Iran-USA : vers une nouvelle guerre du Golfe, bluff ou réalité ?

« L’immense armada » américaine peut frapper en fonction des options choisies par le commander in chief.
Capture d'écran X
Capture d'écran X

« L’Iran doit se résoudre à des concessions majeures », a déclaré, dimanche, le ministre des Affaires étrangères français, Jean-Noël Barrot. De quoi s’agit-il ?

Négocier avec un pistolet sur la tempe

« L’immense armada » américaine présente depuis une petite semaine au large de l’Iran semble démontrer la résolution américaine de terminer la guerre des douze jours1 en forçant les mollahs à renoncer définitivement à toute recherche nucléaire militaire2, à cesser la fabrication de missiles balistiques et, enfin, à ne plus entretenir de milices à l’extérieur de leurs frontières. Ces trois conditions fixées par Donald Trump font l’objet de négociations entre Américains et Iraniens, alors que se déploie dans le golfe Arabo-Persique un groupe aéronaval venant augmenter les capacités de frappes aériennes des États-Unis dans la région. Une date butoir, non communiquée aux médias, aurait même été fixée par les Américains aux Iraniens.

Les représentants du gouvernement iranien affirment depuis quelques jours qu’ils accepteraient de négocier, mais que l’armée iranienne défendrait son territoire en cas d’attaque militaire par les forces armées américaines. Les « concessions majeures » dont parle Jean-Noël Barrot concernent bien sûr les trois conditions déjà fixées par l’administration Trump, mais aussi, et sans doute, la reconnaissance de l’État d’Israël. À la suite de la chute du régime, l’Iran et Israël « pourraient redevenir partenaires », selon le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. Ces négociations ont actuellement lieu à Mascate en Oman et pourraient se poursuivre en Turquie sous l’égide du président Erdoğan.

Et la population iranienne ?

Depuis le 28 décembre dernier, la population iranienne s’est révoltée contre le régime des mollahs pour des raisons à la fois économiques mais aussi, et surtout, politiques. Des milliers de victimes sont à déplorer, probablement plus de trente mille. La population est aujourd’hui restée terrée chez elle et semble neutralisée par la répression des Gardiens de la révolution. Même si plusieurs explosions ont été perçues, samedi, à Bandar-Abbas et dans plusieurs autres villes du territoire iranien, ces incidents n’ont à l’heure actuelle été revendiqués par aucun groupe dissident ou résistant. Peut-être ont-ils été réalisés par des membres de services secrets israéliens ou américains, en fonction d’un objectif visant à rendre la situation confuse pour le gouvernement iranien et ses services de sécurité ? En tout cas, leur résultat immédiat a permis de mettre en état d’alerte maximal les armées iraniennes. Les quatre-vingt-dix millions d’Iraniens vont devoir sans doute mettre à profit une éventuelle attaque américaine pour enfin se libérer du régime des mollahs.

Une « immense armada », pour quoi faire ?

« L’immense armada » américaine est impressionnante par ses capacités techniques et tactiques : jusqu'à 200 aéronefs ! Uni aux moyens déjà déployés sur les bases américaines du Moyen-Orient, ce groupe aéronaval peut mettre en œuvre des frappes ciblées sur des objectifs prédéfinis en fonction des options choisies par le commander in chief et présentées non pas seulement par des militaires mais aussi par des diplomates et des chefs des différents services de renseignement. Il n’y a pas de moyens terrestres en nombre suffisant pour envahir l’Iran ou mettre ce qu’on a pris l’habitude d’appeler des « boots on the ground » (« des bottes sur le terrain »). Ces moyens étaient liés à une doctrine post-Seconde Guerre mondiale appelée par les Américains eux-mêmes l’ « Airland Battle », c’est-à-dire « doctrine du combat aéroterrestre », conçue et expérimentée lors de la période de la guerre froide et mise en œuvre, notamment, lors de la première guerre du Golfe visant à libérer le Koweït occupé par l’armée irakienne. Cette doctrine réclamait des moyens importants, coûteux et imposant de très longs délais de mise en place.

Depuis le 11 septembre 2001, les Américains ont développé une autre doctrine multi-agences et basée sur les effets stratégiques à obtenir. Cette doctrine sera certainement utilisée en cas de déclenchement d’une opération américaine dans le Golfe, avec ou sans alliés, notamment israéliens, et ce, en fonction des résultats de la diplomatie. Ce seront les services de renseignement qui guideront ces opérations aéronavales avec de possibles incursions de commandos les plus courtes possibles.

