Grève des médecins « libéraux » : le mot qui fâche…

Prévue pour dix jours, elle vise à contrer les nouvelles mesures incluses dans le budget de la sécurité sociale 2026.
@Unsplash
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Depuis ce lundi, le monde médical est en grève. Prévu pour 10 jours et très suivi, le mouvement vise à contrer les nouvelles mesures incluses dans le budget de la sécurité sociale 2026. Le gouvernement envisage de possibles réquisitions.

Un conseil : évitez de tomber malade, ça n’est pas le moment. Les cabinets de ville et les cliniques ont fermé leurs portes et les blocs opératoires n’ouvriront que pour les urgences. On avance le chiffre de 80 % de grévistes dans le monde médical. C’est un « mouvement historique, à l’aune de la violence faite à notre profession », disait le docteur Jérôme Marty, président de l’Union française pour une médecine libre (UFLM), lundi matin sur RMC.

Le flicage par les données de santé

Affolée par la perspective de l’engorgement des hôpitaux, Stéphanie Rist  – notre ministre de la Santé, des Familles et des Personnes handicapées – laisse planer le spectre des réquisitions. Pas vraiment de quoi calmer la grogne qui enfle. De plus, elle ment lorsqu’elle affirme que le texte a été censuré. « Ce texte a été repoussé par le Conseil constitutionnel qui l’a considéré comme un cavalier législatif. Contrairement à ce que dit la ministre, il n’a pas été censuré. Simplement, le Conseil a dit “c’est légal, mais ce n’est pas à la bonne place“, donc on peut le retrouver dans un autre décret », répond Jérôme Marty.

Il faut dire que le contentieux est lourd, les mesures envisagées dans la nouvelle loi de financement de la Sécurité sociale s’avérant aussi douteuses pour les praticiens que pour le public. D’où la grosse colère des médecins.

En premier lieu, dit Jérôme Marty, le texte « pénalise à hauteur de 2.500 euros chaque médecin qui ne va pas renseigner ou consulter le dossier médical partagé. C’est dans l’article de loi contre les fraudes, les médecins sont entre le blanchiment et le trafic de drogue ». Ensuite, dit-il, rien ne garantit l’inviolabilité des données de santé qui figurent dans ledit dossier. Enfin, troisième point : rien ne dit que les mutuelles ne vont pas avoir, elles aussi, accès à ces données. Et de mettre en garde : « Elles en font la demande depuis des années. Elles ont déjà accès aux données de facturation de santé. Si elle ont accès à ces données là, c’est le Graal pour elles. Vos primes exploseront. » On ne doute pas, en effet, que seront alors mises en place des tarifications “personnalisées“ en fonction des pathologies de chacun.

L’ennemi, c’est le secteur 3 !

Les syndicats reprochent une absence de concertation et la perspective de mesures « autoritaires », par exemple la baisse des tarifs de certains actes, décrétée de façon unilatérale en « contournant » le dialogue social. Également en cours d’examen au Parlement, des textes projettent de limiter la liberté d’installation des médecins. Enfin, cruciale, se pose la question des remboursements et, plus grave encore, des déremboursements pour les prescriptions faites par les médecins en secteur 3.

Le niveau de remboursement des actes médicaux est fonction du positionnement du praticien. Les professionnels de santé relevant du secteur 1 (88 % des généralistes et 62 % des spécialistes) ont ainsi « obligation d'appliquer, sans dépassement d'honoraires, le tarif fixé par convention avec l'Assurance Maladie ». Ils bénéficient en contrepartie d’avantages sociaux et fiscaux. Un médecin conventionné en secteur 2 peut, quant à lui, appliquer une tarification libre, mais ses dépassements d'honoraires ne sont pas couverts par l'Assurance Maladie.

La nouvelle loi vise tout particulièrement les médecins en secteur 3 (moins de 5 %), soit ceux qui ont fait le choix de ne pas signer de convention avec l'Assurance Maladie et pratiquent des honoraires libres. Dans ce cas, la Sécu est grande bénéficiaire, puisqu’elle ne rembourse que 0.61€ par consultation et les mutuelles guère davantage. Pourtant, on laisse entendre que leurs tarifs prohibitifs contraindraient les Français à renoncer aux soins.

Les dépassements d’honoraires : un argument biaisé

Car le grave problème, nous dit-on, ce sont les dépassements d’honoraires. Il est vrai que certains professionnels abusent, mais la grande majorité demeure dans la limite du raisonnable sachant, par exemple, que la consultation d’un spécialiste coûte moins cher que le déplacement d’un serrurier ou d’un plombier et que « les tarifs remboursés par l’Assurance Maladie n’ont pour certains “pas évolué depuis les années 1990 » (en gynécologie-obstétrique, par exemple).

