« La plus belle église de Paris » célèbre son 400e anniversaire

À l’ombre du Panthéon, à Paris, demeure un édifice d’une grande beauté, gardien de nombreux trésors et reliques.
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À l’ombre du Panthéon, à Paris, demeure une église d’une grande beauté qui, en ce mois de février 2026, célèbre les 400 ans de sa dédicace solennelle : Saint-Étienne-du-Mont. En 1626, lorsque Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris*, consacra l’édifice s’achevait alors un long et fascinant chantier engagé plus d’un siècle auparavant.

Une petite chapelle destinée à la grandeur

La montagne Sainte-Geneviève, sur laquelle est située l’église Saint-Étienne-du-Mont, est l’un des plus anciens lieux chrétiens de Paris. En effet, au VIᵉ siècle, Clovis y fait bâtir une basilique dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul, où lui-même et son épouse, Clotilde, furent inhumés. L’édifice fut plus tard lié à l’abbaye royale consacrée à la protectrice de Paris, sainte Geneviève. Détruite lors des incursions normandes du IXᵉ siècle, l’abbaye est néanmoins reconstruite au XIIᵉ siècle par l’abbé Étienne de Tournai.

En 1222, l’abbaye se voit dotée d’une nouvelle chapelle dédiée au premier des martyrs chrétiens, saint Étienne. Cependant, la petitesse de l’édifice devient rapidement un problème face à l’afflux croissant de fidèles toujours plus nombreux. La décision est alors prise, en 1492, de transformer cette chapelle en une véritable église paroissiale.

Plus d’un siècle de travaux

Néanmoins, les travaux vont prendre plus d’un siècle pour s’achever. Cette très longue durée va alors marquer profondément l’identité architecturale de l’édifice, dont l’apparence est un mélange unique de gothique flamboyant et de Renaissance française et fait toute la singularité de l’église. Ainsi, l’abside et le clocher sont entamés dès 1494, les premières cloches fondues autour de 1500, et le chœur achevé en 1537. Cependant, les guerres de Religion ralentissent considérablement le chantier. La nef n’est ainsi terminée qu’en 1584 et la première pierre de la façade n’est posée qu’en 1610. Enfin, en 1626, Saint-Étienne-du-Mont est solennellement consacrée par l’archevêque de Paris, Mgr de Gondi, après 134 années de travaux.

Forte de sa grande beauté et de sa silhouette dominant presque le Panthéon, l’église, déjà célébrée au XVIIᵉ siècle par les architectes comme « l’église la plus belle et la plus notable de Paris », conserve également en son sein des trésors merveilleux de notre patrimoine. Parmi eux figure un magnifique jubé, le dernier conservé à Paris et édifié en 1541, mais également un grand orgue installé en 1631, possédant près de 7 000 tuyaux et considéré comme l’un des plus anciens de la capitale.

Au-delà de son architecture, Saint-Étienne-du-Mont est aussi un lieu de mémoire. En effet, le grand philosophe Blaise Pascal et le dramaturge Jean Racine y reposent depuis la fin du XVIIᵉ siècle. Église profondément attachée au culte de la patronne de Paris, Saint-Étienne-du-Mont conserve également de précieuses reliques de sainte Geneviève. La tradition veut que la châsse soit portée en procession lors d’une neuvaine afin de rendre hommage à la protectrice de la capitale et de lui demander de continuer son œuvre. Ce trésor, aujourd’hui confié à Saint-Étienne-du-Mont, fut sauvé de la destruction lorsque la tempête révolutionnaire frappa la France.

Le jubé de Saint-Etienne-du-Mont (Capture d'écran YT Diocèse de Paris)

Les vents de l’histoire

Malheureusement, les vents destructeurs de l’histoire n’épargnèrent pas la montagne Sainte-Geneviève. Pendant la Révolution, l’église est fermée et ses trésors dispersés ou détruits. L’édifice est même transformé en « temple de la Piété filiale », avant que le culte catholique ne soit rétabli de 1801 sous le Concordat. En 1833, Frédéric Ozanam, béatifié par Jean-Paul II en 1997, y fonde la Société de Saint-Vincent-de-Paul, destinée à venir en aide aux plus démunis.

