Interdire d’accès aux réseaux sociaux les mineurs de moins de 15 ans ? Méfiance

À première vue, l'intention est louable ; mais la plus grande des méfiances est de mise, ne soyons pas naïfs.
enfant jeune téléphone réseaux sociaux
Photo de Julia Coimbra sur Unsplash

Nombreuses sont les réactions inquiètes à l'idée des parlementaires d'interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les mineurs de 15 ans. Le texte, voté ce lundi 26 janvier à l'Assemblée nationale et prévu pour entrer en vigueur à la rentrée 2026, est cependant loin d'être abouti. Il doit encore être examiné par le Sénat et mis en conformité avec la réglementation européenne (le DSA, Digital Services Act). Beaucoup dénoncent l'aspect liberticide d'une loi qui obligerait les utilisateurs de plates-formes à présenter leur carte d'identité, craignent le flicage en règle et imaginent ainsi basculer dans une ère de crédit social à la chinoise telle que décrite par Philippe de Villiers.

À première vue, l'intention est louable : l'impérieuse nécessité de protéger nos mineurs de l'addiction aux réseaux sociaux dont les conséquences sur la santé et le psychisme ne sont plus à démontrer fait l'unanimité. Mais la question de savoir si c'est, une fois de plus, à l'État de réguler les conduites des individus demeure entière. Car jusque-là, les autorités n'ont pas fait preuve des meilleures intentions du monde pour protéger les plus jeunes.

Liberticide ?

Le député Jean-Philippe Tanguy qui, à l'instar de ses collègues du RN, approuve et a voté le texte ne voit pour l'instant pas de quoi s'alarmer : pour lui, « la présentation de la carte d'identité n'a pas été décidée dans la loi ; ça, c'est le péril qui peut arriver, on fera attention [...] là où on s'est opposés, c'est à la volonté de la Commission européenne de prendre l'identité numérique de tous les habitants de l'Union européenne ».

Le ministre du numérique Clara Chapaz, qui maladroitement avait alimenté la polémique en parlant de sortir « les fausses opinions [...] de la plate-forme », tente, après coup, d'éteindre le feu : « Je n'ai absolument pas l'intention de mettre qui que ce soit en camp de redressement de la pensée, et je n'ai aucun désir d'interdire [...] La liberté d'expression n'a pas de prix. » On a bien compris : l'outil de vérification pour accéder aux réseaux sociaux n'est pas encore choisi, tout est encore possible : le meilleur comme le pire.

Les familles de plus en plus « grand-remplacées » par l'État

Mais au-delà de l'aspect potentiellement liberticide du projet, un autre aspect, pourtant passé relativement inaperçu, a de quoi inquiéter. Pointé par le psychologue Serge Tisseron, spécialiste des technologies numériques sur le plateau de l'émission Bienvenue en Île-de-France, lorsqu'il est interrogé sur le texte, il explique : « Je trouve ça très inquiétant ; la différence entre une démocratie et une dictature, c'est que dans une démocratie, l'État reconnaît aux parents la liberté d'éduquer leur enfant comme ils l'entendent ; alors que dans une dictature, c'est l'appareil d'État qui décide de la manière dont un enfant doit être éduqué ».

Cette tendance persistante de l'État à « grand-remplacer » les parents et prendre les décisions pour eux ne fait que s'accentuer. Depuis quelques années, déjà, imperceptiblement c'est l'autorité parentale qui est petit à petit grignotée. Le domaine de la liberté scolaire en est la parfaite illustration. Nous en parlions dans ces colonnes : la possibilité pour des parents d'instruire leur enfant a été, depuis la loi sur le séparatisme, considérablement réduite depuis la mise en vigueur de la « loi sur le séparatisme ». Le régime, pour pouvoir « faire école à la maison », est devenu d'exception, les conditions pour le faire extrêmement restrictives, les foyers de plus en plus inspectés (au moins une fois par an) et les autorisations susceptibles d'être révisées. Les chiffres sont, à cet égard, éloquents : le nombre d'enfants instruits en famille a été plus que divisé par deux, depuis 2019 (chiffres de la Cour de comptes). Et l'obligation de scolariser les tout-petits dès l'âge de 3 ans en 2019 a, elle aussi, considérablement restreint le champ de liberté des familles qui n'ont plus d'autre choix que de scolariser très jeunes leurs tout-petits.

