Grâce à la Marine française, on pourra sauver les sous-mariniers en détresse

L’étude approfondie du fonctionnement de l’organisme rend envisageable une intervention humaine en grande profondeur.
Capture d'écran France 3
Capture d'écran France 3

Première mondiale dans la rade de Toulon : plongée en saturation avec recycleur à pression, par 265 mètres de fond. Au bout, l’espoir de sauver les sous-mariniers en détresse.

Ils sont trois plongeurs et une infirmière qui se sont enfermés, le 27 janvier, dans leur caisson hyperbare pour cette expérience sous haute pression. Elle va durer jusqu’au 10 février, puis il leur faudra deux semaines de décompression avant de retrouver l’air libre.

C’est le CEPHISMER, le centre expert de la Marine spécialisé dans la plongée humaine et l’intervention sous la mer, qui pilote l’opération. Et si la plongée à -265 mètres est aujourd'hui virtuelle, l’effet sur les organismes est, lui, tout ce qu’il y a de plus réel.

Les fantômes de la Minerve et du Koursk

Il n’y a rien de plus impressionnant, pour le profane, que d’imaginer la vie des sous-mariniers et des plongeurs. Pour avoir visité plusieurs bâtiments, dont le Charles-de-Gaulle, j’avoue avoir été infiniment plus impressionnée par celle du Triomphant, l’un de nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Il était en cale sèche sur l’île Longue, en rade de Brest, avant de reprendre la mer pour une longue mission. On ne peut imaginer l’exiguïté des lieux de vie, le poids de la promiscuité, le silence absolu qui y règne, la vie en circuit totalement fermé et l’interdiction de tout contact avec l’extérieur… Il faut à ces marins-là un mental d’acier car, aux milliers de tonnes d’eau qui pèsent sur leur tête, il faut ajouter la certitude – jusqu’à maintenant – de ne pouvoir survivre aux accidents.

Ici, à Toulon, dans le jardin de la Tour royale, s’élève le Monument national à la mémoire des sous-mariniers. Les morts de la Minerve, dont le souvenir hante encore la ville, y figurent en bonne place. Le bâtiment disparut au large du cap Cisié. On n’a jamais su pourquoi ce sous-marin d’attaque (classe Daphné) avait coulé, un soir de manœuvres, le 27 janvier 1968, avec ses 58 hommes d’équipage. Il a fallu attendre 2019 pour en localiser l’épave. Elle repose par 2.230 m de fond, à 45 km au large de Toulon.

Plus près de nous, l’odyssée du Koursk, le sous-marin nucléaire russe qui a sombré dans la mer de Barents, le 12 août 2000, avec ses 118 hommes d'équipage. Officiellement, c’est une torpille d'exercice, en cours de lancement, qui aurait accidentellement explosé à bord. Vingt-trois hommes avaient survécu, le monde entier était en haleine car le sous-marin n’était qu’à 108 mètres de profondeur. On ne saura jamais pourquoi ils n’ont pas été secourus, mais ce cauchemar donne tous son sens à l’expérience qui se déroule actuellement à Toulon.

L’espoir de sauver des vies

La nouveauté, pour ces plongeurs, c’est l’utilisation d’un recycleur de respiration, autrement dit un circuit fermé. La plongée à grande profondeur – au-delà de 100 mètres – « est réalisée avec une saturation préalable des gaz dans l'organisme des plongeurs, ce qui les contraint à rester confiné dans des atmosphères sous pression comme un caisson hyperbare », nous dit-on, ce qui explique le long processus de décompression pour les organismes saturés de gaz neutre. Lors de la remontée, il leur faudra en effet expulser progressivement l’hélium, l’azote, l’hydrogène, des mélanges indispensables à une plongée profonde et de longue durée.

