IA, réseaux sociaux : Emmanuel Macron veut les contrôler d’ici aux élections

Vague sur les mesures à envisager, l’Élysée se garde aussi de parler de censure…
Capture écran Élysée – Présidence de la République français
Capture écran Élysée – Présidence de la République français

Il y a décidément certaines synchronisations d’agendas qui tombent rudement bien. Alors que se déroulait, mardi 28 octobre, le procès intenté par sa femme Brigitte à dix personnes qu’elle accuse de cyber-harcèlement, Emmanuel Macron lançait un nouveau « grand débat » sur les dangers liés aux réseaux sociaux, et accessoirement à la bien mal nommée « intelligence » artificielle.

Emmanuel Macron veut revenir dans le jeu

Certains esprits chafouins pourraient voir là un moyen de revenir dans le jeu politique national, pour un Président cantonné depuis la dissolution de l’Assemblée nationale à la politique étrangère et tentant de surnager avec à peine 16 % de Français lui faisant confiance. Mais il peut surtout paraître étonnant que cette tentative de retour se fasse via une offensive sur des outils qui symbolisent tant la « start-up nation », ce concept-valise dont il nous a survendu les promesses de réussite et de liberté en 2017. À moins que le Président, dont les chances de voir gagner, lors des prochaines élections, un camp qui se réduit et se déchire un peu plus chaque jour, ne cherche à contrôler ce vaste espace de liberté qui lui échappe encore.

Dès le matin du 28, donc, étaient conviés à l’Élysée, pour une réunion sur « la démocratie à l’épreuve des réseaux sociaux et des algorithmes », quelque « 200 ministres (Aurore Bergé, l’ancienne ministre Clara Chappaz…), parlementaires (les députés EPR Céline Calvez et Denis Masséglia…), scientifiques (les coprésidents de la commission écrans Amine Benyamina et Servane Mouton…), universitaires (l’historien David Colon, membre des États généraux de l’information…), associations (Licra), etc. », précise le média Contexte. Que du beau monde, donc. « J'ai besoin de vous », a lancé le Président. Car l’heure est grave, la démocratie en danger. « Nous sommes en train de perdre notre indépendance émotionnelle et cognitive » (ceux qui parlent le Macron couramment auront sans doute décrypté cette incise poétique) et il est donc temps de « lancer le travail de résistance ».

« Action » est le mot-clef de ce moment aussi disruptif qu'inspirant : il faut « créer une petite plate-forme d'action » et « bâtir un projet d'action commun ». Mobilisation générale, donc, de tous les neurones valides et de bonne volonté, car le danger est si grand que l’on ne saurait s’en remettre à quelques mesurettes réglementaires et réformettes législatives. Une telle emphase a étonné jusqu’à notre confrère de BFM TV, qui n’a pu s'empêcher d’y voir « une séquence aux airs de Conseil national de la refondation (CNR), l'outil lancé par Emmanuel Macron au début de son second quinquennat en 2022 pour tenter de rénover le débat démocratique, avec un succès relatif ».

L'IA et les réseaux sociaux aux mains des méchants

Les merveilleux jouets numériques que nous vantait Macron 1 seraient-ils donc tombés depuis Macron 2 dans des mains peu recommandables ? Le défilé d’orateurs éminents autant que triés sur le volet de « l’idéologiquement correct » nous a vite confirmé que l’hydre qui nous menace a pour têtes celles de Donald Trump, Xi Jinping et Vladimir Poutine. Concernant l’IA, ne faudrait-il donc pas imposer des « contre-algorithmes de supervision » ? Donc, pour faire simple, des algorithmes officiels, gentils, qui contrôleraient les algorithmes suspects… Et pour ce qui est des réseaux sociaux, il importe, là encore, de les contrôler. De Bruxelles à Paris, on s’y emploie d’ailleurs déjà, et avec des moyens de pression divers, et menace d’interdiction à la clef. Le Franco-Russe Pavel Dourov, patron du réseau social Telegram, en sait quelque chose. Car à cause des « manipulateurs » des réseaux sociaux, « on assiste à une montée en puissance des réseaux sociaux où l'émotion négative est plus virale que l'émotion, qui est elle-même plus virale que l'argument », a déclaré, au Figaro, un conseiller présidentiel. Quand l’émotion se fait « négative » à l’égard du pouvoir en place, on doit donc comprendre qu’il est urgent de la combattre, en effet.

Dans l’objectif des « snipers sauveurs de la démocratie », les prochaines élections municipales puis présidentielle, dont les réseaux sociaux risqueraient de truquer les campagnes et les résultats. « L'idée, c'est de faire vivre ce débat dans la société et, à terme, prendre des décisions sur toute une série de mesures », a expliqué Emmanuel Macron, et ce, afin de « créer les conditions d'un débat éclairé et apaisé ». Jamais le mot censure n’a, bien évidemment, été prononcé, en ce 28 février. Il convenait d’insinuer tout en restant vague. Le chef de l’État n’entend pas « préempter » les « véhicules » qui pourront être d’ordre « législatif, administratif, par décret ». « La palette d’outils est ouverte », pour l’Élysée ; ouverte, d’ailleurs, aussi à l’international. Et notamment, sans doute, à l’Union européenne, dont le DSA (législation sur les services en ligne) offre de belles avancées en matière de contrôle des espaces numériques.

Une classe politique sans réaction

Cette ambitieuse offensive élyséenne contre les réseaux sociaux ne semble, pour l’instant, pas inquiéter grand monde, dans le microcosme politicien. Sur son compte X, Florian Philippot fait d’ailleurs remarquer qu’au moment où « Macron surfe sur l’extravagant procès Brigitte pour censurer les réseaux sociaux », pas un seul eurodéputé français n’a « voté contre le règlement européen DSA de censure sur lequel s’appuie toute la législation de contrôle, de flicage, de bannissement et de censure ! Tous partis politiques confondus ! Sans exception ! »

De son côté, Nicolas Dupont-Aignan constate que « les réseaux sociaux ne sont pas à son goût, alors Macron veut les censurer ». Pour le chef de file de Debout la France, « Emmanuel Macron a lancé aujourd'hui une grande mobilisation pour discréditer la liberté d'expression sur les réseaux sociaux. Il ose parler […] de l'impact des réseaux sociaux et d'Internet sur la déstructuration du débat public et de la démocratie dans la perspective […] de la présidentielle. » Nicolas Dupont-Aignan fait en effet remarquer que « le Président le plus impopulaire, le plus détesté de la Ve République, est persuadé que c'est à cause des réseaux sociaux, mais pas à cause de son action ». Et c’est pourquoi, « avec la complicité de l'Union européenne et le fameux règlement DSA, il veut verrouiller les réseaux sociaux comme ils l'ont fait en Roumanie pour la présidentielle ».

Il sera intéressant d’observer les réactions (ou l’absence de réactions) à cette initiative, à l’approche des municipales du printemps prochain.

 

Mise à jour du 30 octobre 2025 :

Lors du Forum de la Paix qui s'est tenu à Paris, Emmanuel Macron a réitéré ses attaques contre les réseaux sociaux. Il a appelé à la mise en place d'un « agenda beaucoup plus puissant de protection et de régulation en Europe » face aux menaces d'ingérences étrangères via les réseaux sociaux. « On a fait n’importe quoi, on a totalement tort d’aller s’informer là-dessus », a-t-il déclaré, estimant que l'« on doit reprendre le contrôle de notre vie démocratique et informationnelle en régulant » les contenus sur les plateformes. Sur « X, si vous ne tombez pas immédiatement sur des contenus d’extrême droite, c’est que vous êtes mal organisés », a-t-il ajouté, estimant par ailleurs que « les plus gros acheteurs de faux comptes, ce sont les Russes », qui viennent sur les réseaux pour « déstabiliser les démocraties européennes ». « On est dans l’ingérence sous stéroïdes » a conclu le chef de l'État.

Vos commentaires

76 commentaires

  1. Encore une mesure de diminution de Liberté d’expression dont le petit Staline d’operette veut imposer aux citoyens français. Il lui manque juste une couronne sur la tête pour se prétendre roi de droit divin. Le théâtre de lycée a assez duré, qu’il s’en aille au plus vite.

