[Iran-États-Unis] La guerre du Golfe n’aura pas lieu : vraiment ?

Le piège peu à peu se refermera sur le régime des mollahs.
Capture d'écran X
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Les négociations menées à Mascate par les autorités omanaises vendredi 6 février entre les délégations américaine et iranienne devraient se poursuivre. Toutefois, à l’heure qu’il est, aucune date n’est encore fixée pour la reprise des pourparlers entre ces deux délégations.

Des négociations positives ?

Les négociations indirectes entre Américains et Iraniens ont eu lieu durant plusieurs jours au sujet, semble-t-il, exclusivement, du nucléaire iranien. Les deux délégations étaient respectivement conduites par Steve Witkoff, le promoteur immobilier milliardaire, négociateur particulier du président Trump, et par Abbas Araghchi, le ministre des Affaires étrangères iranien. Ces négociations étaient les premières entre Américains et Iraniens depuis la guerre des douze jours de juin dernier entre Israéliens, Américains et Iraniens. Les Israéliens ne participent pas aux discussions, mais en sont tenus informés par les Américains. Chacune des deux délégations se trouve dans un pavillon indépendant et ce sont les services diplomatiques omanais qui servent d’intermédiaires.

Sayyid Badr Al-Busaidi, ministre des Affaires étrangères d'Oman, qui sert d'entremetteur, est tout sauf un débutant : né en 1960, il a fait toute sa scolarité en Angleterre, notamment en 1986 à Oxford, où il obtient un master en politique, philosophie et économie, et a été conseiller particulier du sultan Qabus ibn Saïd. Son expérience et sa carrière passée aux Affaires étrangères omanaises, dont il devient le nouveau ministre en 2020 à l’avènement du nouveau sultan actuel Haïtham ben Tariq, font de lui le parfait intermédiaire entre les deux délégations qui ne se sont jamais physiquement rencontrées. Si Abbas Araghchi claironne sur la télévision d’État iranienne que « dans une atmosphère très positive, nos arguments ont été échangés et les points de vue de l'autre partie ont été partagés avec nous », du côté américain, les conséquences se soldent au contraire par de nouvelles sanctions économiques prises à l’encontre des intérêts iraniens visant à restreindre les exportations de pétrole iranien. S'il n’y a eu aucun accord à ce jour, on peut se demander si le temps utilisé, par l’une et l’autre des parties, ne l'a pas été pour se préparer à des hostilités de plus en plus perceptibles .

La méthode du « big stick »

Les Américains n’ont pas changé de méthode à l’égard des Iraniens. Ils continuent à exiger que ces derniers leur cèdent dans les trois domaines qui leur semblent primordiaux, respectivement, ceux  de l’enrichissement de l’uranium iranien à 3 %, de l’arrêt de la fabrication des missiles balistiques de portée de plus de 1.000 kilomètres et enfin l’arrêt des subventions aux organisations terroristes présentes au Moyen-Orient. Les Iraniens ont déjà clamé officiellement qu’ils étaient opposés aux deux derniers en expliquant par exemple qu’ils allaient disposer d’un missile pouvant « toucher Israël en dix à douze minutes ». Quant aux organisations « terroristes », la signification de ce mot pour les Iraniens ne concerne nullement les mouvements du Hezbollah du Liban ou les Houthis du Yémen, mais les « armées européennes », suite à la décision de l’Union européenne de classer les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste. Par ailleurs, Abbas Arragchi déclare lors d’un forum à Téhéran le 8 février que « l’Iran ne renoncera pas au nucléaire, même en cas de guerre ». Alors comment dans ces conditions les États-Unis pourraient-ils par de simples négociations indirectes tordre le bras à des négociateurs qui ne cessent de les défier ?

La force est le dernier argument des rois... et de Trump

« Ultima ratio regum » ! Pour le président Trump, comme pour le roi Louis XIV qui fit inscrire cette devise sur ses canons, la force reste le dernier argument après la diplomatie. Pendant que les négociateurs parleraient entre eux indirectement sous l’égide des diplomates omanais, les préparatifs guerriers s’intensifient tant sur les bases américaines que sur les mers avec le maintien depuis plus d’une semaine du groupe aéronaval américain. En outre, des discussions de coordination continuent à avoir lieu entre Américains et Israéliens concernant non seulement d’éventuels bombardements conjoints sur des objectifs prédéfinis mais aussi l’éventuelle préparation d’un changement de régime. En effet, depuis le pogrom du 7 octobre 2023, Israël cherche à se débarrasser indirectement des mollahs et de leurs séides, notamment à travers de frappes ciblées assénées aux milices chiites du Hezbollah, aux Houthis du Yémen ainsi qu’aux autres milices pro-iraniennes d’Irak. La menace principale pour Israël reste cependant cette volonté clairement exprimée et encore non démentie par le gouvernement iranien de détruire l’État hébreu, par le biais de ses futures capacités nucléaires militaires et balistiques.

