[ENTRETIEN] « Tuer n’est ni soigner ni soulager », dénonce la Marche pour la vie
Ce dimanche 18 janvier, à partir de 14 h, la Marche pour la vie appelle à manifester place Vauban (Paris). Alors que le texte sur l'euthanasie sera débattu à nouveau devant le Sénat à partir de ce 20 janvier, le docteur Geneviève Bourgeois, porte-parole de la Marche pour la vie, se dit toujours « dans l'espérance » et appelle à la mobilisation. Elle demande aux Français d'écrire à leurs élus pour leur faire entendre leur voix sur le sujet.
Clémence de Longraye. Quel sera le mot d’ordre de cette nouvelle édition de la Marche pour la vie ?
Docteur Bourgeois. Cette année, le mot d’ordre sera « Et si la dignité, c’était de protéger la vie ? » En effet, le mot de « dignité » est souvent dévoyé pour justifier l’élimination des plus fragiles. Nous voulons réaffirmer que toute personne est digne, si petite ou faible soit elle, et qu’elle mérite d’être défendue, accompagnée, soulagée, accueillie. La valeur de la vie est la même en début ou en fin de vie : elle est inestimable.
C. de L. En tant que médecin, pourquoi ne pas soutenir ce texte qui, selon ses promoteurs, « soulagera » les malades ?
Dr B. Tuer n’est ni soigner ni soulager. Tuer est contraire au serment d’Hippocrate. En tant que médecin, je ne peux pas soutenir un texte qui nous propose de tuer plutôt que de nous donner plus de moyens pour soulager. Proposer la mort comme solution si on échoue à soulager revient à prévoir l’échec et annihiler les efforts des soignants à soulager et accompagner. C’est leur dire que leurs efforts sont vains et que la mort administrée a la même valeur que le soin et l’accompagnement. C’est abandonner nos patients.
C. de L. Quelles sont les mesures du texte à corriger d’urgence ?
Dr B. L’article 2 qui indique la création d’un dispositif d’assistance médicale à mourir en prévoyant la prescription d’une substance létale par un médecin, son administration ainsi que la protection pénale accordée aux professionnels intervenant dans ce cadre doit être supprimé. Soyons honnêtes, ce ne sont pas des limites ou des garanties qui changeront le fait que tuer est un acte fondamentalement mauvais et n’apporte en rien un soulagement à une personne qui souffre.
C. de L. Quel est le danger qu’une telle loi, qui sera à nouveau discutée à partir de ce 20 janvier, soit adoptée ?
Dr B. Le danger est de donner un permis de tuer. Le danger est de proposer la mort comme une solution qui serait facile et indolore ; ce qu’elle ne sera pas. Le danger est de ne pas encourager les soignants à faire tous leurs efforts pour apaiser, soulager, accompagner. En voulant trouver une solution pour les situations d’échec, on rendra ces situations plus nombreuses, puisqu’on mettra moins de moyens pour les prévenir. Le danger est aussi que devant une telle perte de sens dans leur pratique, de nombreux soignants vont encore quitter leur profession, comme c’est le cas depuis cinq ans à chaque mesure insensée.
C? de L. Qu’en est-il des soins palliatifs ? Sont-ils les parents pauvres du texte ?
Les patients seront les premiers perdants de ce texte.
Les soins palliatifs seront effectivement extrêmement fragilisés. Les deux piliers des soins palliatifs sont le soulagement de tous les symptômes d’inconfort et l’accompagnement : l’excellence des soins et la qualité humaine. Donner une substance létale à heure programmée, après une décision, à un médecin et un auxiliaire est tellement plus rapide et tellement moins cher que de soutenir par une équipe pluriprofessionnelle, de réadapter les traitements parfois plusieurs fois par jour et par nuit, d’accompagner psychologiquement et humainement.
Depuis 2012, tous les rapports sur la réalité de la fin de vie en France révèlent une insuffisance d’accès et de formation aux soins palliatifs. Encore aujourd’hui, un patient sur deux qui décède en France n’a pas eu accès aux soins palliatifs. C’est sur l’accès aux soins palliatifs et sur leur qualité qu’il faut axer nos politiques publiques. Et c’est là l’inquiétude des Français.
C. de L. Avez-vous encore un espoir de vous faire entendre des parlementaires ?
Dr B. Je suis dans l’espérance. Si chaque personne qui lit ceci prend sa plume et écrit à son sénateur et son député pour dire que les Français veulent la promesse d’être soulagés et non tués, qu’ils ne veulent pas de la coercition sur les établissements pour les forcer à tuer sous peine de sanction pénale, qu’ils veulent la garantie d’avoir accès à des soins palliatifs de qualité proches de chez eux avec des équipes formées, alors je crois qu’ils seront touchés. À bon entendeur…
C. de L. L’an dernier, Philippe de Villiers est intervenu à la tribune pour faire entendre votre voix. Comment faire entendre la voix de la MPLV cette année, sur ce sujet ?
Dr B. Philippe de Villiers avait, l’année dernière, magnifiquement porté la voix des plus faibles et des plus petits avec nos autres intervenants. Cette année, nous aurons deux témoignages (Maxence : Myopathie de Duchenne - ma vie vaut la peine ; Charlène : l’avortement est une souffrance), un regard international par la présidente du mouvement allemand ALfA de défense de la vie Cornelia Kaminski, notre autre porte parole Marie-Lys Pellissier et son regard sur l’engagement des jeunes, ainsi que Mgr Rey dans la suite du discours historique du pape Léon XIV aux ambassadeurs. Le pape rappelle qu’il nous faut « des solutions à la souffrance humaine, comme les soins palliatifs et […] des politiques de solidarité authentique, plutôt que d’encourager des formes de compassion illusoires comme l’euthanasie ».
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47 commentaires
il faut arrêter ce mouvement du doc fol-amour
L’inconscient de la gauche est de tout démolir ( ils disent » déconstruire » ) même la chose la plus sacrée : la vie .
Si la vie est sacrée (et la notion de »sacré » est une notion personnelle), j’espère
que vous êtes un bon militant pacifiste ! Sinon …
Depuis Robespierre…
La volonté du patient doit être respectée (que ce soit directement ou en directives anticipées). L’acharnement thérapeutique est une faute grave et assimilable à de la « torture sadique ».
Tout à fait d’accord avec vous. Cette manie de vouloir imposer aux autres, que ce soit dans un sens ou dans l’autre, ce que l’on pense alors
que cela relève UNIQUEMENT de l’intime, du choix de chacun.
Et combien sont capables de penser par eux-mêmes, c’est à dire sans se référer à ce que leur dit de dire leur religion ?
Il faudra un tribunal de Nuremberg en 2027 pour juger les protagonistes de ces meurtres de masse.
Il y aura moins de retraite à payer comme ça ! Quelle décadence.
Réponse à Kieslowski.1974
Vous vous méprenez totalement, Il faut effectivement promouvoir les soins Palliatifs, moi je connais très bien le Canada, l’ euthanasie y fait des ravages et donne effectivement des problèmes de conscience grave à certain médecin,( trop de dérive) , ce qui ne manquera pas de ce passer en France.
Mais voilà le problème les soins palliatifs coûte très chère et dans un pays en quasi faillite l’euthanasie et la solution de facilité.
Ps: A la décharge du Canada il ont également de merveilleuses unités de soins palliatifs, pour malheureusement y avoir voir assisté, mais cela a un coût très chère et souvent en clinique privée, mais encore une fois l’euthanasie n’a rien à voir avec les soins palliatifs qui devrai être proposé dans tout pays avancés, mais le n’autre l’est t’il encore?
Ce qui me pose problème n’est pas tant le droit à disposer de sa vie comme on l’entend que les modalités législatives mises en place pour exercer ce droit .Refuser de prendre en compte l’opinion ( ou plus les convictions profondes ) de ceux que cela heurtent en leur refusant la clause de conscience me semble être une forme de barbarie .L’indigence du débat politique sur ces questions essentielles est elle voulue ou le résultat d’une acculture massive de nos braillards politiques .Peut être les deux car il ne faut jamais sous estimer ses adversaires .
Bien…
Les soins palliatifs coûtent chers, l’essentiel du problème est là..
