Indochine : imposture musicale et politique du siècle ?

Le Prix spécial des Victoires de la musique a été remis au groupe Indochine pour sa dernière tournée.
Capture d'écran YT Indochine
Capture d'écran YT Indochine

Traditionnellement, le vendredi 13 est un jour funeste. Et voilà que l’adage populaire se vérifie, une fois de plus, avec le Prix spécial des Victoires de la musique, remis au groupe Indochine pour sa dernière tournée ayant réuni plus d’un million de spectateurs. Quand on vous dit que la France va mal, ce n’est donc pas que simple vue de l’esprit. Ainsi, existe-t-il d’insondables mystères dans la vie. Les énarques ont-ils une âme et les rappeurs un cerveau ? Qui a commandité l’assassinat de JFK ? Qui était l’homme au masque de fer ? Pourquoi Indochine reste-t-il l’un des orchestres pop les plus populaires du pays ?

À l’évidence, cette dernière interrogation demeure la plus insoluble. En effet, rien ne prédestinait cette formation de quatre bras cassés à connaître le succès. Et pas n’importe lequel, vu que ça fait quarante-cinq ans que ça dure. Résumons. Deux frères jumeaux, Nicola et Stéphane Sirkis, gosses de bonne famille dont le père Dimitri est savant atomiste, sont faits pour la musique comme l’auteur de ces lignes pour envisager une carrière de danseuse étoile. L’un maltraite sa guitare et l’autre joue des claviers avec la vivacité d’un garçon de bureau planté derrière un fax. À la basse, Dominique Nicolas ne relève pas le niveau, pas plus que Dimitri Bodianski, joueur de saxophone ayant tendance à se prendre pour Charlie Parker, alors qu’il ne serait même pas capable d’intégrer la fanfare de Trou perdu-sur-Champignac, village hautement respectable par ailleurs.

Pour tout arranger, ils chantent tous faux et écrivent des paroles parfaitement ineptes. Un exemple ? Troisième sexe : « On se prend la main (on se prend la main)/Et on se prend la main (on se prend la main)/Des garçons au féminin (des garçons au féminin)/Des filles au masculin (des filles au masculin)/Des robes longues pour tous les garçons/Habillés comme ma fiancée/Pour des filles sans contrefaçons/Maquillées comme mon fiancé. »

Henri Vernes, le père de Bob Morane, floué par Indochine ?

Ah oui, on avait oublié de préciser : les jumeaux Sirkis, dont l’un fut militant de la Ligue communiste révolutionnaire dans sa jeunesse, ont une conscience politique. De gauche, il va sans dire, même si l’indispensable Dictionnaire du rock (Robert Laffont), rappelle malicieusement : « On vouvoyait nos parents, confiera Nicola Sirkis en 2004 au Monde. » Néanmoins, lors de leurs débuts, cela ne sautait pas aux yeux, et encore moins aux oreilles. Leur premier tube ? L’Aventurier, qui cite longuement Bob Morane, le héros de Henri Vernes. Lequel s’agace dans ses mémoires, Bob Morane et moi (Ananké) : « Je n’étais pas au courant de ce projet et j’ai été étonné de le découvrir un jour à la télévision. Car cette chanson reprend tout de même un grand nombre de titres de Bob Morane. On aurait au moins pu me prévenir. Mais j’ai refusé de faire un procès car je ne voulais pas aller à l’encontre d’un petit groupe de jeunes débutants qui faisaient de leur mieux. » La classe.

La charge des Inconnus…

Mais avant d’en arriver là, leur carrière connaît des hauts et des bas, ce que l’on ne leur reproche évidemment pas. En revanche, les authentiques amateurs de rock ne sont guère tendres avec eux. Selon le Dictionnaire du rock, toujours : « Nicola Sirkis cultive un look d’androgyne vaguement ténébreux, rappelant celui de Robert Smith (The Cure). (…) Ses paroles évoquent soit l’amour (toujours), soit le monde décidément trop injuste. » Bref, Nicola Sirkis est à Robert Smith ce que ce brave Lucky Blondo pouvait être à Gene Vincent : une pâle copie. En 1992, les Inconnus se mêlent de la partie avec leur pastiche, Isabelle a les yeux bleus. Ces trois-là sont connus pour ne rien respecter, et surtout pas les impostures artistiques, tel qu’en témoigne C’est toi que je t’aime, leur parodie du rock alternatif gauchiste d’alors. Pour les principaux intéressés, l’humiliation est cruelle et ils peineront à s’en remettre.

