[ENQUÊTE] Yvelines : une église romane menacée de destruction

La mairie de Notre-Dame-de-la-Mer n'a pas entretenu son patrimoine religieux... et prétend maintenant s'en débarrasser.
L'église Saint-Pierre, à Notre-Dame de la Mer. © Samuel Martin
L'église Saint-Pierre, à Notre-Dame de la Mer. © Samuel Martin

La façade. © Samuel Martin

Une humble église au bord de la Seine, si humble qu'on l'appelle aussi chapelle, à la frontière de l’Ile-de-France et de la Normandie. Elle est aujourd’hui menacée de destruction. L’église Saint-Pierre résume à elle seule le péril qui menace un patrimoine religieux en déshérence que ni l’État, ni la commune, ni le diocèse ne veulent assumer ni transmettre.

L’édifice appartient à la commune de Notre-Dame-de-la-Mer (Yvelines). Le toit est percé. Les contreforts se détachent des murs et se déchaussent. Certaines baies sont ruinées. Elle ne paye pas de mine, l’église Saint-Pierre. Mais telle qu’elle est, si dégradée, elle garde son charme roman du XIIe siècle. Sa petite taille, son clocher court sont typiques de la région. On voit d’identiques édifices dans les villages alentour, comme celle de Rolleboise. Il n’y a pas besoin de beaucoup d’efforts pour imaginer l’église Saint-Pierre restaurée et retrouvant la beauté de ses volumes.

La version du maire et celle du curé

Pour la commune, les efforts sont financiers. Le coût des travaux est évalué à 600.000 euros. Elle n’a pas les moyens de restaurer l’église que le maire, Jean-Luc Mailloc, dit fermée au culte depuis 1955. Faux, déclare à BV le père Lenouvel, en charge de la paroisse de Bonnières-Rosny-sur-Seine dont elle dépend : « Il y a eu des baptêmes célébrés jusque dans les années 1990, et la dernière messe vers 2010. Son état le permettait encore jusqu’au jour où les infiltrations d’eau ont rendu les célébrations impossibles », nous explique-t-il.

Autre point - et non des moindres - où les versions diffèrent : le maire dit que « le débat [sur le sort de l’église] ne pourra être ouvert qu’après sa désacralisation ». Mais, selon monsieur le curé, « l’église a été désacralisée durant l’automne 2024, à la demande du maire et sans m’en avertir, en traitant directement avec l’évêché ». Sollicité par BV, l’évêché n’a pas donné suite. Dommage : nous aurions aimé tirer au clair cette histoire de désacralisation et savoir comment Mgr Luc Crepy justifie la destruction d’une église du XIIe siècle.

Elle n’est pas classée - et alors ?

Le maire a d’autres arguments pour justifier une prochaine destruction. Coincée entre la Seine et la voie ferrée, d’un côté, et la RN 915, de l’autre, l’église est difficile d’accès. C’est vrai, nous l'avons expérimenté en allant y prendre des photos et le père Lenouvel nous confirme que c’était dangereux pour les paroissiens, mais l’idéal d’un édifice religieux est-il d’être ceint d’un vaste parking ?

Et puis, avance encore le maire, l’église « n’est ni classée ni inscrite aux monuments historiques ». Argument ultime déjà entendu dans d’autres dossiers de destruction, comme celui d’une tour médiévale à Provins. Aux yeux de certains maires, l’absence de classement ou d’inscription est un blanc-seing autorisant n’importe quoi. Curieuse interprétation.

L'église à moitié enterrée, telle qu'on la voit de la RN 915. © Samuel Martin

Quelques solutions

Cette absence de classement est au contraire une chance dans l’optique d’une sauvegarde, aux yeux d’Alexandra Sobczak-Romanski, qui dirige l’association Urgences Patrimoine. Jointe par BV, elle explique que les travaux sont moins contraignants et donc moins coûteux pour un bâtiment non classé. Quant au coût de 600.000 euros, il peut sûrement être revu à la baisse. « On peut établir un nouveau diagnostic et monter un dossier sérieux pour candidater au Loto du patrimoine. On peut trouver du matériel de réemploi, des artisans qui travailleront pour l’église… », détaille-t-elle.

« En ce domaine, je ne peux que donner mon avis, rappelle le père Lenouvel à BV. Les autorités font ce qu’elles veulent ensuite. À titre personnel, la solution que je proposerais à une association de défense du patrimoine serait d’acheter un terrain sur le plateau, d’acquérir l’église Saint-Pierre pour un euro symbolique et de la démonter pour la reconstruire là-haut. » Ainsi serait-elle sauvegardée et la question de l’accès résolue.

Quant aux solutions du maire de Notre-Dame-de-la-Mer, les voici : ne garder que le clocher, ne conserver qu’« une partie des murs avec son plancher » (sans toit ?), la vendre ou… tout raser en mettant « un panneau avec l’historique de cette église ». Voilà une solution aux lourdes dépenses patrimoniales : rasons, faisons des parkings et plantons-y des panneaux historiques d’un entretien modique.

Pour briser l’impression d’impunité que peuvent avoir des édiles en matière de patrimoine, la vox populi a une efficacité reconnue : signez la pétition d’Urgences Patrimoine, qui vient de franchir les 10.000 signataires : « Non à la démolition de la chapelle Saint-Pierre ». Notre identité, notre patrimoine, ce ne sont pas que des cathédrales. Ce sont aussi de multiples petites églises romanes dont nous sommes comptables.

Malgré son état pitoyable, l'église conserve son charme. © Samuel Martin

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

66 commentaires

  1. Elle est très belle. Les siècles et l’abandon des hommes lui ont donné un cachet inoubliable. Que faire pour garder cette beauté de notre patrimoine à l’heure où on construit des mosquées partout en France ? Un de nos braves milliardaires encore restant en France ne pourraient-ils pas faire oeuvre de bienfaisance et préserver ce joyau de notre culture ?

  2. Pauvre petite EGLISE, à elle seule, elle symbolise exactement l’état de la France. Depuis l’élection de Macron, rien ne va plus, il aura aggravé l’état de la France, il l’aura ruinée et il aura déstabilisé 2 millénaires de notre Histoire en accueillant des peuplades à l’opposé de notre civilisation et de notre religion pour plonger gravement le peuple dans l’insécurité et la ruine.

    • Oui, vous avez tout à fait raison. J’espère qu’un de nos milliardaires encore restant en France se fera un devoir de la sauver. Restaurée, sera-t-elle préservée pour autant ? Face à ces brûleurs d’église qui sévissent en totale impunité.

  3. à vu d’oeil, réparation de la maçonnerie et remplacement de la couverture pour environ 200.000€
    après , c’est vendable pour du logement, ou une salle « polyvalente », mais les paroissiens pourraient aussi vouloir la restaurer eux-mêmes…

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