Des Européens spectateurs non engagés

La nouvelle « guerre du Golfe » pourrait être, ainsi, soit un bluff visant simplement à intimider les Iraniens pour qu'ils se soumettent aux conditions énoncées plus haut, soit une réalité opérationnelle, mais sans présence durable de troupes sur le sol iranien. Objectif : « tordre le bras » du gouvernement iranien, voire le remplacer si des résistants iraniens armés et soutenus par les services de renseignement américains et israéliens s’en chargeaient. Mais cela étant dit, comme le disait souvent Napoléon, « la guerre est un art simple et tout d’exécution ». Aujourd’hui, les missiles et les munitions américains de toutes sortes continuent à être acheminés sur ce possible théâtre d’opérations. De leur côté, les Européens, dont les Français, après avoir mis au ban les Gardiens de la révolution, inscrits sur la liste des organisations terroristes, se contentent d’une attitude passive de spectateurs de cette crise non souhaitée. Ils auraient pu, bien sûr, arrêter toute relation diplomatique avec l’Iran, mais n‘en demandons pas trop, au moins pour l’instant...

 

1 La guerre des 12 jours, du 13 au 25 juin 2025, a opposé Israël et l’Iran.

2 Notamment à retrouver et à céder les 400 kg d’uranium enrichi à 60 % qui permettraient de fabriquer 9 bombes nucléaires kilotonniques.

Picture of Vincent Arbarétier
Vincent Arbarétier
Ancien officier, docteur en sciences politiques, expert géopolitique et militaire

Vos commentaires

59 commentaires

  1. TRUMP ets sans doute un rêveur qui croit que tout n’est qu’argent. Cet homme qui croyait régler le problème de la guerre en Ukraine en une semaine, acheter le Groenland pour le dollar symbolique (ou par force !), inclure le Canada dans le gyron US, etc. ne fera sans doute rien en Iran pour la simple raison qu’il a mesuré les conséquences d’une probable guerre régionale qui n’en finira pas, et qu’il n’en tirera aucun bénéfice financier pour lui et son pays. Seul argument majeur qui le pousserait à agir : emm… les Chinois en les privant de tous approvisionnements en pétrole. Après avoir bloqué le Vénézuéla, menacé Cuba et les pays du nord de l’Amérique, attendons de voir. Le pire, ce sont les dizaines de milliers de morts iraniens qui ont cru, un instant, qu’ils pouvaient compter sur l’Amérique. Espérons qu’ils s’en sortiront tout seul et que leur combat ne sera pas vain. « Aide-toi, et le ciel t’aidera », voilà ce qu’il leur reste. Notons qu’Israël a aussi son mot à dire car il sera le 1er Etat à subir la colère des Mollahs. Il lui pappartient, pour sa survie, de faire en sorte que l’Iran n’ait jamais la bombe atomique. Le scandale est que l’UE reste un continent totalement amorphe face à ce désastre humain. Où est cette gauche si prompte à défendre les droits de de l’homme. L’infiltration des islamistes en son sein la rend totalement dépendante de leurs idées. C’est tout simplement dramatique pour ces libanais qui ne demandent qu’à vivre libres. Je fais là un discours politique de bistrot du commerce, mais que pouvons-nous faire à notre « petit » niveau ce citoyen lorsque les « grands dirigeants » ne font rien.

  2. Si Trump était le crétin sans réflexion géopolitique que nos média présentent il aurait déjà bombardé l’Iran. On imagine l’immense difficulté que représente une neutralisation simultanée de tous les sites iraniens capables de répliquer à une attaque américaine. Ce pays trois fois plus étendu que la France a par ailleurs une capacité terroriste mondiale. Son régime n’est retenu par aucune considération morale ou humaniste. Par conséquent il ne faut pas rater son coup. De toute évidence Trump gagne du temps pour masser un maximum de moyens militaires, évaluer les appuis intérieurs, échanger avec le Mossad qui est le mieux infiltré, localiser les dirigeants à supprimer, tenter de comprendre les réactions prévisibles de l’armée Iranienne et des pays alentours, comprendre comment éviter les pertes civiles…etc. Bref je pense qu’il anticipe que les discussions ne donneront rien et que la guerre est inéluctable ,sauf miracle, mais s’il déclenche une attaque elle doit être par surprise, multiforme et foudroyante. On comprend qu’il hésite.

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois