En France, on ne peut pas brûler un Coran mais on peut parodier la Cène

Le jugement rendu par le tribunal de Lyon peut laisser penser à un deux poids deux mesures, selon la religion visée. 
© Wikimedia Commons - Tobias Hellsten / ToHell
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Deux poids deux mesures ? Ce 30 juillet, un homme de 27 ans a été condamné à un an de prison ferme par le tribunal correctionnel de Lyon pour avoir brûlé un Coran. Les faits remontent au mois de juin 2024. Dans la nuit du 1er au 2 juin, quelques instants avant la première prière du matin, ce jeune homme avait pris un Coran destiné à l’usage des fidèles de la mosquée de Villeurbanne et l’avait incendié à l’extérieur de l’édifice religieux. Grâce à l’exploitation des images de vidéosurveillance, l’individu avait été rapidement appréhendé par les forces de l’ordre. Ce 30 juillet, l’homme, atteint d’une schizophrénie paranoïde qu’il traite depuis ses 18 ans, était jugé pour « dégradation commise en raison de la race, l'ethnie, la nation ou la religion ». Le prévenu s'est défendu d’être « islamophobe ». « Je comprends que mon geste a été très grave, reconnaissait-il à la barre. Pour moi, c’était juste un livre, ce n’est pas contre les musulmans eux-mêmes. » Une ligne de défense qui ne convainc pas le parquet, qui requiert alors 15 mois de prison ferme. Selon la procureur, il faut « apporter une réponse à une société qui se sent blessée » après cette « transgression ». Le parquet reconnaît toutefois l’altération du discernement du jeune homme au moment des faits.

Le tribunal a finalement décidé de condamner le prévenu à 12 mois de prison ferme assortis d’une interdiction de deux ans de paraître à Villeurbanne. « Vous avez déjà été condamné à trois reprises par un tribunal pour des faits de menaces, de violences à raison de l’orientation sexuelle ou identité de genre et de vol », justifie le président du tribunal. Les parties civiles se sont réjouies de cette condamnation ferme. « C’est une peine satisfaisante pour nous. Nous avons eu le sentiment d'avoir été pleinement entendus », a réagi, devant nos confrères, Me Sefen Guez Guez, avocat du Conseil des mosquées du Rhône.

Une différence de traitement selon la religion ?

Mais sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux à s’être étonnés de cette condamnation. « Le blasphème n’est pas un crime ni un délit, en France », s’indignent ainsi plusieurs personnes. D’autres s’étonnent de la sévérité de la peine et s’inquiètent d’un présumé deux poids deux mesures en fonction de la religion visée. En effet, une femme, vêtue d’une burqa, avait mis le feu à une Bible sur les quais de Seine, en 2016. Un acte a priori similaire à celui commis à Villeurbanne l’année dernière. Mais selon Le Parisien, la femme n’a été verbalisée que pour le port du voile. Le parquet, à l’époque, ne s'était pas ému d’une « société qui se sent blessée » et n’avait donc pas retenu d’infraction pour l’incendie de la Bible. Un an plus tard, les Femen, qui avaient milité seins nus dans Notre-Dame de Paris en 2013, poursuivies pour injures envers les catholiques et dégradations, étaient quand à elles relaxées. Et en 2022, le jeune influenceur Benjamin Ledit, qui s’était notamment filmé en train d’effectuer une danse suggestive en crop-top dans une église, n’est quand à lui condamné qu’à des amendes au civil au titre du préjudice moral subi.

L’accumulation de ces jugements laisse penser à une différence de traitement selon la religion victime. « Emprisonnement ferme d’un an pour avoir brûlé un Coran (malgré un trouble psychiatrique avéré), tandis que brûler une Bible ou parodier la Cène n’entraînent aucune sanction. Ce genre de jugement ridiculise l’institution judiciaire et ses auxiliaires », commente ainsi Philippe Prigent, avocat au barreau de Paris, en référence à l'une des scènes de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Paris, jugée hostile aux catholiques. Même son de cloche, du côté de Jean-Yves Le Gallou, ancien député européen : « Brûler un Coran ? 1 an ferme. Brûler une Bible ? Une amende. Blasphémer la Cène ? Des millions de subventions et des pluies d’invitations […] Allô, les juges? Est-ce que vous vous rendez compte du discrédit porté à votre institution par ce deux poids deux mesures ? »

Picture of Clémence de Longraye
Clémence de Longraye
Journaliste à BV

Vos commentaires

104 commentaires

  1. Pensez à vérifier dans le fond de vos barbecues s’il ne reste pas quelques feuilles pas totalement brûlées d’un journal identifiable, vous pourriez être condamnés si le propriétaire du dit journal porte plainte.

  2. Cette dérive est très grave et conforte les frères musulmans.
    Où est l’état laïc ?
    Les juges ont-ils peur d’une fatwa? Se rendent-ils compte qu’ils insultent Voltaitre et Salman Rushdie
    Quant à moi, je revendique le droit au blasphème !

  3. Ce qui est gravissime est qu’un juge rouge vient de créer une jurisprudence de blasphème uniquement pour les musulmans. Cela donne même une excuse aux meurtres de Charlie Hebdo. A quand l’appel formé par les meurtriers ?
    On peut aussi noter que pour cet acte commis à cause de « l’altération du discernement du jeune homme au moment des faits » n’a pas suffit à le relaxer alors que de nombreuses situations similaires concernant des meurtres commis par des musulmans au nom de leur religion ont permis que ces meurtriers échappent à la prison. L’aliénation mentale est-elle réservée à exonérer les seuls musulmans de leurs actes ?…

  4. Deux poids deux mesures : tout est dit, et c’est comme ça tous les jours.
    Si le livre est à lui, pourquoi un an de prison ?
    On n’a donc pas le droit de détruire un livre quand on en est propriétaire ? Mince alors, moi qui ai mis dans la cheminée mes anciens livres de biologie … je risque un an de prison !

  5. Bravo aux juges lyonnais qui par leur jugement affichent publiquement leur soumission à l’idéologie de gauche et en oublient les serments faits à leur institution.
    Qui aura le courage de remettre de l’ordre là dedans ?

  6. Justice soviétique (ou socialiste-nationale, ce qui revient au même): vous avez les bons et les mauvais justiciables…

  7. Encore une justice à géométrie variable !
    La discrimination positive ne fait qu’attiser la haine en cultivant un profond sentiment d’injustice (c’est le cas de le dire !) vu leur répétition

  8. Quand on aura réalisé que « «  tendre la joue droite » n’est pas la bonne méthode on pourra enfin prétendre à être respectés. Le Christ a aussi chassé en son temps les marchands du Temple.

  9. Cette décision de justice est inique tout simplement !!!! Honte à la justice qui est soit disant rendue au Nom du Peuple Français !!!!

  10. A quand la « liberation » pour proceder à « une remise à plat » de la justice légale et de la justice médiatique ?

  11. Et, qu’en est-il des incendiaires d’églises ? Elles sont pourtant presque monnaie courante tandis que l’incendie de mosquée ? Je n’en ai pas souvenance. Etonnant non pour plagier Desproges…

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