La basilique perdue de Vitruve retrouvée après cinq siècles de recherches

Le ministre de la Culture italien a comparé cette découverte à celle de la tombe de Toutankhamon.
Capture d'écran
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Sous les pavés italiens de la Piazza Andrea Costa à Fano, petite ville de la région des Marches, les vestiges d’un ancien édifice romain ont été mis au jour. Ce bâtiment identifié comme une basilique n’a rien d’ordinaire car il s’agit de celle de Marcus Vitruvius Pollio, mieux connu sous le simple nom de Vitruve, grand auteur du De architectura, le traité fondateur de la pensée architecturale occidentale. Cette découverte tant espérée depuis plus de cinq siècles a été comparée par le ministre de la Culture italien, Alessandro Giuli, à celle de la tombe de Toutankhamon, signe de l’importance exceptionnelle de cette trouvaille pour l’histoire de l’Occident.

Un monument longtemps oublié

La basilique, édifiée à Fanum Fortunae, l’ancien nom de Fano, avait été abondamment décrite par Vitruve comme l’unique bâtiment dont il revendiquait la conception et la supervision. Malheureusement, au fil des siècles, l’emplacement exact de ce monument s’est perdu dans la mémoire collective, alimentant les débats et la création d’hypothèses parmi les érudits et les archéologues. Dès la Renaissance, les humanistes, redécouvrant le De architectura, tentèrent de localiser la basilique de Vitruve sans jamais y parvenir. Pendant près de cinq cents ans, la basilique de Vitruve est ainsi demeurée un monument fantôme.

Les fouilles entreprises en 2022 dans le cadre du réaménagement de la place centrale de Fano ont permis d’identifier, en ce mois de janvier 2026, de manière certaine des fondations et des structures correspondant à celles décrites dans les écrits de Vitruve. Les archéologues ont notamment mis au jour des murs monumentaux, des bases de colonnes et des éléments architecturaux qui confirment l’existence d’une basilique à plan rectangulaire, organisée selon un axe rigoureux et pensée pour impressionner par son équilibre et sa monumentalité.

Cependant, cela serait une erreur de confondre cette basilique romaine avec nos basiliques chrétiennes. En effet, les premières communautés chrétiennes reprendront la désignation de ce type de bâtiment pour leurs édifices religieux. Avant cela, il s’agissait simplement d’un espace public où pouvaient se dérouler des affaires juridiques, des échanges commerciaux ou encore des débats politiques.

Vitruve, le père de l’architecture

Marcus Vitruvius Pollio, ayant vécu au Ier siècle av. J.-C., est considéré par beaucoup comme le père de l’architecture. Son De architectura est le seul traité complet d’architecture antique ayant survécu jusqu’à nous. Il y a développé des principes d’harmonie, de proportion et de fonctionnalité qui ont servi de référence pendant des siècles et ont profondément influencé l’architecture de la Renaissance. Né probablement vers 80 av. J.-C., Vitruve servit essentiellement sous l’empereur Auguste, période durant laquelle Rome connut une vaste politique de construction et d’embellissement urbain. C’est dans ce contexte qu’il rédigea son traité, composé de dix livres, qu’il dédia à Auguste afin de transmettre son savoir pour guider les bâtisseurs de l’empire. Vitruve y définit par exemple les trois principes fondamentaux de l’architecture : firmitas (la solidité), utilitas (l’utilité) et venustas (la beauté) ; des notions qui deviendront des piliers de la théorie architecturale occidentale. Pour Vitruve, l’architecture doit aussi reposer sur une connaissance approfondie des sciences, de la géométrie, de la médecine et même de la philosophie, faisant de l’architecte un savant autant qu’un praticien.

Après sa disparition, quelques années avant la naissance du Christ, les idées de Vitruve ont nourri la pensée de générations entières d’artistes et d’architectes européens, et en particulier celle des maîtres de la Renaissance. L’un des symboles les plus célèbres de cette influence est sans doute l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci. Ce dessin, réalisé vers 1490, illustre les proportions idéales du corps humain selon les préceptes du maître romain, incarnant l’union du nombre, de la géométrie et de la nature. À travers cette figure inscrite dans un cercle et un carré, Léonard traduit ainsi visuellement la pensée de Vitruve selon laquelle l’homme est la mesure de toute chose. Cette conception fait ainsi de Vitruve un lien direct entre les merveilles de la Rome antique et les prouesses de la Renaissance.

Pendant des siècles, la basilique de Fano, bien que précisément décrite, demeurait jusqu’alors un édifice connu par le texte plus que par la matière. Sa redécouverte donne ainsi une réalité concrète à l’héritage de Vitruve. Selon le ministre de la Culture italien, la mise au jour de la basilique marque une rupture dans l’histoire de la recherche archéologique : « Aujourd'hui, à Fano, on a découvert une pièce fondamentale de la mosaïque qui préserve l'identité la plus profonde de notre pays », « C’est quelque chose dont nos petits-enfants parleront », « L'histoire de l'archéologie et de la recherche se divise désormais entre l'avant et l'après découverte ».