Antifas de luxe…

Mais revenons-en aux ambitions politiques de notre poète, car depuis, c’est un festival. Troisième sexe n’est pas la première du genre et, en son temps, David Bowie jouait déjà de cette ambigüité de genre ; mais aux moins les chansons étaient-elles à la hauteur ; n’est pas Ziggy Stardust qui veut. Ensuite, du domaine sociétal nigaud à la politique à front de taureau, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Florilège.

2017, lors de l’émission Quotidien, de Yann Barthès : « Si ça se trouve, dans trois mois, il y aura peut-être un gouvernement populiste, d’extrême droite, néo-nazi etc. et on sait ce que ça donne. (…) J’ai beaucoup parlé avec des gens assez âgés qui ont connu la Seconde Guerre mondiale et, quand je leur parlais des élections, il y en avait qui pleuraient. » De rire, on imagine.

L’année suivante, la Fête de la musique à l’Élysée, avec Kiddy Smile et son gang de travestis manifestement échappés du Bois de Boulogne. De Marine Le Pen à Julien Aubert, de Christine Boutin à Philippe de Villiers, il est assuré que ce happening est pour le moins contestable. Aussitôt, Nicola Sirkis s’insurge, sur le plateau de Laurent Delahousse, futur co-présentateur de la Cérémonie d’ouverture des JO : « C’est une vieille France qui parle comme ça. C’est à la fois homophobe, raciste, et ce n’est pas ça que nous, et une partie de la jeunesse, on a envie d’entendre. »

La mise au point de Jordan Bardella…

En 2023, il remet le couvert au grand banquet des démocrates indignés, lorsque annulant sa prestation au festival Les Déferlantes, au simple motif qu’il a été, pour des motifs logistiques, à Perpignan, ville dont le maire n’est autre que Louis Aliot. Ce qui fait dire à Jordan Bardella : « C’est profondément sectaire et irrespectueux pour les milliers de leurs fans qui probablement sont des électeurs aussi du Rassemblement national. (…) Quand on est artiste, on ne fait pas de la politique, on ne trie pas les gens qui viennent à ces concerts en fonction de leur opinion politique. (…) Je suis allé à un seul concert dans ma vie, à un concert d’Indochine. »

Un péché de jeunesse que l’on pardonnera volontiers au jeune président du Rassemblement national. Tout comme on pardonnera aussi à Nicola Sirkis. Le pauvre garçon peine déjà à chanter et à jouer de la guitare en même temps. S’il faut, de plus, lui demander de penser dans l’intervalle. Un de ses albums se nomme Dans la Lune. Comme la Lune aurait été un titre autrement plus adéquat.

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

107 commentaires

    • C’est vrai, Ainhoa, Kielowski1974 fait beaucoup parler de lui (mieux que « buzz ») et pas seulement aujourd’hui.
      Et je vais me permettre de sortir du sujet précis traité par M. Gauthier, humoristique, décapant, intéressant, et suscitant quelques propos passionnés des nostalgiques des années 1980 (j’en suis) et compléter ce qu’écrit Ainhoa.
      Certains des propos de Kiewlowski1974 peuvent agacer (cela m’arrive) mais ils méritent attention car ils permettent de mener un débat sur les sujets abordés et doivent nous pousser à être nuancés, même si l’on ne se dit pas « de gauche ». Eviter certains populismes comme il le dit souvent – et je le rejoins, il me semble-, n’est pas une pétition de principe.
      A mon avis, beaucoup de lecteurs dans cette tribune que nous accorde BV se laissent aller à des propos disqualifiant en bloc certains corps qui participent au fonctionnement de l’Etat, l’Etat dont personne ne conteste l’utilité (encore que certains lecteurs, là également, choisissent la démagogie pour le disqualifier) pour les opposer à d’autres corps parés en bloc de toutes les qualités. La réalité est autre. Et puis l’on doit faire preuve de certains réflexes civiques.
      Ainsi, par exemple les juges, qu’on les aime ou non, portent un habit qui représente quelque chose que l’on doit respecter, tout comme les policiers et l’on doit distinguer entre la fonction elle-même, respectable, du comportement personnel de certains, juges ou policiers que l’on peut mettre en doute, à condition d’en avoir des preuves répétées de leur « inconduite ». Les juges comme les policiers sont là pour faire appliquer les lois qui aujourd’hui sont de plus en plus bavardes, « émotionnelles » (sources de populisme, d’ailleurs), contradictoires, et mal écrites. La mission de ces juges, y compris ceux qui appartiennent au syndicat de la magistrature dès l’instant qu’ils sont juges, et la mission de ces policiers, y compris ceux qui appartiennent à des syndicats proches de l’extrême-gauche ou de l’extrême droite, dès l’instant qu’ils sont policiers, est particulièrement difficile parce que le législateur depuis plusieurs décennies ne fait son travail. Quand je dis, législateur, je dis le Parlement, donc les parlementaires, et le gouvernement, donc les ministres et on sait que depuis la Vème République, le gouvernement joue un rôle législatif de poids.
      Et puis il y a aussi le rôle perturbateur des journalistes qui, depuis surtout que sont apparues les chaînes développant des émissions « de plateau » ouvertes 24 heures sur 24, et dirigées par des grands groupes (pas seulement ceux « de gauche »), ont la désagréable habitude d’instrumentaliser les faits, de bâcler leur rôle de faire la relation des enquêtes, de sélectionner ceux qu’ils souhaitent interroger et qui par une telle attitude viennent parasiter le travail des juges et des policiers. On aimerait d’ailleurs que BV qui se compose de journalistes y fasse davantage attention.

