« Freedom is coming » : les États-Unis au secours de la liberté d’expression en Europe
Depuis quelques jours, un site américain intrigue. À l’adresse freedom.gov (ce « gov » indique qu’il s’agit d’un site officiel), on trouve la mention « Freedom is coming » (« la liberté arrive »), surmontée d’un cavalier au galop. Et cette phrase : « L'information, c'est le pouvoir. Réclamez votre droit humain à la liberté d’expression. Préparez-vous. » Pour le moment, rien d’autre que cette page d’accueil.
Contre le Digital Services Act de l’UE
Ce qui se prépare ici, c’est la lutte contre les politiques répressives des réseaux sociaux telle qu’elles se mettent en place avec le Digital Services Act (DSA) dans l’UE. Un casus belli avec les USA depuis un an. Une question qui s’invite dans la campagne de l’élection présidentielle française de 2027 - Jean-Noël Barrot ne vient-il pas de déclarer qu’il faut « mettre aux pas les réseaux sociaux » ? Et Macron, que la liberté d’expression est assimilée à une « connerie » (bullshit) ? On s’éloigne de l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de quinze ans.
Le site freedom.gov permettra aux citoyens européens, explique le compte du DOGE, « d’accéder à des contenus interdits par les gouvernements locaux. Cela mettra fin à la censure de la Commission européenne. » Un Européen pourra accéder à des contenus bloqués grâce à un VPN (réseau privé virtuel). Ces mêmes VPN qui sont dans le viseur du gouvernement, comme l’a reconnu, il y a trois semaines, Anne Le Hénanff, ministre délégué chargé de l'Intelligence artificielle et du Numérique. Comme par hasard.
Caricature du projet
Loin de se réjouir d'une victoire de la liberté d'expression, certains font une présentation fort négative de freedom.gov. Pour Reuters, les Européens y trouveront « notamment des discours haineux et de la propagande terroriste ». Interrogée par www.lesnumeriques.com, une « ancienne responsable de la lutte contre la désinformation au sein du DHS » (mais elle ne l’a été que trois semaines, en 2022…) explique que le portail donnera accès à « du discours haineux, de la pornographie et du matériel pédocriminel ». Un autre consultant en numérique synthétise cela ainsi : freedom.gov servira surtout à « aider un type énervé à Schöndorf à voir des tweets néo-nazis d'un gars de l’Arkansas ». Un site à l’usage de ploucs excités et nostalgiques du Reich, quoi. Leur caricature de notre liberté d’expression ne saurait aller plus loin.
Terrorisme, pédocriminalité, pornographie… comme si ces contenus ne fleurissaient pas davantage sur le dark web que sur les réseaux sociaux ! Quant aux « discours haineux », on sait qu’on entend par ces mots les propos répréhensibles tels que insultes et menaces de mort, mais l’étiquette englobe aussi les critiques utiles sur les conséquences de l’immigration massive, de l’islamisation rampante, ainsi que le rappel scientifique (biologique, anatomique) de la binarité sexuelle. Autant de sujets sur lesquels plusieurs gouvernements européens et, au-dessus d’eux, la Commission européenne n’entendent pas être contrariés.
Bataille rangée
Jordan Bardella juge les déclarations de Jean-Noël Barrot « préoccupantes ». Il y voit une « dérive illibérale » de la part de macronistes « prêts à piétiner la démocratie pour conserver une influence à tout prix ». À quoi le ministre des Affaires étrangères répond que « les algorithmes de l’étranger ne doivent pas décider à notre place de notre débat public national ». Mais tout est algorithme et tout est étranger, dans ce monde ouvert, fluide et sans racines, tant vanté par les macronistes. Le national et la frontière, c’est quand ça les arrange.
Du côté du site spécialisé kulture.geek.fr, on rappelle que freedom.gov fait penser à des programmes américains semblables et qui étaient « au service d’initiatives démocratiques dans des régimes autoritaires : Chine, Iran, Russie, Biélorussie, Cuba et Myanmar ». Mais on s’offusque que la même logique s’applique « à des démocraties alliées » sans s’interroger sur ce qui, sur le plan des médias, rapprocherait nos démocraties de ces régimes autoritaires.
D’ailleurs, kulturegeek.fr ne s’aperçoit pas de son propre formatage, quand il explique que les restrictions apportées par l’UE aux réseaux sociaux « sont nées de la volonté de combattre toute résurgence de la propagande extrémiste qui avait alimenté le nazisme ». L’amalgame. Le point Godwin. L'anachronisme. Le discours politico-médiatique recraché tel quel. Un site américain au secours de la liberté d’expression en Europe, ce sont encore ses adversaires qui en démontrent le mieux la nécessité. Même si l’on préférerait ne pas avoir besoin des États-Unis pour cela.
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23 commentaires
La liberté sans contrôle, ça n’existe pas, même en démocratie. Sinon, c’est la porte ouverte
à toute sorte d’abus et de dérives au profit de gens pas toujours bien intentionnés …
Dans les dictatures c’est l’inverse : contrôle sans la liberté !
« « les algorithmes de l’étranger ne doivent pas décider à notre place de notre débat public national ». Que vaut un débat public national quand une partie de la nation (des citoyens) en est exclu de facto par une censure de la liberté d’expression?
One more time : usa, usa, usa, usa…
J’avoue éprouver une certaine reconnaissance vis-à-vis des US. Ils ne rigolent pas avec la liberté d’expression, c’est fondamental pour eux. Et ça devrait aussi l’être pour nous. Exclure la haine et les injures c’est normal, mais TOUT le reste devrait être autorisé. A chacun de se faire sa propre opinion. Il n’y a que les dictatures, les régimes totalitaires pour ne pas l’admettre.
L’équipe dirigeante à la tête de laquelle Macron, des nuls, des nuls qui devraient se frotter un peu plus au monde industriel. Ce sont de bons ronds de cuir à user leurs coudes sur leurs bureaux.
Dans le monde industriel, ce qui est recherché par-dessus tout, c’est le calme social, un climat de travail apaisé. Les syndicats révolutionnaires ont vite fait de déstabiliser une production.
Pour atteindre ce but, il est nécessaire d’être à l’écoute des salariés afin de détecter la moindre petite étincelle susceptible de gripper la production. Naturellement, comme diraient les pompiers, l’éteindre dans les premières minutes.
Pour atteindre cette écoute, deux moyens. L’écoute directe, être proche de ses employés. Et l’écoute indirecte, plus subtile car plus insidieuse, écouter au plus près les meneurs potentiels. Pour cela, introduire des taupes qui deviennent pratiquement des intimes de ces meneurs, des taupes que personne ne connait, sauf la Direction. Ce qui est appelé « infiltration ».
Pour un gouvernement efficace, il lui faut ces taupes. Les réseaux sociaux s’offrent à cœur ouvert. Les juguler, une ineptie digne de nuls.