[HISTOIRE] 19 février 1836 : la violence jacobine stoppée, mais pas disparue

De l’exécution de Fieschi au jacobinisme revendiqué par LFI, la violence de l'extrême gauche est une longue histoire.
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Comme nous l’avons rappelé récemment, les violences de l’extrême gauche ne datent pas d’hier et remontent au moins à la Révolution. En effet, une partie de l’extrême gauche contemporaine revendique cet héritage en puisant dans certaines figures et dans certains épisodes les plus violents de cette sombre période de notre épopée nationale, au nom de l’égalité, la liberté et de la fraternité. Pourtant, l’Histoire montre que le combat pour ces idéaux a parfois servi de justification à de nombreux crimes et attentats. Parmi ces derniers, l’un fut celui commis par Giuseppe Fieschi contre le roi Louis-Philippe, attentat pour lequel il fut condamné à mort et exécuté le 19 février 1836. Cet événement historique, aujourd’hui largement méconnu, révèle ainsi jusqu’où certains militants, se réclamant de la mémoire révolutionnaire et de la Terreur, furent prêts à aller pour arriver à leur fin.

L’attentat de juillet 1835

La matinée du 28 juillet 1835 à Paris est marquée par une agitation inhabituelle. En effet, le roi Louis-Philippe s’apprête à célébrer le cinquième anniversaire de son avènement. À cette occasion, le roi des Français souhaite passer en revue la Garde nationale rassemblée sur les grands boulevards de la capitale, au milieu de ses concitoyens. Cependant, après son départ du palais des Tuileries en compagnie de ses fils, au moment où le roi et le cortège royal progressent sur le boulevard du Temple, une violente détonation retentit soudain : une machine infernale composée de 24 canons de fusil vient de se déclencher. La décharge est alors d’une extrême brutalité. Les projectiles se dispersent dans la foule et frappent l’escorte du roi. Le souverain manque même d’être atteint mortellement, un éclat passant si près de son front qu’il en conserve une trace noircie.

Le bilan humain est considérable : 18 personnes sont tuées sur le coup ou succombent à leurs blessures dans les heures suivantes, parmi lesquelles figure le maréchal Édouard Mortier, ancien compagnon de Napoléon ; 22 autres personnes sont grièvement blessées. Les victimes de l’attentat sont ensuite honorées lors de funérailles solennelles organisées à l’hôtel des Invalides le 5 août 1835. Cependant, dès les premières minutes qui suivent l’explosion, les forces de l’ordre interviennent rapidement. Plusieurs suspects, présents à proximité immédiate de la scène du crime, sont ainsi interpellés et confiés à la Justice qui doit désormais décider de leur sort.

Des protagonistes héritiers du jacobinisme

Au premier rang des accusés figure Giuseppe Fieschi, natif de Corse et ancien soldat passé par les armées de l’Empire, qui, face aux nombreuses péripéties et revers de sa vie, commença à nourrir une haine contre le pouvoir. Peu à peu, il se rapproche de cercles républicains clandestins et se laisse convaincre, avec l’aide d’un peu d’argent, de la nécessité d’un coup spectaculaire contre la monarchie. Fieschi s’associe notamment avec Pierre Morey, cordonnier, ancien proche et nostalgique de Robespierre et connu pour ses liens avec la Société des droits de l'homme, organisation jacobine interdite en 1833 et considérée comme l’un des principaux foyers d’agitation politique radicale à Paris. Autour d’eux gravitent d’autres complices, dont Théodore Pépin, Victor Boireau et Tell Beschers, tous issus de milieux républicains hostiles à la monarchie de Juillet.

Il est néanmoins bon de rappeler que le terme de républicain n’avait alors pas la même signification qu’aujourd’hui. En effet, il renvoyait autrefois à l’héritage révolutionnaire de 1789 et, plus encore, à la mémoire de la période de la Terreur. Cette période fut d’ailleurs l’œuvre du jacobinisme, courant politique issu du célèbre Club des Jacobins, fondé dès les débuts de la Révolution. Parmi les figures les plus emblématiques de ce mouvement se trouvent notamment Robespierre, Danton, Saint-Just ou encore Camille Desmoulins. À partir de 1793, sous l’autorité du Comité de salut public, dominé par les Jacobins, la France entre dans la période dite de la Terreur. Pour faire face aux menaces extérieures et aux soulèvements intérieurs, un régime d’exception basé sur la répression et la violence est instauré pour sauver la République. Danton ne disait-il pas : « Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être » ? Ce procédé marque alors durablement l’image du jacobinisme comme un courant à la fois fondateur d’une République indissociable de la violence.

