Jeanne d’Arc moquée par un site gouvernemental : un défenseur à son secours
« 1431 : condamnation de Jeanne d'Arc. [Elle] n'aurait pas fini sur le bûcher si elle avait utilisé un pare-feu » : cette campagne publicitaire diffusée depuis octobre 2025 sur le site gouvernemental Cybermalveillance.gouv par le Groupement d’intérêt public ACYMA pour sensibiliser les internautes aux « enjeux de la cybersécurité » dans le cadre du « Cybermois » a profondément choqué Thierry Aoustet, 61 ans. Avec panache, il a saisi le Jury de déontologie publicitaire, mais malheureusement sans succès. Seul le directeur général de Cybermalveillance lui a, en revanche, présenté des excuses personnelles.
Nos autorités publiques ont un devoir de neutralité et un devoir de respect
L'angle choisi par la campagne « Cybermois » était donc l'Histoire de France revisitée par une série de visuels mettant humoristiquement en scène des personnages, parmi lesquels la reine Marie-Antoinette ( « [qui] n'aurait jamais fini sur la paille si elle avait raccroché au nez du faux conseiller bancaire ») ou l'empereur Napoléon « [qui] aurait gagné Waterloo s'il n'avait pas activé sa géoloc' sur les réseaux sociaux ». Un humour décalé qui ne passe pas, pour Thierry Aoustet, fervent admirateur de Jeanne d'Arc, outré que l'on puisse ainsi moquer le martyr de l'héroïne nationale. « L'objectif de sensibilisation, aussi louable soit-il, n’autorise pas l’instrumentalisation de toutes les souffrances historiques », explique-t-il à BV.
C'est donc armé de son seul courage et de sa détermination que notre plaignant a rédigé une plaidoirie et s'est exprimé « en visio » devant le Jury de déontologie publicitaire (JDP). « Cette affaire dépasse de très loin la question d’un simple slogan ; la question posée par l’affaire "Cybermois" n’est pas celle de la liberté créative. Elle est celle de la responsabilité symbolique de l’État lorsqu’il parle au nom de tous », plaide Thierry Aoustet, qui souligne que la plate-forme Cybermalveillance.gouv est celle de l'État français « qui ne peut pas faire ça à Jeanne ; nos autorités publiques ont un devoir de neutralité et un devoir de respect vis-à-vis de nos figures historiques et surtout de Jeanne qui est une martyre de la France ». Il poursuit : « Contrairement aux autres personnages historiques comme Vercingétorix ou Napoléon, Jeanne d'arc n'est pas qu'une figure historique ; elle est reconnue par l’État et inscrite dans le récit républicain depuis que sa fête nationale a été instituée le 10 juillet 1920. Elle est donc simultanément héroïne nationale et figure spirituelle. Dans la conscience collective, Jeanne d’Arc est indissociable de son procès, de son supplice et de sa mort violente. Évoquer le bûcher n’est jamais neutre, c’est convoquer un traumatisme historique réel, non une abstraction. »
Des avis du Jury de déontologie publicitaire à géométrie variable ?
Autant d'arguments qui n'ont pas convaincu le Jury de déontologie publicitaire (présidé par une certaine Françoise Tomé, conseillère d'État et, accessoirement, ancienne conseillère justice de François Hollande), pour qui le message de « Cybermois » « est - au contraire - acceptable dans la mesure où le ton décalé du message n'est pas constitutif d'un dénigrement mais se veut humoristique ».
Cet organisme professionnel d'intérêt général fort peu connu du grand public étant chargé de faire respecter les règles déontologiques de la publicité peut être saisi gratuitement par tout particulier, association ou entreprise s'estimant choqué par un contenu publicitaire. Depuis sa création en 2008, il été saisi plus de 1.000 fois et a émis des avis à bon ou mauvais escient qui comptent pour la réputation des entreprises épinglées sans toutefois prononcer de véritables sanctions. Qu'on en juge : en 2016, saisi par l'association Juristes pour l'enfance et cinq particuliers, le JDP estimait conforme aux règles déontologiques de la profession la campagne publicitaire apposée sur des Abribus™ « Sexe entre hommes : trouvez votre mode de protection sur sexsafe.fr; Coup de foudre/coup d’essai/coup d’un soir. » Dix ans plus tard, au mois de décembre 2025, le même organisme a en revanche considéré comme « ouvertement discriminante et homophobe [...], sonnant comme une mise en garde contre l’homosexualité », la publicité de la société Beurre&Crème affichant le slogan « Non, boire du Matcha et du Ube ne vous rend pas gay ». Quelques jours plus tôt, le même JDP estimait le slogan « Ton père décide de couper le wifi le soir mais t’as un forfait NRJ Mobile, maintenant, il ne te reste plus qu’à faire en sorte qu’il ne s’en rende pas compte », diffusé par NRJ Mobile, contraire aux principes de responsabilité sociale et de respect de l’autorité parentale.
