[ENTRETIEN] « Cette mobilisation paysanne peut aller très très loin »

« L'abattage total d'un cheptel pudiquement baptisé "dépeuplement" est extrêmement traumatisant pour les éleveurs »
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Ce jeudi 18 décembre, partout en France, la grogne paysanne monte et les blocages se multiplient. En Normandie, à l'appel de la Coordination rurale, 200 tracteurs ont convergé vers le centre-ville de Caen. Des agriculteurs déterminés qui, après avoir été reçus par le préfet, ont levé le camp en fin de journée en déversant leur cargaison de pneus sur plusieurs ronds-points. Pascal Marie, éleveur laitier en bio (environ 70 vaches) dans le Calvados, a participé à cette manifestation.

 

Sabine de Villeroché. Pourquoi avez-vous manifesté hier ?

Pascal Marie. Ce jeudi, nous étions mobilisés pour revendiquer trois choses : la lutte contre l'abattage, le traité du Mercosur et la future PAC de 2027,dont on parle moins mais qui devrait être revue à la baisse, entre -20 et -25 % des subventions européennes.

 

S. d. V. Votre troupeau est-il touché par cette dermatose nodulaire contagieuse qui est à l’origine de la contestation paysanne ?

P. M. Miraculeusement, pas encore, mais peut-être l'été prochain, avec la chaleur et la recrudescence des insectes. Là-bas, dans le sud de la France, il fait peut-être 10-15 degrés, donc ils n'ont pas réussi à éteindre l'incendie. Mais nos troupeaux normands peuvent être touchés l'été prochain, à moins qu’une campagne de vaccination ne soit mise en place. Cette campagne fait polémique car les bêtes, une fois vaccinées, ne peuvent plus être exportées. Il y a des délais d'attente entre le moment de la vaccination et la commercialisation des animaux, ce qui rend le dossier complexe.

 

S. d. V. Etes-vous partisan de l’abattage total du troupeau, en cas de contamination à la DNC ?

P. M. J’y suis opposé dans la mesure où des alternatives sont possibles. La France est la seule à exercer ce génocide. En Espagne et en Italie, les autorités euthanasient uniquement les animaux contaminés. Dans les Balkans, ainsi qu'à La Réunion en 1992, une campagne de vaccination couplée à une mise en quarantaine et à un protocole de soins appropriés avait permis d'endiguer la maladie. L'abattage total d'un cheptel baptisé « dépeuplement », comme l'indique pudiquement la FNSEA, crée une psychose chez les éleveurs et met un terme à des années de sélection. C'est extrêmement traumatisant.

 

S. d. V. Est-ce la première fois que la France est touchée par l'épidémie de DNC ?

P. M. En métropole, c'est une première. Dans les décennies précédentes, la DNC a touché nos outre-mer.

 

S. d. V. En Normandie, depuis plusieurs années, on abat des troupeaux entiers lorsque les bêtes sont atteintes de tuberculose bovine. Pourquoi cela ne fait pas plus de bruit ?

P. M. À quelques kilomètres de chez moi, dans l’Orne, un cas de tuberculose vient d’être découvert. Depuis une quinzaine d'années en Normandie, la tuberculose touche deux ou trois fermes par an.

Pour la FNSEA, l'abattage d'un troupeau protège les autres élevages, mais cette méthode radicale n'est pas convaincante, puisque la maladie sévit toujours. Pourtant, dans les années 80, seules les bêtes infectées étaient abattues ; les autres étaient soignées ! Cette stratégie d'abattage n'est pas recevable, d'autant plus que la maladie est très peu transmissible à l'homme. Certains paysans ont tenté de faire bouger les choses, des élus les ont rejoints, mais l’attitude du ministre Annie Genevard, qui ne veut surtout pas revoir sa copie pour la DNC, leur laisse peu d’espoir…

 

S. d. V. Comment un éleveur vit-il au quotidien cette menace de contamination de son troupeau ?

P.M. Comme une épée de Damoclès. J’en ai fait l’amère expérience : cette année, à 200 mètres de ma pâture, un blaireau positif à la tuberculose a été découvert. J’ai alors été contraint à ne plus commercialiser certains animaux tant que les tests sur l’ensemble du cheptel se révèlent - heureusement - négatifs. Cette prophylaxie qui se renouvelle tous les ans place l’éleveur en insécurité permanente et l’empêche de faire des investissements à long terme. Comment imaginer, par exemple, acheter un robot de traite à 200.000 euros si tout le cheptel est menacé d’abattage à tout moment ? Que l’autorisation de repeuplement pour reconstituer un troupeau n’est jamais certaine et que le cours du bovin -dont le nombre se raréfie au niveau de l’Union européenne - a plus que doublé ? Sans compter que les indemnités versées suite à l'abattage sont soumises à l'impôt sur le revenu.

