Guerre commerciale : Pékin attise la colère agricole européenne

Sur fond de crise agricole, Pékin riposte aux taxes automobiles en visant les produits laitiers.
Photo de Karola G: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/nourriture-aliments-sain-en-tranches-5202232/
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La décision chinoise d’imposer de lourds droits de douane sur les produits laitiers européens relève moins du commerce que du message politique. En annonçant, le 22 décembre 2025, des taxes allant de 21,9 % à 42,7 % sur les fromages, laits et crèmes européens, Pékin assume une stratégie de représailles ciblées face à Bruxelles.

Derrière l’argument technique d’une enquête antidumping, c’est bien une logique de rétorsion qui s’impose : répondre coup pour coup aux droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois.

Une réponse aux sanctions européennes

Depuis 2024, l’Union européenne a durci le ton envers Pékin en imposant des droits de douane sur les voitures électriques chinoises, accusées de bénéficier de subventions massives. Pour la Chine, cette décision est perçue comme une attaque stratégique contre un pilier de son industrie. La riposte chinoise s’est organisée par étapes : enquête sur le cognac, pression sur le porc et, désormais, frappe sur les produits laitiers. Officiellement, Pékin invoque une enquête ouverte en août 2024, concluant que les produits laitiers européens bénéficieraient de subventions causant un « préjudice substantiel » aux producteurs chinois. Mais la chronologie et le choix des cibles trahissent une logique éminemment politique.

La filière laitière, cible idéale

Pourquoi les produits laitiers ? Parce qu’ils cochent toutes les cases d’une cible stratégique. La filière est économiquement importante, socialement fragile et politiquement sensible. La France exporte pour près de 600 millions d'euros par an de produits laitiers vers la Chine. Toucher ce secteur, c’est frapper un maillon déjà sous tension et accroître la pression intérieure sur les gouvernements européens. François-Xavier Huard, PDG de la Fédération nationale de l’industrie laitière (FNIL), parle sans détour d’un « choc » : « C’est un coup de massue […] notamment pour le groupe Savencia, l'un des principaux exportateurs européens de crème vers la Chine. » Il ajoute : « Si ces montants-là devaient perdurer, une grande partie des exportations de crème et de fromages vers la Chine vont être menacées. »

Des éleveurs instrumentalisés

Le choix de la filière laitière intervient dans un contexte explosif. Les éleveurs européens, et français en particulier, sont déjà confrontés à une crise profonde : revenus sous pression, contraintes réglementaires, concurrence internationale et inquiétudes sanitaires. François-Xavier Huard souligne que « le message envoyé aux agriculteurs, en pleine crise face à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) et au Mercosur, n'était pas bon ».

En ciblant un secteur au cœur des mobilisations agricoles, Pékin sait qu’il accentue les fractures internes européennes. La taxe chinoise agit, ainsi, comme un multiplicateur politique, venant nourrir une colère déjà dirigée contre les choix commerciaux de Bruxelles, notamment au travers du Mercosur.

Bruxelles dénonce, mais reste sur la défensive

La Commission européenne a condamné la décision chinoise, mais sans escalade immédiate. Olof Gill, porte-parole de la Commission, affirme que « cette enquête est basée sur des allégations contestables et des preuves insuffisantes, et que les mesures sont par conséquent injustifiées et infondée », ce que confirme Nicolas Forissier, ministre délégué au Commerce extérieur, au micro de BFM TV.

Mais cette prudence européenne reflète surtout un déséquilibre d’intérêts entre États membres. Les sanctions chinoises frappent prioritairement la France. Dans un contexte de colère agricole persistante, Paris paye le prix d’un affrontement commercial qui cible ses secteurs stratégiques.

À l’inverse, la hausse des droits de douane européens sur les véhicules électriques chinois profite d’abord à l’industrie automobile allemande. En limitant la concurrence chinoise sur le marché européen, ces mesures protègent les constructeurs d’outre-Rhin. Ce différentiel d’impact explique la retenue de Bruxelles. L’UE évoque des recours possibles devant l’Organisation mondiale du commerce, tout en cherchant à éviter une guerre commerciale ouverte. Entre une France pénalisée sur le plan agricole et une Allemagne bénéficiant d’un bouclier industriel, la Commission européenne peine à afficher une ligne commune pleinement assumée.

La voie diplomatique reste cependant ouverte. « On va continuer à travailler avec les autorités chinoises, en espérant que cela permettra de diminuer les droits de douane définitifs », indique François-Xavier Huard. Des précédents existent : sur le porc et le cognac européens, des accords ont permis d’atténuer des taxes temporaires. Mais dans le contexte actuel, chaque concession devient un signal politique.

Affrontement systémique

Cette affaire dépasse largement le cadre des produits laitiers. Elle illustre une confrontation plus globale entre l’Union européenne et la Chine, où chaque secteur économique devient un outil de pression stratégique.

En frappant la filière laitière, Pékin ne vise pas seulement des exportations : elle teste la cohésion européenne, mesure la capacité de Bruxelles à assumer ses choix industriels et expose le coût politique de la fermeté commerciale. Une chose est sûre : dans cette bataille, les éleveurs servent de variable d’ajustement.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire I Le réél finit toujours par s'imposer I Suivez-moi sur X : @YannMontero

Vos commentaires

44 commentaires

  1. C’est bien l’Union Européenne : les allemands se protègent-automobiles-, et les français trinquent- produits laitiers-.
    L’électricité plus chère pour satisfaire les allemands et plomber les entreprises et particuliers français.
    Quand ce sont toujours les mêmes qui trinquent, cela s’appelle du masochisme ou de l’incompétence?
    Je crois que l’incompétence est la vertu première de la France.

