[HISTOIRE] 9 décembre 1893 : une bombe anarchiste explose dans l’Hémicycle

De cet attentat naquit une nouvelle législation pour contrer le terrorisme anarchiste : les lois scélérates.
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À la fin du XIXe siècle, la France traverse une période marquée par de fortes tensions sociales et politiques. Le mouvement anarchiste, soutenu par l'extrême gauche, porté par le rejet des inégalités, par la misère ouvrière et par un sentiment profond d’injustice, gagne en influence et en puissance. De nombreux attentats visent alors des symboles du pouvoir : la Justice, l’armée, les institutions ou tout ce qui touche aux élites. Dans ce climat où la violence politique devient un mode d’expression, la IIIe République est mise à rude épreuve. Cependant, elle n’a pas encore été atteinte au cœur. Cet objectif, un ouvrier anarchiste du nom d’Auguste Vaillant va tenter de l’atteindre en s’attaquant au creuset de la vie législative française : la Chambre des députés. À l'époque, La France insoumise n'y siège pas encore, mais l'extrême gauche y est représentée par le « groupe républicain radical-socialiste ».

La République est attaquée

Le 9 décembre 1893, comme d’ordinaire, les députés du palais Bourbon se réunissent pour délibérer en séance. Rien ne présage que cet après-midi sera différent des autres. Cependant, vers 16 heures, alors que les débats sont particulièrement vifs, une explosion retentit dans l’Hémicycle. Une bombe artisanale lancée depuis la seconde tribune publique, à droite du président de la Chambre, vient alors d’éclater. La détonation est suivie d’un nuage de fumée, avant de laisser place à une pluie dévastatrice de mitraille faite de clous, de fragments de zinc et de plomb. De nombreux députés, huissiers et spectateurs sont alors couverts d’une poussière épaisse quand d’autres malheureux, moins chanceux, voient leur propre sang couler.

« Plusieurs députés ont été renversés, rapporte Le Figaro. L’abbé Lemire est projeté sur le sol, il est atteint par un projectile derrière la tête et reçoit une blessure profonde. D’autres députés sont blessés : MM. De Lanjuinais, Leffet, le baron Gérard, Cazenove de Pradine, de Montalembert, Charpentier, de Tréveneuc. On les entoure, on les emporte dans les bureaux pour leur donner les premiers soins. »

Quelques instants plus tard, Charles Dupuy, président de la Chambre, dans un sang-froid manifeste, déclare : « Messieurs, la séance continue ! » et ajoute qu’il est « de la dignité de la Chambre et de la République que de pareils attentats ne troublent pas les législateurs ». Par cette formule appelée à rester célèbre, il affirme le courage et la continuité républicaine face à la violence et à l’intimidation de ceux qui usent des armes plutôt que des mots pour défendre leurs idées.

Auguste Vaillant, martyr de l’anarchisme

L’auteur de l’attentat, Auguste Vaillant, est rapidement capturé et jugé. Sa ligne de défense consiste à proclamer qu’il voulait blesser, non tuer. Il profite également de son passage devant les magistrats, telle une tribune, pour justifier idéologiquement son acte qui avait pour but d’attaquer « cette société maudite où l'on peut voir un homme dépenser inutilement de quoi nourrir des milliers de familles, société infâme qui permet à quelques individus d'accaparer la richesse sociale ».

Malgré ce plaidoyer qui pourrait séduire aujourd’hui certains magistrats, les juges ne font preuve d’aucune pitié. S’attaquer au Parlement et aux représentants du peuple, c’est symboliquement s’attaquer à la nation tout entière, et l’on veut frapper vite et fort. Ainsi, le 5 février 1894, trois mois seulement après l’attentat, Vaillant est condamné à mort et guillotiné.

Cependant, son exécution, loin de clore l’affaire, cristallise au contraire le ressentiment de certains anarchistes. Vaillant devient ainsi, à leurs yeux, un martyr de la lutte contre la bourgeoisie. Et comme tout martyr, son sang est une semence pour une nouvelle moisson. Cette dernière est faite de nouvelles violences menées par d’autres militants qui souhaiteront venger et marcher dans les pas d’Auguste Vaillant.

L’instauration des « lois scélérates »

Conscient de la montée de l’anarchisme et de la multiplication des attentats, le Parlement adopte, dès le 12 décembre 1893, la première des lois dites « scélérates », destinées à réprimer l’anarchisme. Cette législation d’exception est complétée dès le 15 décembre 1893, puis renforcée le 28 juillet 1894.