Se plaçant dans la suite de cette politique meurtrière, les accusés ne reçoivent aucune pitié de la part des juges énonçant un verdict sans appel. Fieschi et ses comparses Morey et Pépin sont condamnés à mort. Son crime est même explicitement comparé à ceux de Damiens et de Ravaillac, auteurs de régicides sous l’Ancien Régime. L’attentat entraînera également l’adoption de lois restreignant la liberté de la presse, que le gouvernement accuse alors d’avoir contribué à attiser le ressentiment politique et la haine à l’encontre du roi.

Le jacobinisme encore vivant aujourd’hui

Si l’attentat de 1835 appartient désormais à l’Histoire, le jacobinisme demeure pourtant, près de deux siècles plus tard, encore une référence revendiquée par certains courants politiques en France, notamment La France insoumise pour laquelle les exemples sont nombreux.

Ainsi, la députée Mathilde Hignet avait été qualifiée, en 2024, par l’Union démocratique bretonne, de « chancre du jacobinisme ». De son côté, Alexis Corbière avait publié en 2019, avant son exil de LFI, l’ouvrage Jacobins ! Ils ont fait la France moderne, dans lequel il revendique explicitement l’héritage jacobin et présente son livre comme « une réhabilitation des Jacobins par un homme politique qui en revendique l'héritage ». Cette persistance de la référence jacobine est également relevée par des intellectuels comme le philosophe Michel Onfray, qui a ainsi qualifié Jean-Luc Mélenchon de « dernier avatar du jacobinisme » auprès du JDD. Rappelons également une nouvelle fois l’admiration assumée d’Antoine Léaument pour Robespierre le Jacobin.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

17 commentaires

  1. Merci pour ce rappel historique . Pour nous aider à y voir clair, pourrions-nous avoir le même éclairage sur la violence de l’extrême droite, une longue histoire également a priori ?
    Ainsi, ce qui s’est vers 1934 -1935 quand, en Allemagne, les SA / SS massacraient à coup de pieds (ou autre) des juifs dans la rue.
    Plus près de nous, en France, des nostalgiques de l’Algérie française, au sein de l’OAS, ont pu aussi être légitimement qualifiés d’extrême droite au vu de leurs paroles et de leurs actes violents. On a retrouvé ensuite beaucoup de ces personnes au sein du Front National qui, ce ce fait, a aussi pu être qualifié, en son temps, d’extrême droite.

    Plus près de nous encore, la mort de Clément Méric fut due à un groupe de skinheads d’extrême droite nationaliste (cf. Wikipedia) Cette affaire conduisit à la dissolution du groupe d’extrême droite Troisième Voie — dont étaient issus les skinheads — et de son service d’ordre, les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR), Mais j’ignore s’il a pu être établi un quelconque lien entre ces groupes et un parti politique français représenté (ou ambitionnant de l’être) à l’Assemblée Nationale. Si OUI, pourriez-vous me dire lequel ?

    Enfin quand je vois aujourd’hui certains qualifier des journalistes (comme Christine Kelly ou Gabrielle Cluzel) ou des responsables politiques (comme Marine Le Pen, certes fille de son père, Eric Zemmour, Marion Maréchal, Jean-Christophe Poisson, …) d’extrême droite, je m’interroge. J’ai pris la peine de les écouter, de les lire, de regarder certaines de leurs prises de position. Je ne les partage pas toutes. Mais les qualifier d’« extrême droite » relève à l’évidence de la « reductio ad Hitlerum » abusive, visant à disqualifier d’emblée des opposants politiques.
    Par contre, sur la gauche de l’échiquier politique, la situation m’apparait comme singulièrement clarifiée depuis quelques années. La mort tragique récente de Quentin ne vient que confirmer, auprès de la majorité des français, qui sont vraiment aujourd’hui les responsables politiques qui peuvent être clarifiés d’extrême gauche.