Plus tard, le lieu fut le théâtre d’un malheureux drame lorsqu’en 1857, l’archevêque de Paris, Mgr Dominique Sibour, fut assassiné à l’intérieur de l’église par un prêtre frappé d’interdit pour avoir nié le dogme de l’Immaculée Conception promulgué en 1854. Ce dernier aurait même crié lorsqu’il frappa mortellement le prélat de Paris : « Pas de déesses, à bas les déesses ! ».

Depuis, Saint-Étienne-du-Mont a retrouvé la paix. Pour célébrer le 400ᵉ anniversaire de sa dédicace, la paroisse organise ainsi en février 2026 des concerts, des processions et une célébrations solennelle présidée ce 15 février par Mgr Laurent Ulrich. Ces festivités, à la fois pieuses et joyeuses, rappellent combien l’histoire de Saint-Étienne-du-Mont, chère au cœur des Parisiens, demeure intimement liée à celle de Paris et de la France.

*NDLR : jusqu'alors, Paris n'était qu'un diocèse et non un archidiocèse.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

16 commentaires

  1. Chuttt …!!! Il ne faut rien dire et ne pas en parler pour qu’elle perdure…dommage , vous en avez trop dit, je ne serais pas surpris de prochains incidents …

  2. Moi aussi je nie le dogme de l’Immaculée Conception, Pas de dieux et pas de déesses en France ! Vive l’Empereur !

  3. « Ce trésor, aujourd’hui confié à Saint-Étienne-du-Mont, fut sauvé de la destruction lorsque la tempête révolutionnaire frappa la France.
    « ’l’archevêque de Paris, Mgr Dominique Sibour, fut assassiné à l’intérieur de l’église par un prêtre frappé d’interdit pour avoir nié le dogme de l’Immaculée Conception promulgué en 1854. Ce dernier aurait même crié lorsqu’il frappa mortellement le prélat de Paris : « Pas de déesses, à bas les déesses ! ». »

    les révolutionnaires ont fait beaucoup de dégâts dans les églises et beaucoup de crimes. La religion de l’athéisme est l’une des pires sur Terre, surtout lorsqu’elle est associée à l’idéologie de gauche.

    • Bien sûr les révolutionnaires ont fait des dégâts, et pas seulement dans les églises.
      Mais ce n’est pas leur spécialité. Les catholiques ont détruit encore davantage les églises des protestants, et réciproquement, durant les « guerres de religion ».
      Je ne suis pas certain que l’athéisme associé à « l’idéologie de droite » ( nazisme par exemple) soit moins pire, ou que des religieux se disant croyant, n’aient pas commis de méfaits identiques. Ce ne sont pas des athées, mais des religieux qui ont mis au supplice Jésus Christ. Il faut donc garder sa distance avec la religion, préserver la laïcité et la liberté d’expression.

    • L’athéisme est une question vaste.
      Beaucoup d’Athènes ne sont pas religieux, et sont même conforter dans leur athéisme par les dogmes ridicules des religieux, tel celui de l’immaculée conception rappelé dans cet article.
      Beaucoup de révolutionaires n’étaient pas athées, mais contre des dogmes. Je comprends que certains aient voulu mettre fin à des « bondieuseries « .
      L’idée de « l’être suprême  » qui pouvait s’imposer à tous n’était pas sotte, mais quand on passe à son culte, les dogmes et le ridicule sont à craindre, cela ne réduit pas le mal à néant et le combat de chacun contre le mal continue quelque soit la religion dominante et son degré de dévoiement.