Ces lois restreignent alors la liberté de la presse, pénalisent la propagande anarchiste et permettent l’arrestation d’individus au titre d’association de malfaiteurs. Malgré les contestations de l'extrême gauche qui, comme aujourd'hui, notamment lors de la dissolution du mouvement anarchiste des Soulèvements de la Terre, conteste tout ce qui pourrait s'attaquer à ce qui lui est semblable ou favorable, la République fait alors sienne la phrase de Danton : « Le salut du peuple exige de grands moyens et des mesures terribles […] Soyons terribles pour éviter au peuple de l’être. » La sécurité nationale devient la priorité, quitte à réduire les libertés de certains individus jugés dangereux en ces temps troublés. Il faudra attendre le 16 décembre 1992 pour voir l’Assemblée nationale abolir ces lois jugées liberticides, nées d'un attentat terroriste. 130 ans plus tard, les anarchistes n'ont plus le vent en poupe mais, côté extrême gauche, des fiché S et des délinquants siègent désormais à l'Assemblée.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Il est bien dommage d’avoir aboli ces lois. Il sera sans doute utile un jour de rétablir une législation digne de ce nom pour contrer les atteintes à l’Etat et ses représentants. Il est temps de rétablir des textes qui permirent de mettre fin aux événements de soixante-huit ainsi que des textes proches de ceux qui avaient institué les pouvoirs spéciaux pendant la « Guerre d’Algérie ». L’Etat cognait fort mais cela a été efficace. Malheureusement il est à craindre que nos parlementaires déconsidérés n’aient pas le courage du sursaut.

  2. Abroger les lois scélérates au nom de la liberté, c’était une hérésie et une tartufferie. Hérésie car il est normal de réprimer certaines idéologies dangereuses, tartufferie car ils auraient réautorisé toutes les autres idéologies. Donc non, l’anarchie doit être traitée de la même façon que le nazisme est traité aujourd’hui, mais surtout pas le contraire !

  3. C’était, en fait, un essai maladroit de dissolution de l’Assemblée nationale. Il est parfois difficile de l’obtenir, alors que c’est plus que nécessaire !

  4. Les anarchistes de cet autre temps n’avaient pas infesté l’institution Judiciaire comme l’a fait l’extrême gauche aujourd’hui. En outre le Conseil d’Etat come le Conseil Constitutionnel se chargeront de censurer toute lois d’exception destinées à museler la chienlit socialiste.

  5. Elle aurait été belle la France sans aucune personne riche pour investir! Pas d’usine, pas d’entreprise pour faire travailler le peuple et faire vivre sa famille. En gros pour la gauche, chacun son lopin de terre, labourée avec une branche, puisque pas d’usine pour produire une herse. Si par un incroyable miracle un mec vendait des herses, il aurait fallut des générations pour en payer une en produisant quelques courgettes par an en labourant à la branche. En gros le socialisme c’est un retour à la préhistoire!

  6. Ça rappelle cette histoire que se racontaient les « blancs » en Russie en 1917 :
    Un commissaire politique passaient dans les fermes pour recueillir des dons pour la révolution
    – Camarade, est ce que tu donnerais un cheval pour la revolution ?
    – Oh oui, je le donnerais. Mais je n’en ai pas…
    – Et une vache ? Tu donnerais une vache pour la revolution ?
    – oui, je la donnerais. Mais je n’en ai pas…
    – Et un mouton ? Tu donnerais un mouton pour la revolution ?
    – Oh oui, je le donnerais. Mais je n’en ai pas…
    -Et une poule, tu donnerais une poule ?…
    – Ben, euh…
    – Commennr ça, tu hésites camarade,… Pourquoi ?
    – Parce que la poule je l’ai et elle est à moi…

  7. Faut-il rappeler que l’extrême gauche n’existe pas à cette époque puisque cette catégorie politique n’apparaît qu’au siècle suivant. Par conséquent, le mouvement anarchiste ne peut pas être soutenu par l’extrême gauche contrairement à l’affirmation explicite de l’auteur de cet article. C’est donc un anachronisme évident.
    Ainsi, bien que cet article présente des faits historiques globalement exacts, il les teinte d’anachronismes politiques, de simplifications et d’assimilations idéologiques trompeuses pour faire un parallèle entre cette période lointaine et notre actualité brûlante…

  8. on peut en tirer deux conclusions:
    1- la justice n’était pas qu’un nom ,était rapide et efficace.
    2- rien n’a changé de puis la révolution: la gauche, toujours les gauchistes, qui ne savent pas ce qu’est une démocratie et ne la respectent pas.
    qui tuent, saccagent, insultent ? qui interdit de penser différemment, de parler différemment d’eux ? Qui sont les fachos dans l’histoire ? Qui a tué en masse de leurs propres citoyens ? lenine, staline, pol pot, mao … tous de gentils cocos humanistes, on partage tout… sauf ce qu’on a et on en veut plus parce qu’on me mérite…

    • « qui tuent, saccagent, insultent ? qui interdit de penser différemment, de parler différemment d’eux ? Qui sont les fachos dans l’histoire ? Qui a tué en masse de leurs propres citoyens ? » Les premiers, incontestablement, furent les sans culottes, c’est-à-dire la lie de la société parisienne, directement issue de la cour des miracles.

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