[ENTRETIEN] Évasion : « Cela montre que les procédures ne sont pas respectées »
Considéré comme particulièrement dangereux, le commanditaire de nombreux « home-jackings » ultra-violents s'est échappé en toute discrétion de la maison d'arrêt de Villepinte, révélait Le Parisien, ce mardi. Sa fuite a été remarquée deux jours plus tard par l'administration pénitentiaire. Il était notamment incarcéré pour « coups mortels ».
Aliénor de Pompignan. Dans cette affaire, la Justice avait multiplié les condamnations et maintenu Ilyas Kherbouch, dit « Ganito », en détention presque en continu depuis ses 14 ans. Pour une fois que la réponse pénale semblait ferme, c’est la prison qui a failli. Est-ce qu’on peut parler d’un épisode imprévisible ou est-ce le signe d’une défaillance structurelle de l’administration pénitentiaire, notamment dans ses procédures de contrôle et de sécurité ?
Pierre-Marie Sève. Certes, Ilyas Kherbouch a passé beaucoup de temps en détention depuis ses 14 ans, mais il a été condamné pour coups mortels à seulement cinq ans de prison. Il a aussi été le cerveau de plusieurs crimes, notamment des vols à main armée, qui sont vraiment un marqueur de la grande criminalité, pour lesquels il a été condamné, mais il était censé sortir dans sept ans. Je considère donc que la Justice n’a pas, non plus, été totalement exemplaire.
Dans cette affaire, il y a clairement un problème structurel. D’abord parce que la simulation semble avoir été réalisée à un niveau assez élevé : des individus se sont présentés comme policiers, avec de fausses cartes, et disposaient d’un faux mandat d’amener. Cela suppose un travail sérieux, peut-être réalisé par des faussaires spécialisés ou avec des conseils juridiques.
Il faut, aussi, regarder du côté des éventuelles complicités. Ces derniers temps, on a vu des affaires de greffiers corrompus. Ce n’est pas impossible que ce faux document ait été rédigé ou validé avec l’aide d’un agent public. Si c’était le cas, ce serait évidemment très grave.
Mais même sans complicité, cela révèle déjà une défaillance. Le faux mandat d’amener a été présenté au greffe de Villepinte. Soit il n’a pas été vérifié, soit il l’a été insuffisamment. Or, un mandat d’amener n’est pas une simple feuille de papier : il comporte de nombreuses références qui doivent être contrôlées. Si le greffe a considéré que le document faisait foi sans procéder aux vérifications prévues, cela montre que les procédures ne sont pas respectées.
A. de P. L’évasion remonte à samedi, l’administration pénitentiaire ne l’aurait découverte que lundi soir et le ministère de l’Intérieur n’en a été informé que mardi. Que révèle ce délai sur la circulation de l’information et la coordination entre les institutions ?
P.-M. S. Le ministère de la Justice souffre d’importantes défaillances administratives. Il arrive, par exemple, régulièrement que des détenus qui devraient être libérés ne le soient pas, parce que les dates ne sont pas suivies correctement ou parce que les procédures sont devenues extrêmement complexes.
On peut, aussi, citer l’exemple du logiciel Cassiopée, qui sert à gérer la chaîne pénale et les données sur les condamnations et les peines. Ce système est connu pour être très défaillant : il est rempli de bugs et fonctionne mal. Les magistrats doivent parfois le redémarrer sans cesse pour l’utiliser. Pourtant, il a coûté extrêmement cher - plus de 140 millions d'euros, selon Le Canard enchaîné -, tant pour sa mise en place que pour sa maintenance.
On se retrouve donc avec une administration qui dépense beaucoup d’argent mais reste très inefficace sur le plan administratif. Cela complique le travail quotidien des magistrats et des greffiers, et cela peut conduire à des situations graves comme celle-ci.
A. de P. Ilyas Kherbouch était considéré comme un détenu particulièrement dangereux et soupçonné de continuer à organiser des home-jackings depuis sa cellule. Quelles réformes concrètes permettraient d’éviter qu’une telle faille, qui pourrait être le symptôme d’un système trop bureaucratique ou sous-équipé, ne se reproduise ?
P.-M. S. Je ne pense pas qu’il faille forcément changer la loi. En revanche, les procédures internes au ministère de la Justice et à l’administration pénitentiaire doivent être sérieusement resserrées. En l’occurrence, ce sont leurs services qui ont failli.