Un État peu enclin à protéger les enfants

Tout cela pourrait paraître anecdotique. Mais le bilan du gouvernement en matière de protection de l'enfance n'incite guère à la confiance. À commencer par la mise en place des programmes EVARS dont on commence à mesurer, via les remontées de parents relayées par l'association « Parents vigilants », l'impact idéologique sur les jeunes cerveaux. La fameuse théorie du genre qui amène l'enfant à se questionner sur son identité sexuée y est largement dispensée sans que les parents, tenus à l'écart, n'aient les moyens pour s'y opposer.

Qu'a fait l'État, jusqu'à présent, pour protéger ses mineurs de plus en plus nombreux, désireux d'entamer des parcours de transition pour changer de sexe malgré les nocivités désormais trop connues des traitements parfois irréversibles sur des corps aussi jeunes ? Qui pour contrer l'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer qui a fait entrer, via sa circulaire de 2021, les transitions sociales de genre à l'école en demandant aux enseignants de respecter l'identité choisie par l'enfant, parfois même à l'insu des parents ? Qui pour revenir sur le rapport Olivier Véran (2022) et la décision du Défenseur des droits recommandant de faciliter les parcours trans même pour les mineurs ? Quel ministre pour s'offusquer de la diffusion (encore une fois) à une heure de grande écoute de l'émission Portrait de la semaine consacrée à Lilie, enfant transgenre de 14 ans, sur une chaîne de service public ? Et enfin qui - mais la liste est loin d'être exhaustive - aurait l'idée, au sein du gouvernement, de stopper définitivement l'accès au site de service public Onsexeprime destiné aux jeunes regorgeant d'informations toutes plus salaces les unes que les autres (« les réponses qu'on n'ose pas poser ») et promeut le sexe dès 13 ans ?

Autant de bonnes raisons de faire preuve de la plus élémentaire prudence quant aux bonnes intentions du gouvernement lorsqu'il s'agit de « protéger les mineurs »... Il doit bien y avoir un loup quelque part.

 

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Sabine de Villeroché
Journaliste à BV, ancienne avocate au barreau de Paris

Vos commentaires

64 commentaires

  1. Imaginons un algorithme qui furète dans les réseaux sociaux et détermine les inclinaisons politiques des 16/18 ans formellement identifiés : si la majorité penche à gauche, on baisse l’âge de voter à 16 ans pour les Présidentielles. Il y a une multitude de possibilités perverses. Imaginons qu’un groupuscule prennent le pouvoir et accèdent à ces données, comme les nazis avec l’indication de la religion sur les cartes d’identité française. Le pays de la Liberté devrait plutôt être derrière Elon Musk et son réseau X pour défendre la pluralité des idées dans un débat démocratique. On en est très loin avec cette loi qui devrait être considérée comme un crime contre l’humanité. Rien de moins. Vous rendez-vous compte du flicage! Il faut avoir des visées mégalomaniaques et être dangereusement inconséquent pour voter une telle loi.

