État de Palestine reconnu par la France : la colère d’Israël

Une décision qui "récompense la terreur", déplore Netanyahou. Trump humilie Macron : "Ce qu'il dit n'a pas d'importance"
Capture écran Figaro
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Le président de la République a fait un pas dans une zone incertaine. Dans un contexte national et international sous haute tension, ce dernier a décidé de reconnaître l’État de Palestine alors même que 78 % des Français disaient, dans un sondage IFOP paru en juin, s’opposer à la reconnaissance immédiate de la Palestine sans conditions préalables.

Dans un courrier adressé le 24 juillet à Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne,  Emmanuel Macron confirme que « la France procédera à la pleine reconnaissance de la Palestine comme État lorsqu’[il se rendra] à l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre prochain ». Le chef de l'État justifie sa décision : « Vous avez condamné les attaques terroristes du 7 octobre 2023 et appelé à la libération immédiate des otages détenus par le Hamas, prôné [son] désarmement et son retrait de la gouvernance de Gaza. » Dans un commentaire accompagnant la publication, sur X, de cette lettre, il s’assure « fidèle à [l’]engagement historique [de la France] pour une paix juste et durable au Proche-Orient » et l’affirme : « Il n’ y a pas d’alternative », avant de conclure : « Nous gagnerons la paix. »

« Récompense de la terreur », pour Israël

Ce séisme sur la scène internationale n’a pas manqué de provoquer de vives réactions. Mahmoud Abbas, qui commande aux destinées de la Palestine depuis 2005, après le décès de Yasser Arafat, a salué « une victoire pour la cause palestinienne ».

Le Hamas jubile. L'organisation terroriste s’est félicitée d’« une étape positive dans la bonne direction pour rendre justice à notre peuple palestinien opprimé et soutenir son droit légitime à l’autodétermination ».

Dans les pays arabes, l’heure est à la satisfaction : « Le Royaume salue cette décision historique qui réaffirme le consensus de la communauté internationale sur le droit du peuple palestinien à l'autodétermination et à l'établissement d'un État indépendant sur les frontières de 1967 », s’est réjoui le ministre des Affaires étrangères saoudien, alors que son homologue jordanien évoque « une étape importante dans la lutte contre les efforts visant à nier le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination et à la création d'un État indépendant et souverain sur son sol national ».

Réaction prévisible, Israël ne décolère pas. Une reconnaissance qui « récompense la terreur », a déclaré le Premier ministre Benyamin Netanyahou, qui avertit : « Soyons clairs : les Palestiniens ne cherchent pas à obtenir un État aux côtés d’Israël, ils cherchent un État à la place d’Israël. » Sur BFM TV, l’ambassadeur israélien en France a déploré une « erreur historique » de la France. Alliés historiques d'Israël, les États-Unis ont critiqué, par la voix du secrétaire d'État américain Marco Rubio, « un camouflet pour les victimes du 7 octobre ». Le président américain, Donald Trump, jamais avare de formules lapidaires, a raillé le Président français : « C'est un bon gars, mais ce qu'il dit n'a pas d'importance. »

En Europe, les réactions divergent. Le gouvernement allemand « n'envisage pas de reconnaître un État palestinien à court terme », a-t-il indiqué dans un communiqué, même si Berlin « continue de considérer la reconnaissance d'un État palestinien comme l'une des dernières étapes vers la solution à deux États ». L'Italie de Meloni marque aussi sa différence avec la France : « La reconnaissance d’un État palestinien ne peut avoir lieu que si l’entité palestinienne reconnaît en retour l’État d’Israël », a déclaré le ministre des Affaires étrangères italien.

Le Premier ministre socialiste espagnol, Pedro Sánchez, a exprimé quant à lui un satisfecit : « Ensemble, nous devons protéger ce que [Benyamin] Netanyahou essaie de détruire. La solution à deux États est la seule solution. » En Irlande, le ministre des Affaires étrangères, Simon Harris, a loué l’engagement français, « seule base durable pour la paix et la sécurité tant pour les Israéliens que pour les Palestiniens ».

« Une faute politique et morale », pour Marine Le Pen

En France, sans surprise le leader de l’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, a qualifié cette décision de « victoire morale », tout en regrettant l’attente jusqu’au mois de septembre. Cette « technique des annonces différées » du président de la République est un « comportement [qui] encourage la durée du crime à Gaza », a estimé le chef de La France insoumise. À droite, l’opposition n’a pas assez de mots pour dénoncer l'engagement d'Emmanuel Macron que Marine Le Pen a décrit comme « une faute politique et morale, y compris à l’égard des Palestiniens qui subissent le joug du Hamas. Reconnaître aujourd’hui un État palestinien, c’est reconnaître un État Hamas et donc un État terroriste, fustige la députée du Pas-de-Calais. Si l’espoir nous a toujours portés vers une solution à deux États, cette décision légitime les massacreurs du 7 octobre et leur cortège de souffrances, alors même que des otages sont toujours détenus. ».

L’eurodéputé Les Républicains François-Xavier Bellamy a déclaré se souvenir « d’un Emmanuel Macron qui voulait organiser une coalition internationale anti-Hamas. Aujourd’hui, Emmanuel Macron est félicité par le Hamas, par ceux qui ont déclenché, avec le 7 octobre, cette spirale de violence qui est en train d’endeuiller cette région. » David Lisnard a dénoncé, quant à lui, « un engagement qui fourvoie la France ». Sur Europe 1, le maire LR de Cannes a qualifié le Hamas d’« organisation néonazie » qui veut « éliminer les Juifs de la surface du globe » et qui ne veut pas « reconnaître Israël ». « Il ne faudrait pas que la France apparaisse comme le pays des idiots utiles des islamistes qui sont, aujourd’hui, les barbares totalitaires de notre époque. »

Le Consistoire central israélite de France et le Grand Rabbin de France ont exprimé, dans un communiqué, la « profonde inquiétude de la communauté juive de France ». Ils déplorent une reconnaissance « unilatérale » et « prématurée », et craignent « de lourdes conséquences pour la sécurité des Juifs en Israël comme en France si elle n'est pas assortie de conditions préalables ».

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

99 commentaires

  1. Monsieur Macron dissout l’assemblée comme il décide de reconnaître l’État palestinien : en dilettante ! C’est grave pour quelqu’un sensé être chef d’État.

  2. D.Trump, magnanime envers notre Président élu par défaut. Donald Trump a résumé, en une phrase, la teneur en hautes qualités du personnage, locataire de l’Elysée… » Ce qu’il dit n’a pas d’importance « …Haute considération de notre Chef d’Etat…!!

  3. En septembre il aura encore changé son fusil d épaule, toujours le en même temps qui permet de rester sur place.

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