La sédation profonde est un crime, on laisse littéralement mourir de faim et de soif la personne, et il n’y a pas de retour en arrière possible, ma grand-mère 103 ans a tenu une semaine. Je n’aurais pas donné mon accord, personnellement.
Si les proches d’une personne sont pour l’euthanasie, à eux de faire le geste. L’assistanat permanent dans notre société est un fléau, et là encore on va se décharger sur le corps médical, qui est là pour soigner, pas pour tuer
Encore faudrait-il, lorsque quelqu’un a manifesté son désir d’euthanasie, mais n’est plus en mesure d’accomplir ce geste, que la famille ou les proches (s’il y en a !)
– ne risquent pas d’être poursuivis pour cette aide à mourir
– ne refusent pas d’accomplir la volonté clairement exprimée de la personne qui souhaite être euthanasiée, voire s’y opposent (cf. affaire Vincent Lambert)
référendum obligatoire!
ce n’est pas à macron de décider!
non à l’euthanasie
Sauf qu’un référendum vous donnera tort à 85 % ! Si c’est ce que vous
voulez, alors vive le référendum !
En tuant Dieu, on a tué l’Homme.
Les progrès techniques, scientifiques, médicales paradoxalement ont rendu notre société déshumanisée, le serment d’Hippocrate étant bafoué, nous vivons une régression sans précédent.
Finalement cette loi donne raison à un certain régime nazi des années 30, c’est effrayant.
On favorise la mort plutôt que la vie. Notre chef d’Etat nous a souhaité une bonne année utile : Euthanasie !sic)
Des bien-portants qui décident pour les souffrants. Pathétique.
Comme la très grande majorité des Français je ne dispose ni des compétences médicales ni des compétences philosophiques nécessaires pour avoir, simplement, un début de commencement d’opinion sur un sujet aussi complexe. J’avais cru comprendre que la loi Claes-Leonetti avait réussi à trouver un équilibre fragile dans lequel le non-dit compte autant que ce qui est écrit. Bref, une loi intelligente faite par des gens intelligents.
Mais des politiciens cyniques et sans projets tels que Macron osent utiliser de tels sujets pour se refaire une popularité.
Si le président ose lancer un référendum sur un tel sujet, il y aura un double non. Non à toute modification du modus vivendi actuel. Et bien sûr, non à celui qui posera la question.
Une précision quand même : l’opposition à l’euthanasie n’est pas un « réflexe catholique » par définition. Toute personne douée de raison, connaissant l’étendue et la portée des limites de la liberté humaine afin que celle-ci ne dérive pas vers l’arbitraire comprend combien l’euthanasie est un danger pour la vie en société.
Il est bon par ailleurs de relire ce que dit le serment d’Hippocrate, écrit bien avant l’avènement de Jésus-Christ sur la terre, dans un univers polythéiste.
Le Dr Bourgeois défend son opinion et c’est son droit. Par contre, elle abuse du verbe »tuer »
ce qui n’est pas très honnête car l’aide à mourir peut-être comprise aussi comme un acte
de charité et une libération de souffrances autant physiques que morales.
Et j’ajoute un avis personnel : ma vie m’appartient et n’appartient pas à la société !
Parfaitement, votre vie vous appartient, à vous de gérer votre fin de vie et de vous suicider sans dépendre de tiers.
@DSG : bonne réponse
Oui DSG, on peut se suicider dans dépendre de tiers. Un médecin donne la vie mais ne la reprends pas. Le sujet est complexe. Il y aura des dérives pour des intérêts financiers. Mettons le « paquet » sur les soins palliatifs. Tant qu il y a de la vie, il y a de l espoir. Faisons aussi confiance aux médecins pour ne pas faire d acharnement thérapeutique.
@DSG comment peut-on écrire pareille absurdité. J’espère pour vous que vous n’ayez jamais une pathologie telle que la maladie de Charcot, car dans ce cas précis comme dans d’autres pathologies votre avis pourrait changer !!
Si le tiers est d’accord, en quoi ça vous dérange ?