  2. Alors toujours optimiste sur l’avenir de l’Europe et de la France ? Je ne vous donne pas deux ans pour voir s’effondrer cette filiere agricole …2027 ne verra pas forcement des elections presidentielles mais certainement les debuts de la famine generalisee en France .Confrontes a la meme situation devant les taxes imposees par Trump mors de son premier mandat , les dirigeants chinois avaient decide de baisser la TVA generale …Resiltat leur matche interieur en un an et demi avait absorbe les invendus outre-pacifique …Mais bien sur , aucun d’entre eux n’avaient fait l’Ena ou HEC …

  3. Analyse économico-géopolitico bien sûr très juste..mais…il ne faudrait pas oublier que les produits laitiers ne font pas partie de la cuisine traditionnelle chinoise !? De telles mesures ne privent que les exportateurs de la filiale laitière et…c’est très « ennuyeux »! Mais..mettre en « balance » politico-commerciale le « lait des vaches » et les « vaches à lait VE » relève d’un étonnant « raisonnement » somme toute déficitaire et décevant face à une intelligence chinoise avérée ! Les « quadripèdes » n’ont aucune parenté possible avec les « quadri-pneumatiques » VE ! Après..si l’argument sous-jacent qui se fonde d’une « confrontation » entre « producteurs » / »productivité/ bénéfices boursiers » tente de s’imposer et donc de se « légitimer », il est à  » comprendre », à combattre » et à « refuser »! Bref, une  » GUERRE » dite « COMMERCIALE » ??? se fonde d’une « FAIBLESSE » attribuée, fabriquée, imposée, à un adversaire « supposé »! S’il y a « guerre », il s’agit « à minima » d’identifier les troupes/mercenaires à l’œuvre!

  4. La commission européenne n’est plus compétente pour négocier les intérêts nationaux ! Il faut reprendre notre souveraineté et négocier de pays à pays ! Les intérêts allemands, espagnols, italiens et autres sont tous différends relativement à leurs activités industrielles et à leurs besoins !

  5. La chine cherche l’autosuffisance. Elle a copié toutes nos techniques pour faire du fromage (on remerciera les français qui les ont aidé avec des stagiaires et des partenariats), ils ont nos vaches…vous pensez réellement qu’ils allaient continuer à payer ? Ils ont fait la même chose avec des pans entiers de nos industries et je pense surtout à l’aviation civile. Airbus maintenant frémi de peur face à leurs avancés massives ! En occident on pense à court terme et gains rapides, la chine pense au long terme donc elle s’en sort très bien.

    • Le problème des occidentaux , est qu’il n’ont toujours pas compris la philosophie asiatique ; ils veulent tout de suite avoir des résultats donc ils « bâclent » le travaille sauf quelques rare exceptions ; alors que les asiatiques en général travaillent sur la durée et tirent immédiatement les enseignements d’un problème alors que nous on palabre on tergiverse et on perd beaucoup de temps pendant qu eux avance.

    • Très peu de terre arable en Chine. Oui ils pourront toujours importer du caprice des Dieux et du faux reblochon d’Argentine ou d’ailleurs. C’est surtout l’industrie gastro alimentaire qui serait touchée. Et les infects fromages hollandais avec leurs fermes de 1000 vaches? Pas touchés?

  6. Ah si l’Europe existait vraiment, mais dirigée comme elle est, le chemin risque d’être encore long, peut-être top long.

  7. C’est moi qui déconne ? Il me semble que les asiatiques consomment très peu de produits laitiers au point même d’y être intolérants.

  8. Encore un petit mot sur les agriculteurs. Jadis, je soutenais la police. Je ne la soutiens plus depuis qu’elle n’est plus que le bras répressif du régime. Je soutenais hier encore les agriculteurs mais ils me désolent : d’une part, ils menacent mais restent finalement bien sage et d’autre part, et surtout, quand je les entends réclamer la vaccination de tous les bovins, ils retombent dans le piège du covid et font le lit des vaccins à ARN mensonger (même si les vaccins actuels sont à virus atténué). On croirait entendre Véran ou Macron en 2021 à l’époque des mesures liberticides. Vraiment, ils n’ont rien compris au film, ils vont l’avoir dans le dos et pas seulement avec le mercosur et en plus, ils auront servi la politique délétère du pouvoir.

  9. Les prétendues subventions chinoises sont un mensonge. En Chine c’est l’économie de marché plus qu’en France. Les Chinois n’ont pas besoin de subvention pour produire mieux et moins cher!

  10. Mais ils espère quois les petit européens la Chine n’a pas besoin de nos produit elle sait tout je dit bien tout faire et produire que nous il ne nous reste plus qu’à nous coucher comme savent très bien le faire nos politicards

  11. Pourquoi les chinois s’échauffent ils ?
    Les vaches françaises et européennes vont bientôt disparaître au profit des sud américaines qui ne voient pas d’herbe et bouffent des antibiotiques et des hormones
    Ah si nous sortions de l’UE nous pourrions discuter nous-mêmes des tarifs !

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