[HISTOIRE] 30 décembre 1916 : il faut tuer Raspoutine pour sauver l’Empire russe

Raspoutine ne fut aimé ni par la noblesse russe ni par les bolcheviks, chacun jugeant sa disparition nécessaire.
@Wikimedia commons
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Raspoutine ! En voilà un nom entouré de mystères et de fascination. Pourtant, malgré son destin peu commun qui le mena jusqu’aux plus hautes sphères du pouvoir, l’amenant à conseiller le tsar de toutes les Russies, Nicolas II, et son épouse, l’impératrice Alexandra Fedorovna, cet homme à l’ascension fulgurante connut une fin brutale et cruelle, le 30 décembre 1916, fin dont il aurait lui-même prophétisé les terribles conséquences.

Un mystique aux portes du pouvoir

Né en 1869 en Sibérie, Grigori Efimovitch Raspoutine s’impose à la cour impériale au début des années 1900. Mystique autoproclamé, souvent présenté comme un starets, ascète à la réputation de débauché, il fascine autant qu’il inquiète. Son influence grandit principalement auprès de la famille impériale lorsqu’il réussit à soulager le tsarévitch Alexis, atteint d’hémophilie. Il obtient, notamment, l’interdiction de l’administration d’aspirine, prescrite par les médecins de la cour. Ces derniers pensaient que ce médicament pouvait soulager de nombreuses maladies, ignorant alors ses propriétés anticoagulantes.

En réduisant ainsi les douleurs du prince, Raspoutine gagne la confiance absolue de l’impératrice Alexandra Fedorovna, qui en vient à le consulter presque quotidiennement. Cependant, à mesure que son prestige grandit, la noblesse russe s’en offusque et le jalouse. Elle voit en lui un rustre dangereux, un ogre lubrique à l’appétit sexuel réputé sans limites, sans éducation ni légitimité, mais désormais capable d’orienter les décisions du trône et d’influencer le destin de l’Empire.

Pour ou contre la guerre ?

En 1915, face aux graves revers militaires russes contre l’Allemagne, le tsar Nicolas II quitte la capitale pour prendre personnellement le commandement de ses armées sur le front. L’impératrice se voit alors confier la charge de la gestion des affaires intérieures. Déjà impopulaire, car d’origine allemande, elle se retrouve peu à peu isolée et s’appuie largement sur Raspoutine pour la conseiller. Homme du peuple, profondément hostile à la guerre, celui-ci la juge funeste pour la Russie et pour ses habitants. Cette position est alors interprétée par de nombreux aristocrates comme une preuve de germanophilie, voire de trahison pure et simple, non seulement envers la Russie mais aussi envers ses alliés, la France et l'Angleterre, engagés eux aussi dans la guerre. L’idée s’impose alors que l’élimination de Raspoutine est nécessaire pour sauver l’Empire et restaurer l’autorité du trône.

La nuit du 30 au 31 décembre 1916

Un complot se forme alors autour du prince Félix Ioussoupov, du grand-duc Dmitri Pavlovitch et du député Vladimir Pourichkevitch. Ces derniers, dans la nuit du 30 au 31 décembre 1916, invitent discrètement Raspoutine au palais Ioussoupov pour un dîner. Connaissant l’appétit charnel du starets, ils l’appâtent en lui laissant entendre qu’il pourrait rencontrer l’épouse du prince, la princesse Irina Alexandrovna.

Le soir venu, le prince Ioussoupov l’installe dans l’un de ses salons et l’invite à consommer quelques gâteaux et à boire du vin. Raspoutine ne résiste pas à ces mets et les déguste avec appétit. Il ignore alors que sa nourriture et sa boisson ont été abondamment agrémentées de cyanure. Cependant, Raspoutine mange et boit sans qu’aucun effet du poison ne se manifeste. Ioussoupov, paniqué, saisit alors un pistolet et tire dans le dos de Raspoutine. Celui-ci est déclaré mort par un médecin complice. Mais quelques instants plus tard, Raspoutine se relève et tente de s’échapper du palais. Rattrapé dans la cour, ses assassins lui tirent à nouveau dessus. Le starets s’effondre alors, définitivement. Afin de s’assurer de sa mort, une dernière balle est tirée dans sa tête. Son corps est ensuite enveloppé dans un tapis et jeté dans les eaux glacées de la Neva.

Retrouvé le lendemain, son cadavre est complètement gelé. Certains témoignages rapportent même que, lors de l’autopsie, de l’eau aurait été retrouvée dans ses poumons, preuve que, malgré les balles, Raspoutine été encore en vie et n’aurait trouvé la mort finalement qu’en se noyant dans les eaux de sa chère Russie.

La mort d'un prophète ?