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

24 commentaires

  1.  » L’homme est la mesure de toute chose », belle maxime, synthèse de la pensée gréco-romaine. Mais aussi à la base de l’hérésie de Pélage (l’homme peut assurer son salut par lui même en pratiquant les vertus) et de l’individualisme matérialiste moderne…

  2. Je ne peux rester sans réagir devant l’affirmation de M. José Bovo qui accuse le christianisme d’avoir étouffé, pendant 1000 ans, l’esprit des européens sur tous les plans ! Que faites-vous des cathédrales qui ont fleuri sur tout le continent, l’embellissant de ses merveilles ? Cathédrales qui témoignent, tout ensemble de l’ingéniosité humaine, de ses capacités techniques et artistiques ! Quel aveuglement et quelle ingratitude.

  3. Marcher sur une voie romaine au milieu des champs où figurent sur les dalles les traces des chars qui y passaient c’est assez émouvant, malheureusement on ne prend pas assez soin de conserver ces vestiges qui peuvent disparaitre sans que cela inquiète quelqu’un. C’est comme dans un autre ordre d’idée de voir dans ses champs des tonnes de pierres taillées et de trouver des flèches, des pendentifs, des grattoirs etc ça n’intéresse personne, sauf l’instit du village qui montrent ça à ses gamins et qui en profite pour leur parler un peu de la préhistoire et du village, chez moi il y a encore une classe unique avec des sections, ça n’a pas empêcher à ma fille de faire une grand école.

  4. Très intéressant. Notre civilisation ne laissera rien. Du verre et de la poussière des corps incinérés.

  5. Et entre l’existence de Vitruve et la renaissance sont advenus plus de 1000 ans d’obscurantisme et de stagnation (scientifique, technique, artistique et intellectuelle) dus à la mainmise du christianisme sur l’Europe… Un véritable étouffoir pour l’esprit…

    • Si un bobo savait compter, il saurait qu’il s’est passé 1500 ans entre Vitruve et la Renaissance. Car je suppose que notre bobo n’a jamais entendu parler de la Renaissance carolingienne et de la Renaissance du XIIe siècle, qui restent confinées au cénacle des spécialistes ?

    • Et les 1400 ans d’obscurantisme de l’islam on en parle ?
      Que vous soyez athée ou ce que vous voulez, grand bien vous fasse mais vos remarques déplaisantes sur l’église catholique comment à être pénibles pour ne dire que ça
      je ne dis pas que tout fut « rose » loin s’en faut mais laissez notre religion en paix

  6. Si ce pays , a cause du double jeu de Meloni , devient une republique islamique , cette decouverte ne servira de rien ….

  7. très belle découverte majeure, mais comment un édifice aussi important a-t-il pu disparaître ? Sait-on ce qui s’est passé ? Peut-être pourriez-vous continuer cet article ?

      • Prenez le temps de réfléchir avant de répéter les bêtises des autres. En effet, le temps n’arrangera jamais rien pour vous aider, mais ne vous nuira jamais non plus. Le temps n’a AUCUNE influence. Ce n’est pas un acteur dans cet univers: il ne tient aucun rôle! Il n’existe pas. Ce n’est qu’une simple mesure mathématique abstraite comme la largeur, le diamètre ou la température.

    • En l’an 380, l’empereur Théodose 1er, par l’édit de Thessalonique, imposa le christianisme comme religion d’Etat. Corrolaire : destruction obligatoire, sous peine de mort, de tout souvenir de la Rome antique. Certains résistèrent, enfouissant les restes de statues mutilées dans des îlots déserts, tels Milo pour la Vénus ou Samothrace pour la Victoire, retrouvées 1500 ans plus tard. Mais Fano, et autres constructions comme le temple d’Arthémis à Ephèse, merveille du monde antique, impossibles à dissimuler, furent donc détruits. Volontairement.

      • Tout comme Macron Ier (2025) décide impérativement de remplacer les vitraux de N-D par d’autres selon son goût! « Vae victis » (Rome, -390). C’est le pouvoir mal utilisé et dévoyé qui régit aveuglément selon son autorité absolue par la terreur: le christianisme n’a rien à voir avec cette vision de dictateur, a fortiori d’un empereur romain. (« Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai » Jésus, évangile de St Jean. ») Pas plus que les prélats autoritaires, les cardinaux chef de guerre, les évêques belliqueux ou les prêtres pédophiles. Les brebis galeuses existent dans tous les troupeaux. (« Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font »). Alléluia!

      • Oui, ils étaient bien ces romains, ils savaient s’amuser : jeux du cirque, mise à mort des vaincus ou déportation en esclavage. Et très socialistes en plus avec la plèbe qui n’avait aucun droit.

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