      Donc Kielowki1974 peut tenir des propos qui déplaisent (à moi aussi, mais pas pour tout), mais il faut avoir en tête ces difficultés qui minent le débat public, surtout s’il est politique, le débat culturel, surtout s’il touche à l’identité de notre pays (je ne confonds pas « identité » et « identitaire », je précise).

      Voilà ; à suivre ?

  1. On aime ou pas Indochine. Mais quelques réflexions tout de même: primo, c’est le public qui décide s’il aime ou pas tel ou tel artiste (ou prétendu tel). Deuxio, l’ex bassiste Dominique Nicolas reste un bon compositeur à mon sens. Tercio, si nombre de textes de Nicolas Sirkis sont effectivement débiles, il reste certains morceaux qui ont du sens, que l’on partage ou pas. En revanche, je suis d’accord sur le fait que N. Sirkis chante comme une gamelle et que certains membres actuels devraient prendre des cours de musique.

    • Prendre des cours de chant ? Il n’est jamais trop tard pour bien faire mais comme je l’ai dit précédemment, il y a un moment où l’on devient ridicule à se dandiner sur scène passé un certain âge.

    • Très bien dit, d’une nullité sans nom….
      On est à des années lumière des Rolling Stones, Beatles et autres !

  2. comme tout le monde j’ai été jeune, j’ai adorée danser, j’ai adoré et j’adore toujours les bons groupes, mais j’avoue que ce groupe là m’a immédiatement énervée, musique nulle, chanteurs chantant faux, paroles nulles, rythme bof, look assortis, non, vraiment même en faisant un effort je n’y arrivais pas. Je suis contente que Nicolas Gautier les ait si bien décrit, je me sens moins seule;

  3. Ça se comporte en révolutionnaire en carton pâte, alors que ce ne sont que des bourges de gauche et plus bien entendu.

  4. j’ai aimé (un temps c’est vrai) mais lorsque ce « monsieur » de goche fait de la politique PENDANT ces concerts
    je n’aime plus du tout !!

  5. Il est un fait que tout le milieu des artistes, des acteurs et saltimbanques de notre Pays et autres, que ce milieu soit fier d’appartenance à une Gauche communiste, que ces artistes arborent leur sectarisme, traitant leurs opposants de nazis, toute cette haine déclarée leur apporte grandes satisfactions auprès des médias nourris par la même idéologie. Excellentes analyses de Nicolas Gauthier qui, en plus égratigne, quelque-peu, les qualités artistiques de Nikola Sirkis. Pour l’histoire, le frère jumeau de Nicola, Stéphane Sirkis était le guitariste du groupe. Stéphane est mort en 1999, à 39 ans, d’une hépatite foudroyante.

  6. Le groupe Indochine a parfaitement le droit de choisir de ne pas se produire dans les villes gouvernées par l’extrême droite.
    Chacun de nous dispose d’une conscience et peut en faire l’usage.

    • Oui bien sûr..j’espère seulement que ceux des électeurs du RN qui avaient le mzuvais goût musical d’apprecier « indochine »..ont change d’avis et boycottent ce groupe mediocre.