Oui, ma vie m’appartient ! et j’ai donc géré ma fin de vie en signant des directives anticipées… précisant que je souhaite l’euthanasie si je ne suis plus en mesure de me tuer moi-même.
Moyennant quoi, je suis pour une claude de conscience permettant aux médecins qui sont contre de ne pas pratiquer l’euthanasie.
Exactement, commentaire pertinent ! le Dr Bourgeois utilise le mot tuer de manière quasi obsessionnelle et malhonnête , il ne s’agit pas de tuer mais soulager à la DEMANDE du malade . Notre vie comme notre mort nous appartiennent. Il n’est absolument pas question de forcer les gens contre cet acte à l’accepter, mais que ceux çi fasse le chemin inverse et respectent le choix de ceux qui sont pour le suicide assisté. Pourquoi laisser aux politiques le fait d’accepter ou non cette loi, faisons un référendum !
Ben plus maintenant : votre vie ne vous appartient plus avec cette loi sur le génocide légal….
Je vis cette triste expérience au travers de ma belle-mère -98 ans- assommée de médicaments, qui ne nous reconnaît même plus quand nous allons la voir, au lit, inerte, 24h/24, mais qui a un pacemaker et peut ainsi « durer » encore quelques années. C’est ça LA VIE ? Qu’est-ce qui est le plus « barbare » ? L’aider à partir tranquillement ou la maintenir médicalement dans cette « vie » ?
Il semble que beaucoup de personnes n’aient toujours pas compris qu’il ne s’agissait aucunement de tuer des gens mais bien de les aider à mourir dans la dignité. C’est toujours le patient qui doit avoir le dernier mot (ou sa famille, lorsque celui-ci n’est plus en état de décider).
Il y a donc besoin d’un nouveau travail d’explication et de pédagogie.
Malheureusement, le projet de loi sur la fin de vie, réclamé par une majorité de Français, a toujours été repoussé par l’inepte Macron qui en avait pourtant fait une promesse.
Selon une enquête IFOP menée en 2024 auprès d’un échantillon de 2 527 personnes (entre le 26 avril et le 2 mai 2024), représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, plus de neuf Français sur dix (92%) se déclarent favorables à l’euthanasie lorsque le patient, atteint d’une maladie insupportable et incurable, en formule la demande.
Sur le recours au suicide assisté, c’est-à-dire l’autorisation pour les personnes souffrant de maladies incurables de s’administrer un produit létal sous la supervision d’un médecin, même constat.
89% des Français approuvent l’autorisation de cette pratique.
Nos politiques doivent donc être davantage à l’écoute de nos concitoyens pour légiférer dans ce domaine.
Cela me fait mal aux tripes, mais je suis d’accord avec vous pour une fois Kieslowski.
Vous avez surement raison dans les termes. Mais les sondés en question ne donne leur avis que sur des cas qu’ils n’envisagent pas pour eux. Difficile de se voir à l’article de la mort quand on est en pleine santé. La question vérité devrait-être : Accepteriez-vous que l’on mette fin à vos jours si l’on estime que vous souffrez trop ou qu’au vu de votre âge ça ne vaut plus la peine de vous maintenir ? Là peut-être que la majorité changerait d’avis.
Le retour de « Soleil vert ». Bienvenue dans votre monde progressiste.
N y a t’il que l euthanasie qui permet de mourir dans « la dignité » ? Je pense que mourir et dignité n ont aucun lien. Une personne qui souffre et meurt de sa propre mort sera toujours digne jusqu à son dernier souffle. Il m a été donné de le voir. C est le regard de l autre qui n est pas clair et respectueux.
La Loi fin de de vie ne supprime ni la souffrance ni la maladie ; elle supprime le malade.
Ce genre de formule n’est pas autre chose qu’un verbiage indigent. Si vous « supprimez le malade », expression horrible, vous supprimez pourtant bel et bien la souffrance et la maladie.
Raccourci totalement stupide !! le suicide assisté supprime et la maladie et les souffrances intolérables et cela à la DEMANDE du malade si vous ne l’avez pas compris, la DEMANDE du malade qu’est-ce que vous ne comprenez pas dans ces mots !! !!
Ou la demande de la famille…
Que voulez-vous… il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.