 

S. d. V. Quelle serait l’alternative à l’abattage total ?

P. M. La vaccination peut être envisagée, bien qu'imparfaite, car les bovins sont déjà vaccinés contre bon nombre de maladies et la question de l’interaction de tous ces vaccins pose question. Il faudrait aussi mettre les troupeaux en quarantaine et appliquer un protocole de soins.

Mais quand on vaccine, on perd la possibilité d'exporter - tout du moins momentanément. La solution serait de les engraisser pour les consommer en France plutôt que d’importer de la viande  du Brésil selon les diktats du Mercosur. D’où l’importance de relocaliser nos productions !  Il faut réintroduire l’engraissement des bovins dans les grandes plaines céréalières en France, c’est la base de l’agronomie. C’est tout une remise à plat du système agricole qu’il faut mener. Les questions de l’abattage et du Mercosur sont liées.

 

S. d. V. Quel regard portez-vous sur la mobilisation paysanne qui est en train de monter ? Craignez-vous, comme Sébastien Lecornu, l’infiltration du mouvement par des groupes radicaux d’ultra-gauche ?

P. M. Il est temps que les choses changent et que les Français réagissent. La stratégie de l'abattage total a mis le feu aux poudres, les paysans sont déterminés dans leurs revendications contre les mesures abjectes du gouvernement. Espérons que les autres corporations les rejoindront.

En Ariège, il n'y avait ni Black Blocs ni dahu, uniquement des paysans en colère contre l'État tyrannique. M. Macron ferait mieux d'employer la force face aux dangers réels que sont le narcotrafic, la criminalité, et j'en passe...

 

S. d. V. Comment se positionnent les syndicats agricoles, dans cette crise ?

P. M. Les deux syndicats les plus remontés sont la Confédération paysanne et la Coordination rurale. La FNSEA, elle, est bien embarrassée. Son président Arnaud Rousseau ne fait pas du tout l'unanimité. Dans les rangs de la FNSEA, il y en a beaucoup, je pense, qui vont être dissidents, surtout dans le monde de l'élevage. Cette mobilisation paysanne peut aller très très loin, et ce n'est pas l'annonce du report de la signature du Mercosur en janvier par Ursula von der Leyen qui y changera quelque chose, mis à part calmer les esprits, le temps de passer les fêtes en famille.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 20/12/2025 à 23:31.
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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

43 commentaires

  1. « La maladie est très peu transmissible à l’homme « . Entre « très peu  » et « pas », il semble qu’il y ait un point important à éclaircir.

  2. Le patron de la FNSEA, n’est autre qu’un gros, voir très gros industriel dans l’agro -alimentaire. Perso, je n’achette jamais de viande en grande surface. Uniquement chez des bouchers – éleveurs

  3. Ils ne doivent surtout rien lâcher. On leur a fait trop souvent des promesses jamais suivies d’effet. Cette fois c’est la goutte qui fait déborder le vase. Tous unis derrière nos agriculteurs, c’est une question de vie ou de mort pour eux.

  4. De tout cœur avec les agriculteurs. Ma solidarité, je l’orchestre en achetant français, et en contrôlant ce que je mets dans mon assiette, en évacuant tout ce qui vient de l’étranger….C’est une action minime, mais si chacun s’y met, elle peut aussi contribuer à se révolter contre cette Union Européenne qui n’est qu’en fait que le 4em Reich (le premier président de l’UE fut Walter Hallstein, un nazi, CQFD,…petit rappel utile)

    • Tout comme je suis solidaire envers les agriculteurs, je paye mes produits un peu plus cher chez mon hypermarché qui fait une gamme pour eux, lait, produits laitiers, miel, viande, un petit geste car pas trop riche mais fière de le faire

  5. Le pire est que ce sont les paysans qui réclament la vaccination avec un produit dont on ignore la véritable composition…Renseignez-vous un peu…et vive Fauci, Bill Gates et Big-Pharma…Klaus Schwab, Oursoula et compagnie. Que du beau monde qui travaille pour notre bien!…

    • Je vais être peut être complotiste, mais peut être que tout cela était planifié pour que les éleveurs supplient qu’on vaccine leurs cheptels, les vaccins sont déjà prêts, comme pour le covid ceci dit en passant
      Je suis plus que méfiante depuis cette époque et peut être que je vois le mal partout mais en réfléchissant
      Bill Gates fait aussi de la viande artificielle, lui qui prônait le vaccin covid, bref tout cela n’est pas bien net

  6. À moins que cette mobilisation, comme la précédente, ne soit qu’un feu de paille. Ce qui serait profondément regrettable.