  2. Il est bon de rappeler que Robespierre, magistrat, a inventé la « Terreur ». C’est ce dont s’inspire Melenchon qui ne cache pas son admiration pour ce dictateur. Et la jeune garde est chargée de créer cette nouvelle Terreur

  3. 93. NEUF TROIS. Le chiffre maudit de la politique française. Lire absolument le livre de Victor Hugo. Hugo décrit au travers du personnage de Cimourdin la machine infernale qui va de l’Evêché à la Commune et de la Commune à la Convention et à ses chefs sanguinaires. Hugo peint une tragédie -au sens propre- mais ne peut s’empêcher en définitive de justifier la violence et la rage révolutionnaire au nom du « progrès ». Là est le péché originel de la République Française.
    Et pour répondre à panpan, le « patriotisme » est un « levier ». Du Macron avant l’heure voyant les chars russes à Paris. Les Russes sont arrivés à Paris en 1814. Certes. mais après quoi ? Et ne parlons pas de ces braves « révolutionnaires de l’époque », colonnes infernales et autres guillotineurs qui massacraient à Nantes, à Lyon, en Provence, en Vendée et traitaient de façon abjecte un enfant dans la tour du Temple.

  4. Toul’monde s’en fout de l ‘ « Hytouââârrrh ». Les périodes « cruciales » des XVIII et XIX ème sont peu évoquées en cours.

  5. La chanson « La jeune garde » (assez évocatrice, donc…) fut composée en 1920, à la veille du fameux congrès de Tour, par Gaston Montéhus, proche de Lénine. Ce dernier ne tarissait pas d’éloges à son propos et l’utilisa même en « prime time » des conférences qu’il donnait à Paris lors de son exil en France…il y a plus de cent ans !

  6. Cet extrême gauche, Mélenchon en tête, adorent cette période sanguinaire de notre histoire de France. Tous ces privilégiés n’ont même pas honte de promener une guillotine lors de leurs manifestations soit disant républicaines et humanistes. Ils n’ont même pas honte de jouir de privilèges indécents financés par le peuple laborieux . Quelle indécence !

  7. C’est normal que la « gauche excessive » bascule dans la violence et la dictature.
    La gauche favorise la société sur l’individu – c’est même sa définition. Favoriser la société se fait par la loi, toujours plus de lois. Les lois sont coercitives, qu’elle soient librement acceptées ou non.
    En exagérant la gauche, c’est-à-dire l’ultra gauche, puis l’extrême gauche, les lois très nombreuses effacent la liberté individuelle et la société bascule dans la dictature et la terreur. C’est une évolution logique qu’on a toujours constaté dans l’Histoire : la Terreur, les 3 grandes dictatures d’extrême gauche du 20° siècle : communisme, fascisme, nazisme, puis Mao, Pol Pot, Castro, Ceaușescu, etc. Et aujourd’hui, le pire régime de la planète, Kim Jung Un.
    Un minimum d’analyse politique de fond permet d’y voir plus clair.

  8. Faudrait leur rappeler, aux révolutionnaires en peau de lapin, que les révolutionnaires de l’époque étaient avant tout patriotes. Pas le cas aujourd’hui : ils n’ont retenu que le massacre et promu la détestation de mon Pays.
    Il y en a qui ont filé une licence d’histoire à Corbière? Camarades du parti?

    • Le patriotisme (valeur positive), appelé aussi nationalisme (valeur positive ou négative, suivant le contexte) n’a rien à voir avec les valeurs de droite et de gauche. La nation permet à la démocratie d’exister ; sans nation, c’est-à-dire sans un peuple (= population unie par une même Culture) souverain sur un territoire protégé, il ne peut pas y avoir de démocratie. Mais une nation peut basculer dans la dictature.
      Autrement dit, la nation est une condition indispensable à la démocratie, mais elle n’est pas suffisante pour quelle existe
      Alors que son inverse, le mondialisme, est par nature opposé à la démocratie. Il l’a rend toujours impossible.

    • revoyez votre histoire les révolutionnaires étaient des bourgeois et des nobles francs-maçons une minorité.
      La révolution a été une catastrophe pour la France.
      L’histoire est écrite par les vainqueurs, le génocide Vendéen n’est toujours pas reconnu.
      Je vous invite à lire autre chose que ce que « l’éducation nationale » propose.

      • Un bon résumé : « La république n’a pas besoin de savants », proclamation du bourreau de Lavoisier. C’est ainsi qu’une civilisation régresse de plusieurs siècles en quelques décénies, et ce n’est pas encore fini.

      • A vous de réviser vos lectures!
        Pas de révolution vous en seriez encore à amener vos cochons à la glandée, à cuire votre pain dans le four banal après avoir fait moudre votre grain au moulin banal. Et n’oubliez pas de lever votre chapeau devant votre seigneur quand vous irez à la messe le dimanche!

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