  2. La critique du comportement de l’Etat à l’égard de nos jeunes est pertinente. Toutefois, s’agissant des ados de moins de 15 ans, l’impuissance des parents à contrôler les comportements et habitudes de leurs enfants est patente. Il faut donc bien que quelqu’un prenne le relais. Qui, à part l’Etat, le peut? Quelques pistes: à l’achat d’un portable ou d’une tablette, le parent devrait s’identifier et signer un document dans lequel il déclarerait ne pas destiner l’appareil à un mineur de moins de 15 ans. Cette pièce pourrait lui être opposée en cas de besoin, avec une peine administrative (pas d’intervention du juge) précisée dans le document: 1000€ d’amende et confiscation du produit. Les téléphones et tablettes trouvées sur un mineur de moins de 15 ans devraient être immédiatement confisqués ET DETRUITS. Les établissements scolaires jusqu’au collège devraient être équipés d’un brouilleur interdisant tout usage d’un portable ou d’une tablette; ces établissements ne devraient pas émettre en WiFi pendant les heures d’ouverture. On pourrait imaginer encore d’autres moyens d’action. Il n’est plus acceptable de répondre à toute proposition: « Ce n’est pas possible parce que ». L’immobilisme ne permet par définition aucune avancée.

  3. Pourquoi ne pas exercer un jour les mêmes interdits pour les moins de 16, puis de 18, puis de tout le monde sauf pour « l’élite » politique ? Naguère les bénéficiaires des choses interdites aux autres avaient un nom : la « nomemklatura ». On prend peur en y pensant.

  4. interdiction aux moins de 15 ans …. ça veut dire autorisation aux plus de 15 ans sous conditions de déballer tout sur vous ….. un pied dans la porte vers le contrôle social ….. c’est aux parents de s’occuper de ça ; mais bon , ça fait longtemps que l’état socialiste jacobin veut se substituer à la famille ….

  5. Vous avez la promotion de la transition de genre sur 99 % des sites institutionnels (oui, payez par vos impôts) Allez voir sur le site de votre ville de votre département, de votre région de votre communauté d’agglo. Attention, c’est souvent discrètement mis sous les sites qui ont pignon sur rue comme le planning familial. Cela s’adresse très clairement aux jeunes et aux étudiants. Potentiels victimes malléables. Vous avez un ou des sites qui font de l’entrisme pour promouvoir la transition de genre avec toutes les répercussions dramatiques, terrifiantes et irréversibles. Ce n’est JAMAIS le bonheur pour ces enfants ; c’est l’enfer qui les accueille.

    • Merci pour l’info, à vrai dire vu que je ne vais pas sur ces sites à part pour la déclaration d’impôts en mai juin, sinon sur ameli pas trop fait gaffe mais maintenant que vous le dites j’ouvrirai mieux les yeux
      C’est incroyable et scandaleux cela va sans dire

  6. C’est en effet aux PARENTS d’éduquer leurs enfants, mais quand on voit le niveau de certains (et ça continue de bai(s)ser, il y a doit quoi être inquiets.

  7. « Les réseaux sociaux » qui se développent grâce à l’internet sont de nouvelles sources d’information et d’expression qui atteignent le grand public. Comparativement aux livres, à la presse écrite, et aux médias radio ou télédiffusé ces moyens de communication sont considérés comme très insuffisamment contrôlés. Les gouvernants occidentaux vont tout faire pour aligner ces nouveaux médias sur ceux des pays autoritaires et totalitaires. En douceur et en toute « démocratie » bien sûr. « Le Meilleur des Mondes » se doit d’être hyper-surveillé. Il faut commencer par les jeunes. Ce n’est pas une nouveauté : toute l’histoire des civilisations démontre que le contrôle idéologique des populations est une constante des sociétés.

    • Effectivement, les « rézos sossios » sont une catastrophe, comme beaucoup
      d’inventions du monde de la tech qui ne pense qu’à faire du fric avec la mode
      des portables. De là à penser « contrôle idéologique », faut peut-être pas exagérer,
      on n’est pas en Chine ou en Corée du nord ! N’empêche que toute liberté doit
      être régulée, sinon c’est l’anarchie. La liberté totale, ça n’existe nulle part.