Enterré dignement sur ordre de la tsarine, le tombeau de Raspoutine est profané par les révolutionnaires soviétiques en 1917 et son corps est incinéré, l’homme étant jugé trop proche du pouvoir impérial pour être un innocent. Il est ensuite érigé en symbole de la décadence des Romanov, servant à légitimer la haine implacable qui leur était vouée. Cependant, peu avant sa mort, Raspoutine aurait fait de nombreuses prophéties concernant son assassinat et ses conséquences pour la Russie : « Je mourrai dans d’atroces souffrances. Après ma mort, mon corps n’aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils serez massacrés ainsi que toute la famille. Après, le déluge terrible passera sur la Russie. Et elle tombera entre les mains du Diable. »

Vérité historique ou simple invention, la famille impériale et l’Empire russe ne survécurent guère longtemps à Raspoutine. La révolution bolchevique renverse le régime en 1917 avant d’assassiner, en juillet 1918, Nicolas II, Alexandra et leurs enfants à Ekaterinbourg. Par ce baptême de sang, l’URSS se renforcera et imposera sa dictature communiste sur la Russie, avant d’étendre son emprise à une grande partie de l’Europe pour près d’un siècle.

Ainsi, Raspoutine, mystère incarné, ne fut aimé ni par la noblesse russe ni par les bolcheviks, chacun étant convaincu que sa mort et sa disparition suffiraient à sauver la Russie. Son seul et véritable soutien provenait de la famille impériale, dont le destin, aussi tragique que le sien, fut inexorablement emporté par les tourments de l’Histoire.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Tuer des rois fut les pires idioties du peuple, puisqu’ils sont garants de l’union, des valeurs, du prestige et de l’histoire d’un pays. Quand on voit macron, on pense aux communautarismes, à la fête de la musique à l’Elysée, ses caprices, sa capacité à ne pas protéger son peuple, sa capacité à se plier devant l’Europe, les nombreuses baffes qu’il a pris… Tout l’opposé d’un roi et une misère politique. On peut quasiment faire ça avec tous les présidents français donc résultat zéro.

  2. Au sujet du commentaire de Maria William : je m’étonne que l’on puise contester le massacre de la famille impériale russe ! – Et que Raspoutine aurait oeuvré à l’assassinat du tsarévitch – Je lu beaucoup de choses sur Raspoutine mais jamais de telles accusations ! Quelles sont vos sources, madame ?

  3. Il ne faut pas oublier l’influence délétère de l’Angleterre à travers les Youssoupof ( fils complètement dégénéré pour l’époque et famille concurrente des Romanoff. ); l’Angleterre, comme maintenant, était pour la Guerre. et a contribué largement à la chute du Tsar.

  4. Raspoutine et tout un groupe de personnes oeuvraient à la cour pour tuer le tsarévitch, né en cinquième position, après quatre filles, ce qui empêchait tous les prétendants au trône de réaliser leur rêve. Raspoutine n’avait pas de pouvoir à distance. Alexis n’était pas hémophile mais avait une maladie sanguine très proche et non mortelle, mais il fallait faire croire que sa mort était due à …l’hémophilie. Il n’y a jamais eu de massacre à Iekaterinbourg…

    • Il faut non en dire un peu plus. Surtout pour la fin de la famille impériale à Iekaterinbourg dont les ossements ont été retrouvés au fond d’un puits de mine et identifiés par ADN.

      • Tout ces ossements ont été tellement manipulés sans aucune précaution que cette découverte est plus que contestable et contestée. La tsarine, d’origine allemande a très certainement été « exfiltrée » ainsi que ses enfants. Des documents sérieux en parlent ainsi que des différents pays où a séjourné la famille impériale, en commençant par la Roumanie, pays profondément attaché la Russie. Pour le reste ce serait trop long à en discuter ici.

  5. J’en profite également pour rappeler le très bel ouvrage de Frédéric Mitterrand intitulé « Les Aigles Foudroyés » – Editons Robert Laffont – format ‘Pocket’ 1997 – qui parle de la fin des Romanov mais aussi des Habsbourg et des Hohenzollern. Il en a fait également un documentaire qui parle de Raspoutine avec moult détails. Œuvre éponyme cinématographique étayée de nombreux documents d’archives.

    • Beaucoup de mystères sur la fin de la famille Romanov. Les Anglais font partie des « sachants ». Que sont devenus les bijoux, joyaux, trésors etc… des Romanov? Famille réputée pour être la plus riche de tous les Empires…

    • Oui, je l’ai lu. Mais il reste beaucoup de « choses cachées » Le retour des « restes de la famille Romanov » en dit long. Il manquait deux corps…et une partie du clergé n’était pas présente…

  6. Je recommande vivement la visite du lieu du crime à Saint Pétersbourg dans le Palais Loussoupov. L’atmosphère ainsi que tous les accessoires sont présents, une bibliothèque très documentée vous donnera les infimes détails de ce crime libérateur.

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