K. Starmer veut revenir sur le Brexit : la « clause Farage » fait polémique à Londres 

Plus impopulaire que jamais, Keir Starmer veut se rapprocher de Bruxelles en contournant les dispositions du Brexit.
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Plus Keir Starmer est impopulaire (sa cote d’impopularité a atteint 76 %), plus le Premier ministre britannique semble enclin à donner dans la provocation. La dernière polémique en date, surnommée « clause Farage », résulte de négociations avec l’Union européenne.

La « clause Farage »

N’ayant jamais caché son opposition radicale au Brexit, le chef du gouvernement travailliste, une fois au pouvoir, a entrepris des discussions avec Ursula von der Leyen afin de rétablir des accords de coopération économique entre Londres et Bruxelles, revenant ainsi insidieusement sur une reprise de souveraineté pourtant décidée par les Britanniques par référendum. Intéressée par la perspective de rétablir des échanges économiques avec le Royaume-Uni, Ursula von der Leyen sait cependant que le gouvernement Starmer a de fortes chances de perdre le pouvoir, lors des prochaines élections générales de 2029. Le souverainiste Nigel Farage, devenu la bête noire de Keir Starmer car il est favori pour prendre sa suite, a clairement fait savoir qu’il casserait ces accords en cas de victoire. « Je les briserai », a déclaré le chef de Reform UK. Bruxelles a donc demandé que des garanties soient fournies par Londres afin de prévenir l’avènement d’un tel scénario électoral, qualifiant ces garanties de « clause Farage ».

L’accord négocié entre Londres et Bruxelles porterait sur la défense, sur le programme estudiantin Erasmus+, mais aussi sur les quotas de pêche, le marché de l’électricité et sur la réglementation sanitaire et phytosanitaire concernant les produits alimentaires et agricoles. Il renforcerait une relation commerciale que le Brexit n’avait cependant pas fait disparaître, loin de là. « En 2024 », rappelle ainsi la revue Forbes, « 41 % des exportations britanniques de biens et de services étaient destinées à l’UE, tandis que 51 % des importations du Royaume-Uni provenaient du Vieux Continent », faisant de l’Union européenne « le principal partenaire commercial du pays de Keir Starmer ».

Un rapprochement avec Bruxelles

En mai 2025, Keir Starmer avait justifié son projet, estimant qu’il « est dans notre intérêt national d'aller plus loin » dans un rapprochement avec Bruxelles, et que cela devait passer par un « alignement plus étroit avec le marché unique ».

L’accord suppose de revenir, au moins partiellement, sur certaines dispositions du Brexit. Concernant les produits alimentaires et agricoles, le Royaume-Uni se réalignerait sur les normes de l’UE, accepterait de se plier à un mécanisme d’arbitrage soumis au droit européen et reconnaîtrait l’autorité de la Cour de justice de l'Union européenne. Mais Keir Starmer et ses soutiens se gardent évidemment d’insister sur ce qui fâche, se contentant de mettre en avant le gain économique espéré de l’opération.

En fait, comme lors de la campagne sur le référendum, les anti-brexiteurs cherchent à imposer l’idée que les souverainistes veulent rompre toute relation commerciale avec le continent, alors que l’objectif consiste à permettre au Royaume-Uni de retrouver ou de conserver la maîtrise de ses choix stratégiques, notamment économiques.

Lourdes indemnités de sortie

Comme le rapporte le Financial Times, un tel accord suppose non seulement plusieurs retours en arrière par rapport aux dispositions du Brexit, mais aussi de lourdes indemnités en cas de sortie de l’accord dans l’avenir (clause Farage).

Deux dispositions considérées comme totalement inacceptables par le chef de file de Reform UK. « Si Starmer signe ça, c’est un outrage démocratique », a commenté Nigel Farage, faisant allusion au choix du Brexit par référendum. Sans faire explicitement allusion à la victoire du « non » français au référendum sur la Constitution européenne en 2005, il a néanmoins accusé Keir Starmer de « faire de son mieux pour abandonner notre souveraineté parlementaire, pour abandonner nos droits en tant qu’électeurs ». Pour lui, « aucun Parlement ne peut lier son successeur », et il a donc averti qu’en cas de victoire, les souverainistes de Reform UK « n’honoreront aucune clause » de l’accord. Et si Keir Starmer pensait sans doute affaiblir Nigel Farage en l’isolant dans son opposition radicale, les Tories (conservateurs) lui ont immédiatement apporté un cinglant démenti. Leur dirigeante Kemi Badenoch prévoit, elle aussi, de revenir sur ce « terrible accord », insistant sur le fait qu’il serait inacceptable de remettre le pays à la merci des décisions de la Cour de justice de l'Union européenne.

« J'ai été élu en 2024 avec un mandat de cinq ans pour changer le pays, et c'est ce que j'ai l'intention de faire », avait prévenu Keir Starmer, il y a quelques mois, sur les ondes de la BBC. Une façon de dire qu’il ne fléchirait pas. Reste à savoir si sa majorité continuera à le suivre sur ce projet, alors qu’il est de plus en plus contesté en interne et que de nombreux élus travaillistes envisagent même de le remplacer avant la fin de son mandat.

Vos commentaires

47 commentaires

  1. Starmer a été élu parce que son prédécesseur conservateur, Richi Sunak, était politicien comme je suis saucier du Pape. En quelques mois il s’est montré pire et les Anglais sont effarés, croyez-le bien. Grâce à ces deux-là, Farage grimpe à fond, prenant des voix à tous les partis.

  2. Starmer semble oublier que ce sont les Britanniques eux-mêmes qui ont voulu sortir de l’UE. Les Anglais ont su conserver ainsi leur souveraineté pratiquement intacte. Si seulement en France nous avions le courage lucide de leur emboîter le pas ! Nos « Farage » français existent. Ceux qui osent déjà parler d’un éventuel « Frexit » sont en petit nombre pour l’instant. Mais ils sont de qualité et—qui sait ?…finiront-ils par être entendus ?

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