, il s’agit d’objets religieux conservés dans des églises. Les vols déclarés restent relativement stables – une trentaine par an – mais les « disparitions » explosent : près de 220 objets manquants, en 2024. Autrement dit… envolés. Mais pas par l'opération du Saint-Esprit, en dépit du lieu : ils ne sont sans doute pas perdus pour tout le monde.
Ce phénomène est-il comparable avec le spectaculaire cambriolage du musée du Louvre ? Oui et non. Il dit plutôt le désintérêt général pour le patrimoine religieux. On se souvient d’un ancien ministre de la Culture décrétant les églises du XIXᵉ siècle peu dignes d’être restaurées. Quand on considère un bâtiment comme secondaire, on finit aussi par négliger ce qu’il contient.
Puis, une église n’est pas un musée : c’est un lieu vivant. Le ministère recommande souvent de sécuriser, centraliser les trésors. Autrement dit : moins ouvrir les écrins, c'est-à-dire les églises. Mais le curé de Saint-Vincent-de-Paul ne souhaite pas réduire les horaires. Combien de conversions imprévisibles, à la manière de Paul Claudel, derrière un pilier de Notre-Dame, risqueraient alors de ne jamais avoir lieu ?
Et puis, laisser les trésors à portée de tous, n’est-ce pas, au fond, l’esprit même de saint Vincent de Paul ? À force de déplacer les objets vers des musées ou de transformer les églises en salles minimalistes aux airs de catalogue IKEA, on prive aussi les plus modestes de la beauté qui leur appartenait. L'équipementier suédois, ils l'ont déjà dans leur salle de bains. Le luxe intemporel qui parle à l'âme, c'est autre chose. Ils ne viennent pas au font baptismal pour s'y brosser les dents. Avis aux « designers » de Notre-Dame.
Si l’on ferme les églises et confine les trésors parce qu’on ne sait pas arrêter les voleurs, la logique est la même que lorsqu’on conseille aux femmes d’éviter certaines rues : on adapte la liberté des victimes à l'impunité des coupables.
…et désamour
À cela s’ajoute un autre phénomène, plus discret : le désamour interne. Dans les années 1970, une partie du clergé a regardé avec condescendance reliques et statuaires pieuses trop « populaires », voire propices à la superstition. Certaines ont été abandonnées dans des sacristies ou des chapelles désertées. Et un jour, on découvre qu’elles ont disparu.
Entre un clergé parfois tenté de faire table rase et des administrations culturelles peu sensibles à cet héritage, il y a eu une étrange convergence. Voler un trésor dans une église ou s’en désintéresser au point de le laisser disparaître : le résultat est le même, tout est question de chronomètre.
Car ces trésors – mobiliers, immobiliers, spirituels – ne sont pas seulement ceux des croyants. Ils constituent notre héritage commun et aussi une part du charme français. Dans chaque village, il y a un château et une église. Encore faut-il vouloir les transmettre.
Reste la question essentielle : qui protégera cet héritage si plus personne ne se sent responsable de sa mémoire ? Tiens, puisqu'on en parle, une partie de la corniche de l'église Saint-Roch vient de se détacher et de tomber dans la rue. Dire qu'en 1905, en expropriant l'Église, l'État avait promis de s'en occuper...
Effondrement d’une corniche à l’église parisienne de Saint-Roch et vandalisme d’une arche d’alliance dans la même église. Article à venir dans La Tribune de l’Art pic.twitter.com/VS9woVEUTP
— La Tribune de l'Art (@ltdla) March 9, 2026
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25 commentaires
Il ne restera bientôt plus rien et que des cailloux à sucer pour se nourrir. Les plus malins seront cannibals mais la gauche aura fait son travail. Leurs électeurs seront béas et révoltés comme maintenant, sans comprendre comment on en est arrivé là! Le gauchisme est une maladie mentale!
Au lieu de dilapider des sommes folles pour des oeuvres d’art dites « modernes », des festivals douteux et des chaînes de tv qui ne valent pas un sou, le ministère de la Culture devrait s’attacher à préserver tout le patrimoine français. Les églises font partie de ce patrimoine.
Chère Madame CLUZEL, je me permets, avec bienveillance, de rectifier votre phrase : « un ancien ministre de la culture décrétant les églises du XIX siècle peu dignes d’être restaurées ». En l’occurrence, le ministre était une femme, Madame Roselyne BACHELOT. Déjà quand elle était députée dans le maine et loire, elle avait la réputation d’être un peu « ollé, ollé » . Et ce qu’elle a fait ensuite après son passage au gouvernement n’est pas à son honneur : « invitée dans les grosses têtes, puis s’exposant dans une pièces de théâtre « les monologues du v…n ». Il faut dire que cette dame était connue pour ne pas avoir la langue dans sa poche.