Frédéric Lo, l’ange derrière les disques de Michel Houellebecq et Pete Doherty

C’est avec Frédéric Lo que Michel Houellebecq remet le couvert avec ce nouvel album, Souvenez-vous de l’homme.
Capture d'écran
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Qu’on apprécie ou non ses livres, Michel Houellebecq demeure un écrivain ayant marqué les lettres françaises de ce début de troisième millénaire, même si son absence de style est devenue une sorte de style à part entière. L’homme est dépressif ; ses ouvrages aussi. Mais au moins ne nous prend-il pas en traître : c’est marqué sur son visage. Avec son dentier parti en vacances sans laisser d’adresse, son sac en plastique pour ses commissions au Lidl du coin, sa parka informe, on sent que notre homme n’est pas un membre bienfaiteur des brigades du rire. Après, les chiffres sont là : c’est le roi du best-seller. De la polémique, aussi, tel qu’en témoignent ses sorties médiatiques sur la fin du mâle hétérosexuel blanc et la montée de l’islam politique, sa détestation de l’euthanasie (voir l'article d'Aliénor de Pompignan), son appétence contrariée pour le catholicisme. Bref, une sorte de réactionnaire 3.0.

Une vocation musicale qui ne remonte pas à hier…

Histoire de mieux façonner son personnage, il n’hésite pas à frayer avec le cinéma, faisant l’acteur, de-ci, de-là. Mieux : il tâte de la musique. En 2000, il sort un premier album, Présence humaine, produit par Bertrand Burgalat, le fondateur du très exigeant label Tricatel, lequel met en musique les poèmes du susdit. À l’époque, on parle de « rap mou ». En effet, quand Michel Houellebecq chante, James Brown et Joe Cocker peuvent dormir tranquilles : il ne leur fera pas de concurrence. S’ensuit une tournée européenne plus ou moins chaotique, Michel Houellebecq n’étant alors pas exactement connu pour sa tempérance.

Peu importe, finalement, puisque la magie est là. Les vers de Houellebecq dégagent une sourde mélancolie, rehaussés par les mélodies et les arrangements délicats de Bertrand Burgalat. Mais ce n’est pas fini de son compagnonnage avec la musique, sachant qu’en 2014, Jean-Louis Aubert, l’ancien chanteur de Téléphone, met à son tour ses poèmes en musique dans l’album Les Parages du vide. Mais là, Michel Houellebecq ne chante pas, se contentant du rôle de parolier. Il n’est pas étonnant qu’il se soit associé avec un chanteur d’avant. En effet, quand interrogé dans Le Figaro de ce 6 mars à propos de la production musicale actuelle, il se contente de cette laconique réponse : « Je ne connais rien. Ce que j’écoute le plus souvent, maintenant, c’est le Velvet Underground et Pink Floyd. De temps en temps, j’ai une crise Hendrix. Et puis The Doors, un groupe que j’ai laissé tomber et auquel je reviens. » Et puis Wagner, qu’il écoute en voiture, quoique « son écoute puisse être très dangereuse. Dès qu’on l’entend, on accélère de 20 km/h… » C'est-à-dire qu'il doit atteindre la vitesse vertigineuse d'au moins 50 km/h…

Frédéric Lo, un producteur angélique…

Aujourd’hui, c’est avec Frédéric Lo, l’un des personnages les plus intrigants de la musique française, qu’il remet le couvert avec ce nouvel album, Souvenez-vous de l’homme. Frédéric Lo, ici compositeur, arrangeur et producteur, c’est le musicien que personne ne connaît, ou presque, mais dont on peut reconnaître l’inimitable patte derrière des artistes autrement plus connus que lui dont, entre autres, Marc Lavoine, Maxime Le Forestier, Alain Chamfort, Jacno et Stéphane Eicher. Pour se convaincre de son talent, il suffit d’écouter l’un des plus beaux titres de cet album, Ils chevauchaient le vent.

Mais Frédéric Lo, c’est surtout celui qui, après avoir redonné un peu de lustre à notre écrivain tourmenté, a sauvé le chanteur Pete Doherty, des Libertines, d’une débâcle totale. Il y a de ça une vingtaine d’années, ce dernier faisait plus souvent les gros titres de la presse à scandale que musicale. Une liaison tapageuse avec le mannequin Kate Moss, des chambres d’hôtel dévastées, un peu de prison, beaucoup de crack et de moins en moins de musique. En 2015, las de tout ce tumulte, il s’installe en Normandie, à Étretat. Ses seules drogues, désormais ? Le bon fromage et le cognac. Peu à peu, il revit. En 2022, Frédéric Lo achève de le remettre en scène en lui produisant un magnifique album champêtre, The Fantasy Life of Poetry and Crime. L’accueil critique et commercial sont au rendez-vous.

En attendant celle de Michel Houellebecq, la tentation au catholicisme de Pete Doherty…

Entre-temps, Pete Doherty a épousé une Française et apprend le bonheur d’être père. Dans la foulée, il fréquente un prêtre local, l’abbé Didier Roquigny, qui l’a marié et a baptisé son enfant. Inutile de préciser que la religion n’est alors pas tout à fait sa cup of whisky. Et pourtant, il est touché par la grâce émanant de ce clerc. Lequel, selon le site catholique Aleteia, déclare : « Je l’ai accueilli comme tout un chacun. Qui sommes-nous pour juger les gens ? L’Évangile le dit bien : "Ne jugez pas, pour ne pas être jugés" (Mt 7, 1). Tout être humain est sauvé par la grâce que le Christ a manifestée. »

De son côté, entre deux concerts donnés pour la restauration de l’’église de son bienfaiteur, Pete Doherty le convie sur sa magnifique chanson, Le Prêtre de la mer, tout en affirmant : « Du côté d’Étretat, le père Didier Roquigny est une sorte de légende. C’est un homme de Dieu, il porte le message de Jésus et il bénit même la mer une fois par an, pour protéger les marins et des pêcheurs. Alors j’ai simplement voulu capturer la beauté de ses sermons, et il a dit oui. C’est lui qu’on entend dans la chanson. »

Ne reste plus à Michel Houellebecq qu’à chanter avec les Petits Chanteurs à la croix de bois.

https://www.youtube.com/watch?v=kz7IaJqRIw0&list=RDkz7IaJqRIw0&start_radio=1

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 10/03/2026 à 21:33.

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Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

5 commentaires

  1. On appelle « chanson » ou « musique » des divagations cahoteuses parlées, il suffit que le récitant
    soit connu pour autre chose … Ainsi va le vedettariat de nos jours.

  2. Joe Cocker et James Brown peuvent d’autant plus dormir tranquilles qu’ils sont morts et enterrés

  3. Ce que j’aime bien, entre autres, chez M.H, ce sont ses digressions, souvent musicales, à mille lieues -soit environ 4.000 km- de la trame principale.
    Dans « Sérotonine », il disserte sur des pages à l’écoute d’un concert de Deep Purple enregistré en Allemagne, écoute partagée avec un ami agriculteur, qui finira d’ailleurs par se suicider, mais pas à cause de ça.
    Le Velvet ? Bon, on peut lui pardonner cette errance wharolienne glaciale, il faut bien que vieillesse se passe.
    Ce que Maître Nicolas nous donne à écouter est indubitablement intéressant. Comme on peut aimer (c’est mon cas), « Gibraltar » d’Abd Al Malik. Mais loin de la référence absolue, à savoir « le bateau ivre » déclamé par Jean Topart, et devenu quasiment introuvable. Peut-être parce qu’après l’avoir consommé, on était bon pour l’alcootest ?

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