Au printemps dernier, une première expérience avait été menée à -200 mètres, pendant dix jours, et dans une atmosphère composée d'un mélange d'hélium et d'oxygène. Cette fois, c’est à -265 mètres, avec une pression d’environ 26 bars. « On met le caisson en pression pour reproduire le poids de la colonne d’eau sur le plongeur et sur son équipement pour que, physiologiquement et mécaniquement, tout se passe comme s’ils étaient en mer à la profondeur visée », explique, au Méridional, Arnaud Le Béguec, commandant du CEPHISMER.

Seule l’étude approfondie du fonctionnement de l’organisme dans de telles conditions permet d’envisager une intervention humaine en grande profondeur. Au terme de l’expérience, l’équipage poursuivra l’entraînement, en pleine mer cette fois, avec l’objectif de pouvoir porter assistance aux sous-marins en détresse et sauver leurs équipages.

Alors, vive la Marine française !

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

12 commentaires

  1. « Le sous-marin Koursk n’était qu’à 108 mètres de profondeur. On ne saura jamais pourquoi ils n’ont pas été secourus » D’autant plus que le bâtiment mesurant 154 m, il aurait suffi d’air sous pression pour en relever la poupe, refuge des survivants, jusqu’à la surface. Mystères de l’URSS agonisante.

  2. Merci Messieurs les Sous-Mariniers d’intervenir sur le sujet. Moi qui suis un peu claustrophobe, je vous admire.

  3. Bien , bonne nouvelle , avec nos dirigeants , les sous mariniers francais deviendront le SAMU des profondeurs pendant que les russes les americains et les chinois s’entraineront a devenir des chasseurs implacables … Le changement de vocation de l’armee francaise se confirme . A quand un prix nobel de la paix ?

  4. -265 cela n’a rien d’exceptionnel, je rappelle que la Comex a fait -610m dans les années 70. De nombreux plongeurs descendaient travailler à ces profondeurs dans le monde entier. Tant qu’à sauver un équipage de sous-marin, c’est une toute autre histoire, il ne suffit pas d’atteindre la profondeur, et en plus celle-ci est ridicule.
    Bon, juste un article pour nous dire que notre armée s’entraine à plonger, mais pas pour quoique ce soit d’autre.

  5. On connaît les causes de la disparition de la Minerve. Elle a été victime d’un abordage par un navire alors qu’elle naviguait à l’immersion périscopique. Une expertise a pu être réalisée en février 2020 après une plongée à laquelle j’ai moi même participé. Le rapport est aux archives de Vincennes.
    Quand au caisson évoqué dans cet article, à l’exception du Koursk, il n’aurait pu servir dans aucun des accidents majeurs de sous-marins des dernières décennies.

  6. Un grand merci à nos ingénieurs français qui sont au top. En esprant que l’on ne vendra pas encore nos sources de recherches pour de petits sous aux américains.

  7. Dans ces sous-marins diesels électriques les batteries sont essentiels ce qui permet au bateau sont autonomie pleine et entière après une descente au delà de 15 mètres soit au dessous de l’immersion schnorkel.
    Recharger les batteries surtout si la mer est trop formé comme le fut le jour de l’accident il faut naviguer aux électriques et une charge ou décharge produit de l’hydrogène et comme tout le monde en a connaissance ce gaz est extrêmement explosif ce qui contraint une surveillance soutenue, probablement ce qui est arrivé a là Minerve vue la zone du drame ou les morceaux sont très séparés.
    Qu »ils reposent en paix.

  8. Dans le rappel, il aurait été correct de rappeler le drame de L’ Eurydice, autre sous marin du même type que la Minerve, disparue le 4 mars 1970 avec 57 personnes à bord.

    • Un sous marin plonge en toute sécurité jusqu’à 300 m… l’immersion maximale avant implosion est de 450 m environ.
      Au delà… c’est foutu !
      Donc, à cette profondeur, les possibilités de récupérer l’équipage sont importantes puisqu’il est possible qu’il survive.
      A plus de 500 m, il est probable que tout le monde sera mort avant de toucher le fond de l’océan.
      J’ai navigué sur sous marin pendant 11 ans dont les types Arethuse et Daphné..

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