  8. Il y a le flicage possible mais aussi le chantage. On sait que Gédéon, le fils de Mr et Mme Durand va sur la toile ( on dit encore çà ?) pour ses infos qui ne sont pas comment résoudre un logarithme népérien , mais sachant quelles infos intéressent Gédéon, il me semble facile pour Ursule et Gontran de faire du chantage auprès du petit Gédéon genre on va le dire à tes parents, ou bien tout le bahut ( on dit encore çà?) va le savoir ! Les identités ça peut voyager…ou pas comme celle du criminel de Crépol mais c’est un autre sujet.

  9. Je ne suis pas concerné, ayant (beaucoup) plus que 16 ans…Pour autant, quand je vois comment nos données sont protégées, je n’ai aucune envie d’enregistrer ma carte d’identité (ni aucune données similaires) dans aucun site « protégé » par l’état. Ce sera, bientôt la meilleure façon de laisser usurper son identité.

  10. Insidieusement nous glissons lentement mais surement vers un régime dictatorial, tous partis confondus, il faut être sourd et aveugle pour ne pas s’ en rendre compte. Mais la génération des jeunes parents vit sur un nuage et fait preuve d’un laxisme impardonnable, en arrivée à se poser la question d ‘accepter ou non les enfants dans certains espaces publics, il y a un malaise , les bambins deviennent ingérables force est de le constater et là se sont bien les parents qui n’assument pas. D’un côté des politiques avides de pouvoir et de l’autre un peuple de plus en plus soumis et insouciant qui se laisse aller, en revanche râler, invectiver à tord et à travers devient le sport national. Il est à craindre que le grand changement attendu par beaucoup ne soit pas pour demain, malheureusement.

  11. Encore une fois, le RN confirme son orientation socialo-étatiste démagogique. Hier soir à « Face à l’info », M. Tanguy, député RN, n’était pas du tout convaincant, incapable de dire comment on pourra contrôler l’âge des utilisateurs des réseaux sociaux autrement que par un contrôle d’identité.

    • En tous cas plus jamais de vote pour le Renoncement National, déjà j’avais pas mal tiqué pour certains de leurs votes mais celui là fut de trop PLUS JAMAIS

  12. Et le RN se présente comme un parti d’opposition…??? C’est vraiment mal parti, dans l’hypothèse où il accéderait un jour au pouvoir! Il va y avoir des millions de déçus ! Et l’on a déjà un aperçu de leur mollesse (ce n’est malheureusement pas la 1ère fois) en votant pour une telle loi liberticide, encore une après le pass-sanitaire. Et que dire lorsque l’on voit le nombre de députés présents pour voter une telle loi ! Tant que nous resterons dans ce système, que nous continuerons à fonctionner de la sorte, il n’y a rien à attendre. Sortir de l’ue et redonner la parole, le pouvoir de décider au peuple (peut-être par le RIC) pourrait être une des solutions……

    • Je comprends la méfiance que vous proposez ici. Mais l’histoire nous a donné des gens estimés énergiques, et une fois au pouvoir, ils se transforment en mollusques et ne font rien de ce qu’ils avaient annoncé. Le contraire est valable aussi, dans l’opposition c’est risette avec tout le monde, et puis, un fois le pouvoir assuré, gare aux gens qui ont critiqué, saboté, dégradé, c’est limite case prison, au mieux éloignement, obligation de vraiment travailler etc.

  13. Humour : en Angleterre tout est autorisé sauf ce qui est interdit. En Allemagne tout est interdit sauf ce qui est autorisé. En France tout est autorisé même ce qui est interdit

    • On même eu le tout interdit même ce qui est autorisé, il y a 5 ans on avait interdiction d’aller faire des achats autorisés dans les grandes surfaces gente Leclerc et le fameux Castrex alors ministre avait finalement autorisé les sports d’hiver mais interdit les remonte-pentes ,comme expliqué dans nos médias autorisés (sic). Pour le vaccin covid il était interdit de se présente non vacciné, mais le vaccin n’était pas obligatoire,…bon je me coule un bon porto., c’est l’heure sans idée d’interdiction autorisée.

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