  7. Pour soutenir les agriculteurs, on peut signer une pétition dont on peut trouver le lien sous une vidéo de YouTube intitulée « Abattage massif de bovins en Ariège : Jean-Marc Sabatier brise le silence ». Cette vidéo, apolitique et basée sur une argumentation factuelle, est très instructive. On y apprend que le motif de cet abattage n’est pas sanitaire car cette maladie se guérit facilement et ne contamine pas l’homme. On y apprend aussi qu’il ne faut pas vacciner les bovins avec le vaccin à base d’ARN messager qui a été mis en production pour enrayer la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC), car ses effets secondaires produisent les mêmes symptômes que … la DNC ! De plus, l’ARN messager présent dans la viande, qui ne peut être détruit pà la cuisson ni par les acides gastriques, se retrouvera dans votre organisme. Pourquoi cet abattage si ce n’est pas pour raison sanitaire ? Pour réduire drastiquement le cheptel bovin en France, et vous apprendrez pourquoi dans cette vidéo.

    • Je vois des pétitions de partout, que je signe à chaque fois d’ailleurs
      Il faut les soutenir autant que possible c’est sur
      Ce qui me fait peur ce sont les vaccins dont tout le monde parle et ce qu’il y a dedans, je suis méfiante depuis le covid et si je ne veux pas d’ARN dans mon organisme ce n’est pas pour en manger

  8. Baisse des subventions européennes pour les agriculteurs français, histoire de les faire disparaitre plus vite. Par contre Nicolas claque 15 milliards au profit d’une Europe qui file 90 milliards à l’Ukraine.

    • Baisse des subventions européennes pour les agriculteurs français (distribuées par prélèvement sur l’énorme contribution annuelle de la France à l’UE), histoire de les faire disparaitre plus vite.

  9. Les paysans attendent une solution de ceux qui ont créé le problème. Sachant que le problème en question n’est ni une conséquence inattendue ni un dégât collatéral imprévu de décisions prises en toute connaissance de cause, les paysans obtiendront, au mieux, un sursis qu’ils prendront pour un simili-renoncement grâce à l’enfumage dans lequel le gouvernement et leur syndicat majoritaire les noiera. Ceux qui prennent les décisions funestes pour l’élevage français savent très bien ce qu’il font. Ils le font pour servir des intérêts qui s’opposent à ceux de la France et des Français, et ne manquent jamais d’exécutant serviles (ministres, préfets, gendarmes mobiles et CRS) pour sacrifier une catégorie de gens avant de passer à la suivante. Tant que ces décisionnaires seront en place, il est illusoire de croire qu’ils renonceront. Donc, à moins que le pouvoir ne change de mains, les paysans seront bel et bien sacrifiés puisque c’est ce qui a été décidé pour eux. Leurs manifestations, aussi spectaculaires soient-elles, ne changeront rien à leur sort. Sauf à ce qu’elles ne provoquent une insurrection générale renversant le pouvoir en place, elle ne sont qu’un baroud d’honneur qui ajoute gazage, matraquage, gardes à vue et destruction de leur matériel à la peine à laquelle ils sont condamnés et pour laquelle, pour eux et contrairement à d’autres, il n’y a aucun aménagement prévu.

  10. Ils avaient commencé plusieurs fois des années avant pour abandonner suite à de fausses promesses
    Je pense que là ils ont compris, même si la signature du mercosur a été reportée, ils ont bien compris qu’elle aurait lieu de toute façon.
    C’est leur survie qui est en jeu et ils ne doivent en aucun cas baisser la garde, malgré les appels menaçants de la porte parole du gouvernement et de la ministre de l’agriculture
    Je souligne , que, lorsque tous les ans, la SNCF et transports aériens prennent les Français en otage à cette époque, ils sont moins menaçants !!!

  11. La novlangue orwello-macronienne dans toute sa splendeur… « dépeuplement », quel terme horrible pour cacher la réalité. L’état a tout fait pour dépeupler les campagnes de ses paysans et insiste avec le Mercosur (pour importer des viandes qui ne seraient pas commercialisables si elles étaient produites en France, un comble). Exterminer du bétail potentiellement sain sous prétexte d’un éventuel risque de contamination, c’est le dernier clou dans le cercueil de la paysannerie. Là où Macron et VDL passent, la paysannerie trépasse. Triste France qui brade absolument tous ses fleurons pour satisfaire de vils intérêts mercantiles – il n’y a rien d’écologique à importer de la viande poussée aux hormones et dopée aux médicaments produite à des milliers de kilomètres de chez nous. Force et soutien à nos paysans !

    • « dépeuplement » ce terme fait froid dans le dos ! D’ici à ce qu’on « dépeuple » une partie des boomers devenus improductifs avec leur fameuse loi euthanasie ! Bref il y a des sacrés relents d’Ithlérisme dans tout çà, la population juive en avait fait les frais…

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