Il faut aussi rappeler la situation de la prison de Villepinte. On parle souvent de « surpopulation », mais je préfère le terme de sur-occupation carcérale : le problème est que nous manquons de places de prison. À Villepinte, le taux de sur-occupation a atteint environ 190 %, en février 2024. Cela signifie qu’il y a beaucoup trop de détenus par rapport aux capacités de l’établissement et, en parallèle, un manque d’agents pénitentiaires. Même avec un nombre normal de détenus, nous manquerions déjà d’agents.
Cette situation crée mécaniquement des difficultés : quand il y a trop de détenus et pas assez de personnel, les agents doivent aller vite. Il est possible que le greffe ait simplement regardé le document sans procéder à toutes les vérifications nécessaires. Cela reste, néanmoins, de la responsabilité du ministère de la Justice. C’est à l’administration de recruter davantage d’agents et de greffiers. C'est à l'administration de suivre scrupuleusement les procédures. Sinon, le risque repose, au final, sur la société tout entière lorsque ce genre de faits se produisent.
Cette affaire devrait donc conduire l’ensemble de l’administration du ministère de la Justice à se remettre sérieusement en question.
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23 commentaires
Cette affaire signifierait donc que la direction de la prison n’est pas informée à l’avance que des policiers se présenteront pour emmener un prisonnier ? Cette mesure élémentaire aurait pourtant suffi à confondre les faux policiers.
Et une administration de plus à réformer en profondeur. Hercule où es-tu ?
Pour retirer « 4 sous » de son compte en banque , il faut une confirmation téléphonique et un code par SMS ,ce qui est très bien , mais pour libérer un prisonnier , même pas un coup de fil de confirmation !! Cela laisse rêveur !!
En réalité c’est toute une idéologie du rejet absolu de la répression qu’il faut remettre en cause. Elle sévit depuis plus 50 ans dans toute la société française et bien évidemment le milieu judiciaire et pénitentiaire: Ne pas réprimer, réinsérer, est un commandement qui a gouverné toutes les carrières des professionnels. Les araignées fabriquent des toiles mais ne se prennent pas les pieds dedans. Les humains fabriquent des idéologies, pour leur propre malheur. Répression-Réinsertion est une dialectique réaliste qui nécessite de ne pas rejeter l’une pour privilégier l’autre.
Aux dernières nouvelles le bandit à été retrouver pas des gendarmes qui ont aperçu une personne avec une cagoule qui montait en voiture.
La hoooooonte ! Darmanin dé-mis-sion !
Et à chaque fois on voit les syndicats défiler pour dire « qu’il n’y a pas assez d’effectifs », comme ceux de la police qui au passage représentent 1100 emplois temps pleins. Donc tous ces gens qui défilent devant nous sont payés pour défiler devant nous pour dire « qu’y a pas assez d’effectifs ». Remettez les au boulot et les détenus et délinquants seront mieux gardés et interpellés.
Comment un indivu, particulièrement dangereux, peut’il de sa prison, commanditer des home-jackings ou autres faits délictueux, sans aucun problème, et s’évader en sortant par la grande porte. Il y a un gros, très gros problème au niveau de la justice et de l’administration pénitentière. Il y a manifestement complicité flagrante à tous les étages. Mais c’est pas grave, c’est la France.
Je vous trouve bien sévère,voir méprisante avec les lecteurs de BV qui ont le droit d’avoir un avis à partir de leur propre experience.
Chacun amène sa pierre à l’édifice .
J’ai lu plusieurs commentaires forts judicieux et de bon sens aussi , celui de Cavok ,par exemple , quii ne s’explique pas pourquoi la venue des policiers n’a pas été précédée d’un appel téléphonique à partir d’un circuit de communication sécurisé , interne à l’administration pénitentiaire . Il semblerait que les faux policiers se soient présentés sans crier gare .
Il y a des inexactitude ponctuellement , mais pourquoi cette séverité envers les commentaires quand cet article traite justement des manquements et négligence d’une administration qui elle ne devrait pas bénéficier de la même indulgence que l’on pourrait accorder aux lecteurs de BV qui sont dans leur rôle de s’interroger sur le fonctionnement de leurs administrations . Les mots sont mal choisis de parler de haine alors que je perçois au contraire une inquiétude justifiée, de par les manquements de nos institutions ainsi que de la colère parfois, car on demande beaucoup au citoyen et peu à ceux qui ont les rênes en main .