Qui ne tente rien n'a rien
Mécontent de l'avis rendu par le JDP concernant son affaire Jeanne, Thierry Aoustet a donc, conformément au règlement, saisi l'instance d'appel, le Réviseur de la déontologie, sans plus de succès. Seul le directeur général du site Cybermalveillance.gouv, Jérôme Nottin, s'est fendu d'un mail d'excuses adressé personnellement au plaignant, lui exprimant ses « remerciements pour ce message qui constitue un retour précieux et permet d'améliorer de façon continue l'ensemble de nos productions en nous attachant à les rendre aussi créatives que respectueuses pour l'ensemble de nos public ».
Morale de l'histoire : qui ne tente rien n'a rien et gloire à ces citoyens qui ne disent pas amen à tout comme Thierry Aoustet. En contactant BV, notre plaideur espère bien donner un large écho à son combat. « Au-delà de Jeanne d'Arc, je souhaite protéger des gens comme Samuel Paty ou Dominique Bernard, qui sont eux aussi des martyrs, afin que jamais leur histoire ne soit utilisée pour faire des publicités orchestrées par l'État », tient-il à conclure.
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59 commentaires
Le problème de ce genre de publicité est que la plupart de la jeune génération ne comprendra pas l’humour sur ces personnages emblématiques de l’Histoire de France mais au contraire prendront tout au premier degré et n’auront plus aucun respect (s’il en avait eu un ou avait connu l’histoire des ces personnages) et s’autoriseront la moquerie et l’irrespect de ces personnes si importantes pour notre Histoire!!!!
Merci Monsieur Aoustet.
Ce JDP inconnu de tous ,sauf d’initiés, que j’imagine » logés » à bonne enseigne..doit être celui qui avec l’Arcom ,nous vaut l’omniprésence publicitaire de couples mixtes ou de même sexe ,y compris dans des contextes improbables, ,afin,j’imagine ,d’habituer le bon peuple à l’idée d’une France »créolisée »chère à la gauche progressiste.On ne sait plus apprendre le français aux enfants , mais on sait leur apprend à penser à gauche.
Je tiens à vous remercier toutes et tous pour vos commentaires qui me touchent profondément.
J’ai demandé une intervention sur un média télévisuel car je considère que la décision du JDP et du Réviseur pose une question éthique et déontologique.
Plusieurs points sont d’ailleurs laissés pour compte.
J’attends une réponse à ma demande légitime.
Je ne laisserai pas Jeanne subir un nouveau procès inique. Je me sens redevable de son sacrifice suprême.
Encore merci au média Boulevard Voltaire.
Merci à vous toutes et tous.
Thierry AOUSTET
Très belle article et bravo
Comme il à raison Mr Thierry Aoustet d’avoir été choqué et nous aussi par la haine sur Jeanne D’Arc brulé vive sur un buché à Rouen elle avait 19 ans.
Brûlée vive à 19 ans…déjà ce fait, ça me révulse et d’autres trouvent ça marrant…
Ce groupement d’intérêt public ACYMA a été créé à l’initiative de Monsieur M. Valls , sur le site impossible d’avoir le nom et le rôle de chaque membre . Une opacité inquiétante mais habituelle avec ces machins censés protéger les citoyens , mais utilisés pour influencer voire contrôler des sujets sociétaux sensibles .
Heureux pour eux qu’il y ait des pare-feux pour protéger les imbéciles…
bonjour ; si ste Jeanne d’Arc est morte à Rouen ; brûlée VIVE , c’est parcequ’elle a subi la haine de l’Anglais servie par la forfaiture d’un évêque Français , Pierre Cauchon
un pare-feu était impuissant dans ce cas précis ; je me permets d’ajouter » vous jouer avec le feu » monsieur
Il est financé comment ce fameux (mais méconnu) Jury de déontologie publicitaire? et créé par qui?
Niveau 5e au collège? Quel goût, vraiment miteux, et infantilisant.
Souiller la mémoire de la Princesse Jehanne….la publicité commerciale est la pire des choses… avec l’orientation partisane des médias-menteurs.
« La légende écrase l’Histoire » et lui survit, avait écrit Maxime Ducamp. Et c’est particulièrement vrai pour la princesse Jehanne dite d’Arc.
Au moment où le Président du RN Jordan Bardella tient la main d’une princesse, -un candidat Président de la République et une princesse de l’ancien régime, ensemble pour reconstruire la France d’après macron- , il faut rappeler le rôle de Jehanne.
Jehanne -d’Orléans, par son père le duc Louis- a combattu les anglois pour faire libérer son demi-frère Charles d’Orléans prisonnier à Douvres, depuis Azincourt, et pour lui restituer le duché d’Orléans qu’elle a contribué à libérer par les armes.
L’histoire ne se répète jamais, mais elle peut se réécrire… avec d’autres acteurs.
Bravo!
Quand les annonceurs publicitaires sont le produit d’une école qui n’enseigne plus grand chose à part le woke.
Quand les « hautes » instance chargées de trancher sont tout aussi incultes et en collusion avec le pouvoir, on n’a pas grand chose d’autre à attendre