      • Je les ai aimé au début mais quand j’ai entendu certaines de leurs chansons comme « le 3ème sexe », bien woke, et d’autres j’ai commencé à les zapper …..et pas qu’un peu !!!
        De toute façon je me détourne de ceux qui font de la politique

      • De toute façon cette classification politique est lamentable, beaucoup qui votaient FN puis RN achetaient leurs disques et allaient à leur concert (pas moi) et ils se font du fric sur leur dos , en fait, comme beaucoup de ces chanteurs…

    • Mdr ! Ils ont parfaitement le droit de ne pas se produire, à supposer que l’extrême droite fantasmée existe.
      Il doivent demander une attestation sur l’honneur aux éventuels acheteurs de leur élucubrations comme quoi ils ne sont pas de droite et sur les ondes il faut un avertissement pour que les fachos éteignent le poste pendant leur diffusion.

      • En tous cas ils ne regardent pas la couleur politique de ceux qui achètent leur disque, ils feraient mieux de faire attention à leurs prises de position, le souchon qui s’est permis de critiquer certains, le paye aujourd’hui, son dernier album ne se vend pas et ses places de concert non plus, pourtant il a bien vécu des ventes que certains électeurs du RN achetaient……

        Je n’ai pour ma part jamais acheté ses albums, il a bien d’autres vrais talents que ce personnage bien de gauche, bien bobo qui est en plus sectaire et ne veut pas que son petit quotidien soit perturbé par une superette

    • À condition, Kielowski 1974, de ne pas s’ériger en donneur de leçons comme le fit si bien Patrick Bruel alors chanteur à minettes, refusant après les municipales de 1995 de se rendre dans des (rares) villes où ‘l’ extrême – droite « avait gagné. Cela lui valut une réaction fort intelligente de Khaled désapprouvant une telle attitude de mépris.
      Rafraîchissez votre mémoire qui sur ce point comme dans d’autres, ne saurait être sélective.

    • Même sur un sujet comme celui là il faut que tu places ton E D, ca devient pathologique, va consulter au plus vite !!!

      Moi ce sont les pseudos artistes de gauche que je n’encadre pas, les souchon et autres, tout ce faux monde du show bizz, du cinéma, des gens superficiels, au possible, des gens subventionnés par nos impôts, non merci les donneurs de leçon

    • Je croyais que nous étions en France ? Il y aurait donc des villes détenues par des partis politiques ? Y compris donc écolos ou socialistes Et des secteurs détenus par d’autres personnes que l’on appellerait ZDND, acronyme de zones de non droit .

  7. Dans notre jeunesse, nous avons beaucoup dansé sur les chansons d’Indochine, d’autant plus que Bob Morane nous rappelait le héros de la Bande dessinée que nous lisions avec gourmandise. Mais nous n’étions pas dupes de la niaiserie des paroles ni de la simplicité de la musique qui nous entraînait. Plus tard, la parodie des Inconnus nous a bien fait rire, avec juste raison. Quant aux prises de position politiques de tous ces artistes, elles témoignent d’une idéologie du passé, d’un conformisme paresseux, d’une ignorance crasse de la réalité vécue par les Français.
    Tous ces gens sont-ils encore audibles alors qu’ils ont soutenu tous ceux qui nous ont entraînés, sciemment, consciemment, vers les oubliettes de l’Histoire, la violence multiculturelle, l’abandon de notre souveraineté, l’inféodation à une Europe réellement tyrannique ?

  8. J’aimais bien à leur début mais certaines de leurs chansons déjà woke (le 3ème sexe) m’avaient choquées à l’époque
    Là ils sont devenus gauchistes toute, ils ne m’intéressent plus

  9. ce band musical s’ affiche ouvertement de gauche, raison suffisante pour recevoir le prix. Copinage vous avez dit copinage.

    • Le plus important est le copinage des médias qui font et défont les artistes suivant qu’ils soient de gauche ou pas .
      Alors ceux qui ont bénéficier de ces coups de pousse , je les considère comme des collabos du système . Mais comme on dit , il faut bien vivre ,et mettre du carburant dans le yacht

  10. Alors que les salles de spectacle restaient résolument fermées, n’oublions pas que ces rebelles en carton ont accepté un « concert test » à la fin du covid, avec public piquousé, masqué et espacé, marquant ainsi leur mépris de ceux qui avaient refusé l’injection magique.
    On joue aux révolutionnaires, mais quand il y a des sous à se faire, on met ses jolis principes sous son mouchoir.

  11. Le meilleur morceau d’Indochine c’est « vice et versa »! En fait même pas, ils n’ont même pas su l’écrire hahaha!

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