Soudoyer quel joli mot ? on le conjugue dans le milieu des dockers, chez les gardiens de prison, une pincée tout de même dans la police, chez les juges ,bon ce sera bientôt Palerme !! L’argent mène le monde et comme le pourcentage des pas regardants progresse toujours !! ceux qui bavent sur les politiques ont en partie raison, mais dans le peuple combien ne sont pas clean ?? Savoir se regarder avant de critiquer les autres permettrait peut être d’avancer !!Et si l’on mettait le juge des libertés et les JAP directement sous la férule des deux ministres justice et intérieur ?? Bon faut il que ces deux là soient capables !!
Dans d’autres pays le ministre de la justice aurait présenté sa démission.. mais bon on est en france
Se remettre en question ..j’ai des doutes…
Il faut révoquer pour faute lourde ceux qui violent leur serment (puisqu’ils sont assermentés, mais si !). Rappelons-nous ce professeur de droite qui a été révoqué pour avoir (pour son malheur) défendu la fac de droit de Montpellier contre des squatteurs gauchistes.
Cela montre simplement qu’on est incapable de vérifier la qualité d’un policier.
Pourtant. La technologie existe.
Pourtant une simple carte d’identité biométrique avec une application comme France Identité.
Permet de vérifier l’identité d’une personne.
On pourrait imaginer que les cartes professionnelles des policiers soit biométrique avec leurs empreintes digitales codée dans la puce .
Et comme la carte d’identité biométrique une lecture NFC avec un simple smartphone Permet de confronter vos empreintes a celle de la carte d’identité présentée.
On est vraiment dirigé par des amateurs.
Quand aux mandats d’amener.
La technologie des qr code permet de vérifier l’authentification des documents.
D’ailleurs les nouveaux extraits de casiers judiciaires fonctionnent par ce principe.
On peut vérifier un extrait en interrogeant un serveur sécurisé.
Enfin un commentaire qui tient la route !! avec tous ces commentaires boiteux en permanence BV va vraiment se faire remarquer , et pas dans le bon sens hélas !! Ces commentaires affligeants sont le reflet de quoi ou de qui ou de quel milieu?? Celui qui ne sait rien et qui fait croire qu’il sait tout et qui étale sa haine en voulant imposer ses idées boiteuses et ne pas s’en rendre compte en plus, bonjour le niveau !!
Je vous trouve bien sévère,voir méprisante avec les lecteurs de BV qui ont le droit d’avoir un avis à partir de leur propre experience.
Chacun amène sa pierre à l’édifice .
J’ai lu plusieurs commentaires forts judicieux et de bon sens aussi , celui de Cavok ,par exemple , quii ne s’explique pas pourquoi la venue des policiers n’a pas été précédée d’un appel téléphonique à partir d’un circuit de communication sécurisé , interne à l’administration pénitentiaire . Il semblerait que les faux policiers se soient présentés sans crier gare.
Il y a des inexactitudes ponctuellement , mais pourquoi cette séverité envers les commentaires quand cet article traite justement des manquements et négligence d’une administration qui elle ne devrait pas bénéficier de la même indulgence que l’on pourrait accorder aux lecteurs de BV qui sont dans leur rôle de s’interroger sur le fonctionnement de leurs administrations
Les mots sont mal choisis de parler de haine alors que je perçois plutôt
de l »inquiétude justifiée, de par les manquements répétées de nos institutions ainsi que de la colère parfois, car on demande beaucoup au citoyen et peu à ceux qui ont les rênes en main
Ah ces experts qui « balablatent », les messieurs « je sais tout ! On en crêve dans ce pays ! Ce genre d’affaire n’est pas nouveau, , il y a 42 ans j’ai eu Mtre VERGES qui a failli faire libérer un détenu en envoyant un simple télégramme ! Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, déjà en 1927 il y a eu « l’affaire Léon DAUDET » à la MA de la Santé qui a été libéré sur un simple coup de téléphone ! Messieurs les « experts », messieurs les journalistes, revoyez vos classique ! Juste réflexion d’un pro !
Déterminer les responsabilités, nommer les responsables et les mettre en taule à la place de l’évadé jusqu’à ce qu’il soit retrouvé