Alors, en attendant que le « puzzle » des différentes capacités militaire américaines au Moyen-Orient soit définitivement assemblé, en vue de déclencher cette attaque décisive dont rêve le peuple iranien, les diplomates américains continueront à faire semblant de négocier et à faire croire à leurs adversaires que la guerre du Golfe n’aura pas lieu. La planification stratégique américaine reste globale et itérative en faisant participer les diplomates et les gens du renseignement sur le terrain comme à Langley (le siège de la CIA), au processus de préparation et  d’exécution des missions par des agents civils et militaires des États-Unis, renforcés par Israël le cas échéant, quand le moment aura été décidé. Ne nous y trompons pas, toutes ces négociations ne constituent qu’un théâtre d’ombres destiné à gagner du temps et à affaiblir l’adversaire en lui faisant douter de ses propres capacités à combattre.

 

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Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

37 commentaires

  1. Le pari des va-t-en-guerre d’une guerre inéluctable contre l’Iran est très hasardeux. Il ne faut surtout pas mésestimer la combattivité fanatisée des descendants des Perses.

  2. Trump a en tête le prix Nobel, en conséquence je ne pense pas qu’il y aille, il laissera Israël y aller à sa place et laissera tomber les iraniens, de toute manière il n’est pas fiable parce que seul son égo compte

  3. Encore un ancien officier reconverti qui parle de ce qu’il ne connaît pas. J’imagine les dégâts quand on a été en service . Pas étonnant que nous soyons dans la gadoue.

  4. Très bon article. N’oublions pas que les islamistes (chiites et sunnites) sont nos ennemis, qui ont tué des Français, au Liban et en tuent chez nous en France, où ils ont des alliés (l’extrême gauche). L’Iran actuel des mollahs massacre son peuple, est dangereux pour le monde car allié de nos ennemis communistes (Chine, Cuba, Venezuela, Corée du Nord), crypto-communistes (Russie de Poutine), islamiques (Algérie). Trump agit fermement et intelligemment, (mais oui !) et prudemment : il attend sans doute un coup d’état (armée contre mollahs ?)

  5. Il faut montrer les muscles et des fois mettre une fessée pour rapeller à certains pays que se sont des enfants! Que les américains s’amusent et que la France en fasse de même avec l’Algérie, ça leur ferait du bien.

  6. Je crois que le Mossad va devoir s’occuper de Khamenei tour seul!
    La seule différence entre Macron et de Trump étant celle d’un petit marchand de tapis et d’un grand marchand de tapis, mais j’espère me tromper pour Trump et pour l’Iran.
    Macron le faillitaire heureux, s’occupe de placement de copains et de copines indigents pour la France, sur des tapis voleurs!

    • Sur la chaine Israelienne I24, un ancien agent du Mossad expliquait il y a quelques jours que les Israeliens et les Américains savent parfaitement ou se planque ce vieux serpent de Khamenei. De plus, ces derniers jours des incendies « accidentels » très importants se sont produits à différents endroits sensibles de Téhéran, mais pas que. Il s’agit de montrer au régime que l’on peut le frapper où l’on veut quand on le veut.
      La réalité c’est que la guerre a déjà commencé. Pour l’instant Israéliens et Américains jettent la peur et la confusion au sein du haut commandement Iranien. Un personnage comme Khamenei est, comme tous les tyrans, totalement paranoïaque. Américains et Israéliens manipulent les hauts cadres du régime pour qu’ils se tirent dans les pattes les uns les autres.

  7. L’Iran des mollahs veut la destruction d’Israël. C’est tant qu’il n’a pas « la bombe » qu’il peut être réduit. L’occident (en clair l’Amérique) pourra toujours pulvériser l’Iran mais Israël sera mort entre-temps et les nuages radioactifs ne s’arrêteront pas à nos frontières cette fois… Or, usant de l’arme bien connue de la taqiya, l’Iran gagne du temps.

  8. Absolument pas convaincu par cet article, je ne vois pas comment il est possible de convaincre diplomatiquement des gens aussi arquebouté que les mollahs.

    • vous avez mal lu. L’article ne dit à aucun moment que les Américains cherchent à convaincre les mollahs d’abandonner leur politique terroriste. L’article dit simplement que la diplomatie est un théatre d’ombres. Les Iraniens pensent qu’ils sont en train de rouler les Américains dans la farine. Or ces derniers font semblant d’être dupés par ces fanatiques.
      Ainsi que l’a dit J.D Vance il y a peu, il est hors de question de laisser un régime capable de massacrer 35 000 personnes en deux jours, et probablement plus, avoir la bombe. Et ce pour une raison toute simple. Ces dingues commenceront par rayer Israel de la carte, puis rayeront New York, Londres, Paris, etc.
      Nous sommes en présence d’une idéologie nazislmiste. Seule la force saura les « convaincre ».

  9. Pour information ayant vécu 10 ans dans la région.
    Napoléon a signé un traité d’aide militaire avec le sultanat d’oman en cas d’agression, traité toujours en vigueur.

    Selon la partie où l’on se place .
    Le golfe est soit: le golfe persique pour l’un et le golfe arabique pour les autres …il faut bien ménager les susceptibilités locales .
    Les cartes selon les éditions reflète la couleur politique.
    Les îles Tombs , 3 îlots au large de Dubaï piqué par le shah d’Iran vers 1970 lors de l’indépendance des Émirats arabes Unis, est toujours revendiqué par les Émirats via la cour internationale de La Haye a l’Iran . Les abords sont riches en pétrole…

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