  2. Si les époux macroneux en finissaient avec leurs histoires de sexe, ça « irait dans le bon sens »…

  3. Le contrôle de l’information pour interdire celle qui n’épouse pas la bien-pensance, et qu’il qualifie d’extrême droite, s’inscrit parfaitement dans le cheminement de l’altération de la démocratie. Mais qu’importe ce que déclare l’imposteur, il est fini. Avec 11% de satisfaits, il vient d’égaler le record d’impopularité de Hollande, en attendant de le battre ! Il a besoin de nous dit-il, mais nous, nous n’avons pas besoin de lui ! Dehors, l’histrion du château !

  4. il organise la censure pour supprimer la critique, ordonne la bonne parole pour promouvoir son discours qui deviendra la parole unique . Cette parole unique précédera le parti unique. Ensuite, le vote transparent et électronique pour promouvoir la transparence démocratique ou l’obligation de délégation de pouvoir de son droit de vote au parti unique. Vivement que cette équipe dégage !!

  5. Chuut! Il ne faut pas en parler où alors exclusivement pour compatir au calvaire de la première dame, si la rumeur est en effet détestable pour ceux qui en font les frais, qu’ils se rassurent, parce qu’ils sont légion les célébrités diffamées à tort, on se souvient si l’on a un peu de bouteille, du même sort qui fut réservé à Annie Chancel alias Sheila et plus récemment et dans un autre registre d’un certain François Fillon, qui pour le coup a probablement changé la face de la France. Au regard des actes de malveillance national infligés à notre nation depuis 8 ans, le délire de quelques uns pour alimenter un mensonge, parait désuet. Alors oui, se sentant fragilisé sur le point de pulvériser le record à la baisse de son prédécesseur, le chef qu’on ne peut désormais plus appeler d’état, aux fins de se refaire une belle cerise bien rouge en vue de 2032, veut « Bâtir une réforme Robuste » pour vaincre les pensées mauvaises. Désolé chers journalistes de Boulevard Voltaire mais si vous souhaitez persévérer dans la diffusion de la vérité autorisée, il vous faudra renommer votre média ainsi : « Avenue des Champs Elysée »

  6. Certes, les réseaux sociaux sont loin d’être parfaits, mais ils ne sont pas responsables de ce qui s’y publie… Si les individus quels qu’ils soient, arrêtaient d’y mettre tout et n’importe quoi (et pas seulement le politique) ils se porteraient bien mieux. Si les gens arrêtaient de donner du grain à moudre à ceux qui se gavent sur notre dos, ça irait aussi beaucoup mieux. A la « naissance » de facebook, j’y suis allée, pour voir… je n’ai pas compris ce que j’ai vu. Rien d’intéressant. Ca me paraissait… mal foutu, désorganisé, et surtout complètement inutile. Je ne suis pas restée. Mais ce n’est pas parce que ces trucs sont inintéressants en l’état, qu’il faut cautionner la censure. Ce sont 2 choses différentes. La censure une fois en place, s’appliquera partout, pour tout le monde, pour tout et n’importe quoi (surtout n’importe quoi d’ailleurs) ! Au nom de quoi est-ce qu’il faut punir des populations entières pour lutter contre quelques décérébrés chroniques ?

  7. Bizarre.. donc freluquet voudrait garder son jouet pour lui tout seul! Vu que c’est son principal mode de communication avec ses délires prononces le plus loin possible de Paris,on va vers la  » pensée unique » a la mao,castro,polpot ou staline…Si j’étais Monsieur 11% je changerais mon aspect physique,et ma voix je prendrais un avion pour aller me planquer dans un de ces paradis fiscaux ou je planque mon pognon et je me ferais tout petit et me ferais oublier..au lieu de continuer à chercher la M….

  8. Les réseaux dits sociaux sont comme la drogue: un espace sans règles, sauvage, où la violence domine. Ou on les supprime ou on les régule, comme en Chine. C’est l’opium du peuple et l’opium c’est médicalement mauvais.

    • D’accord en ajoutant que c’est aussi un espace de défoulement…En espérant que cela ne soit pas un succédané de l’action civique.

  9. Le premier de cordée est arrivé au bout de sa corde et il va tomber durement. Il ne sait plus à quoi se rattacher.

  10. Concernant macron, il devrait essayer de réfléchir à ce principe :
    « On peut tromper une partie du peuple tout le temps MAIS on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps ! … »
    « CA » va mal finir ! …

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