Nous avons interrogé un médecin en secteur 3. Allopathe et acupuncteur, il consacre entre ¾ d’heure et 1 heure à chacun de ses patients quand la moyenne d’une visite chez un médecin de secteur 1 tourne autour de 12 minutes. Coût de la consultation et de l’acte chez notre praticien : 50€. Indigné, il nous explique que le projet vise à mettre fin au remboursement des prescriptions faites par les médecins non conventionnés. « C’est absolument scandaleux, nous dit-il, car mes patients cotisent au même titre que les autres. De plus, ce sont des gens qui n’abusent pas de prescriptions, qui sont généralement moins “consommateurs“ et ne pratiquent pas le tourisme médical. Contrairement à beaucoup, ils s’estiment responsables de leur santé ! » La liberté de choix et la responsabilité du patient… c’est peut-être cela qui gêne, justement.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

41 commentaires

  1. La médecine, qui est devenue politique (ou l’inverse) en 2019, vacciné obligatoirement sans « effets secondaires », devient maintenant financière. Au secours Hippocrate

  2. Il y avait et il existe toujours « Le malade imaginaire » puis « Médecin malgré lui » aujourd’hui qui aura le dernier mot, excusez du jeu de maux, le système de santé qui promet plus qu’il ne peut enfin pas pour tout le monde, c’est selon la loi du marché. Les médecins ne sont pas assez payés par les impatients malades imaginaires, c’est une réalité, quel est le client d’une GSM qui va refuser de payer un sac polluant , pollué, mal élevé , jeté par une caissière mal embouchée, souvent, nous sommes féministes parfois plus qu’il ne devrait d’ailleurs, devant une irréalité confirmée, celui qui justement pour un pet »it » (de) travers ne veut pas débourser cinq sous à son médecin. Qu’il lise notre histoire et qu’il s’estime bienheureux de débourser sur le compte de tous les cinq ou dix euros de sa propre poche. Jean Baptiste l’avait bien trouvé son Avare mais aujourd’hui il faudrait trouver un Assisté,

  3. La gratuité est la pire des choses. Ce qui parait souhaitable est devenu, par exagération, toxique. Beaucoup trop de gens chez les médecins (forcément, c’est gratuit) ! ceux-ci, d’ailleurs, se prennent au jeu. Ils ne soignent plus. Ils convoquent leurs clients-patients tous les 3 mois pour des (soi-disant) contrôles périodiques. De plus, quand vous êtes vraiment malades et que leur cabinet est fermé, ils ne se déplacent plus. Ils vous disent : »faites le 15 ! »

  4. L’administration est stupide tant qu’elle n’est pas faite par ceux qui connaissent la vie sur le terrain, cela concerne les médecins comme les agriculteurs. Avoir un ministre de la santé qui ne connaît rien à la santé est une aberration. Tout ce gouvernement mérite d’être renvoyé à l’école primaire, et Macron idem.

  5. Ah j’ai OSE critiquer le très contestable dr marty (en minuscule vu l’estime que j’ai pour ce personnage), qui pendant le covid et surtout pour les injections appelées vaccins, fut assez détestable avec ceux qui refusaient et je suis modérée là !!!!
    Je suis raison avec certains aspects de leur contestation, ils vont être « fliqués » sur des critères inadmissibles c’est sur et protègent leurs patients, mais…..
    Mais comment faire les gens malades, les urgences déjà bien encombrées et le temps d’attente de plus en plus long
    Pour ma part j’ai un rdv programmé pour le 15 prochain et je commence à stresser car c’est primordial pour moi

    • Et l’AME, les visas « santé » qui sont un vrai tourisme médical, les honoraires non payés et factures d’hôpital pas mieux

  6. Ce pays est fabuleux : on y réquisitionne des médecins qui après 10 ans d’études sont payés comme en 1990 et on sur-prime les employés de la SNCF qui ont au maximum une année de formation et prennent en otage le pays. Ça s’appelle encourager la voyoucratie !

  7. Même s’ils obtiennent l’augmentation de tarifs qu’ils réclament, la consultation chez un médecin conventionné restera quand même toujours moins chère que celle de votre chat ou votre chien chez le vétérinaire !

    • D’une la visite chez le véto n’est pas remboursé à part si vous avez une mutuelle bien onéreuse je le sais j’ai un chat
      De deux, mon médecin généraliste a l’œil sur sa montre , c’est 15 minutes clef en main et je dois lui rappeler, qu’étant hypertendue, une prise de tension s’impose, il m’a conseillée d’acheter un tensiomètre…. Plus d’écoute, plus d’empathie mais il n’oublie pas de me prendre ma carte vitale à peine assise !!!
      Alors je veux bien mais ces nouveaux médecins, qui ne veulent pas bosser après 17 h 30 , ne se déplacent pas à domicile ni le samedi après midi….
      Je regrette ô combien mon médecin, qui certes méritait pleinement sa retraite, oui il était en dépassement d’honoraires, mais il ne regardait pas sa montre, allait chez les gens même jusqu’à 23 heures, prenait le temps pour expliquer, pour écouter ….
      Alors avant de parler toujours d’argent, le patient ne devrait il pas être leur préoccupation première ? Le serment d’Hippocrate a été bien dévoyé lui aussi, hélas

  8. Question saugrenue : Et si on nommait quelqu’un de compétent au Ministère de la santé ? J’entends par là un médecin qui proposerait des recommandations , librement et non pas sous la Férule de Bercy et des Caisses d’Assurance Maladie .

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