    • Le cas de cet assassin Verger est particulièrement intéressant, puisqu’il illustre qu’un fou tel que ce prêtre, a commis une folie, l’assassinat de cet évêque, qui avait au nom de la plus élémentaire Raison , semble t’il désapprouver l’instauration ce nouveau dogme avant son officialisation.
      Ainsi un fou peut avoir de la Raison tout en commettant une folie au nom de la raison .
      Bien-sûr son assassinat n’a rien amélioré et même au contraire bien installé les gens à tendance dogmatique dans ce nouveau dogme ( en faisant le juste raisonnement que si un fou assassin est contre ce dogme, c’est une preuve que ce dogme est un bienfait qui mène à dieu. Le féminisme était en marche et dieu avait plus que jamais besoin d’une déesse avec lui.
      Le culte marial a connu un sacré boom. Le terme de « mère de Dieu » est un sacré attentat à la Raison, mais visiblement l’homme a un incroyable besoin de folies. Dieu lui a vraiment offert la Raison puisque visiblement elle ne s’impose pas du tout à lui. Le créateur n’a pas encore un parent 1 et un parent 2, mais au moins il a une bonne mère et est donc à notre image.
      Cette idée de Marie mère de Dieu est sûrement un repoussoir pour les musulmans aujourd’hui vis à vis des chrétiens. Il leur faut en tout cas bien de la hauteur d’esprit pour découvrir au plus près l’esprit du Christ, en devant passer par dessus les dogmes particulièrement ridicules de l’église catholique.
      Ces dogmes fous sont probablement là pour canaliser une grande folie humaine, mais c’est tout de même bien triste qu’ils fassent tant d’ombres au contenu des évangiles, et notamment aux paraboles si raisonnables de Jésus, en lutte contre les institutions religieuses et qui ne semblait vouloir multiplier les pains et l’amour plutôt que les dogmes.

  4. D’après wikipédia l’assassin de Dominique Sibour, se nommait Verger était un déséquilibré multirécidiviste. Les agressions au couteau par des déséquilibrés ne sont pas une spécialité de notre temps, et comme certains veulent le faire croire une caractéristique islamique. Et les prêtres déséquilibrés, pédophiles ou non, ont toujours existé sans que cela doivent ternir l’exemplarité de la majorité.

    Ce « déséquilibré » Verger, n’a pu contenir la folie de ce dogme et a assassiné son évêque qui semble pourtant avoir dû promulguer ce dogme malgré lui, puisqu’il s’y était montré hostile lors de son invention. Un ecclésiastique semblant pragmatique et donc peu dogmatique, qui était républicain sous la république, et pour l’empire à la prise de pouvoir de Napoléon.

    • « Les agressions au couteau par des déséquilibrés ne sont pas une spécialité de notre temps, et comme certains veulent le faire croire une caractéristique islamique. » = pour l’une des rares fois ou je suis de votre avis, je tiens à vous le dire.

      • Merci.
        Nous sommes probablement souvent du même avis, mais j’exprime le mien essentiellement quand il est en contradiction avec ce que je lis, plutôt que l’inverse, de façon à ouvrir le débat et ne pas trop rester dans l’entre-soi ( entre soi bien confortable, bien simplificateur, mais qui n’élargit pas l’esprit, peut aboutir au dogmatisme ne tolérant aucune critique, voire mèner à la violence quand on se trouve amener à en sortir et devoir affronter les dogmes d’autrui.
        Croire que la gauche est le camp du mal, et la droite est le camp du bien , est aussi enfantin que que croire l’inverse. Le bien et le mal se cachent partout, et il faut toujours se tenir sur ses gardes. Se critiquer soi même est primordial. Si on voit une poutre dans l’oeil du voisin, il faut tout de même lui demander son point de vue pour l’aider, et si on se découvre ne serait ce qu’une paille dans l’oeil, tenter de la retirer avant d’espérer faire mieux avec autrui

  5. Pauvre Dominique Sibour. Il a du rejoindre au paradis son prêtre assassin qui a tout à fait pu avoir été rendu fou par ce dogme. Le féminisme était déjà à l’œuvre, et certains avaient besoin de déesse en 1854. Avec le progrès, quel sera le prochain dogme catholique?

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