La présidente de Radio France se défend bec et ongles

« France Inter n’est ni de droite ni de gauche », assure Sibyle Veil, devant la commission d'enquête.
Capture d'écran
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La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public tourne à plein régime. Ce mercredi 17 décembre, c’est au tour de Sibyle Veil, présidente directrice générale de Radio France, de répondre aux questions des parlementaires.

Une audition qui se déroulait dans un contexte de vives tensions, alors même que le travail du rapporteur Charles Alloncle, député UDR de l’Hérault, a été vivement critiqué par la présidente de l’Assemblée nationale, le matin même, sur France Inter. « Parfois, les commissions d’enquête peuvent être dévoyées ou utilisées à des fins politiques, a déclaré Yaël Braun-Pivet. Je suis en train de rappeler à l’ordre le rapporteur pour lui demander de revenir à un respect de nos règles et de nos usages. » L’intéressé n’a pas manqué d’évoquer des « pressions » et « une énième tentative de déstabilisation » en dénonçant « une atteinte grave aux principes déontologiques attachés à la fonction de présidente de l’Assemblée nationale ».

Second scandale pour Thomas Legrand

Au début de son audition, Sibyle Veil a tenté de désamorcer les attaques. En insistant tout d’abord sur la « distorsion » entre la réalité des programmes des stations de Radio France et les dénonciations dont elles sont la cible. « Une séquence de quelques secondes ne sera jamais représentative de la pluralité de notre offre », s’est-elle défendue. En réfutant, ensuite, les mises en cause d’élitisme et de parisianisme : « 81 % de nos auditeurs habitent bien loin de Paris, un tiers de nos salariés vivent en région. » Les questions économiques se résument, dans son esprit, à cette affirmation : « Radio France coûte 80 centimes par mois et par Français. »

Les questions concernant Thomas Legrand et Patrick Cohen ont inévitablement pris la première place des échanges qui ont suivi. Les deux journalistes seront d’ailleurs eux-mêmes auditionnés par la commission le lendemain, jeudi 18 décembre. Le rapporteur Charles Alloncle, que les reproches ont visiblement laissé de marbre, interpelle Sibyle Veil sur les révélations d’Europe 1 qui, ce matin même, ont fait état d'échanges privés entre Laurence Bloch, l’ancienne directrice de France Inter, et Thomas Legrand, en vue de préparer son passage devant la commission d’enquête, dans ce qu'il qualifie de tentative de « neutraliser le travail de la commission d'enquête ». La présidente de Radio France s’attache alors surtout à dénoncer des méthodes d'écoutes de conversations privées qui lui rappellent « la RDA » : « J’espère que ce n’est pas la société qu’on nous prépare », a-t-elle déploré. Charles Alloncle, vif et réactif comme à l’accoutumée, n’a pas manqué de répliquer, alors, que Patrick Cohen lui-même approuvait ces méthodes lorsqu’il s’agissait de justifier des enregistrements mettant en difficulté Laurent Wauquiez. Il s’est aussi étonné de la différence de traitement entre Jean-François Achilli et les deux journalistes, puisque Patrick Cohen n’a pas été inquiété. Rappelons que Jean-François Achilli était licencié, en 2024, par Radio France pour « manquements répétés aux obligations déontologiques », accusé d'avoir collaboré avec Jordan Bardella.

« France Inter n’est ni de droite ni de gauche »

Sibyle Veil justifie le traitement qui fut réservé à Patrick Cohen : « Le silence ne vaut pas acceptation », indique-t-elle, en expliquant que contrairement à Thomas Legrand, le journaliste de France Inter n’intervenait pas dans les enregistrements révélés par L’incorrect. Tout en certifiant avoir examiné l’ensemble des chroniques de celui-ci, qualifiées d’« impeccables ».

Dans une de ses questions, Charles Alloncle cite un sondage IFOP rapportant que « 70 % des auditeurs de France Inter ont voté à gauche aux européennes ». « Faut-il voir un lien de cause à effet entre la ligne éditoriale et l’audience que vous avez ? », interroge-t-il ? La PDG de Radio France rappelle que pour une partie de la gauche, il s’agit d’une radio « devenue macroniste » et rappelle l’existence d’une « lecture polarisée », « chacun la regarde avec ses lunettes, […] C’est une antenne qui parle à tout le monde ». Le rapporteur saisit alors la balle au bond : « Vous parlez d’élargissement de l’audience, je voudrais aussi vous dire qu’en un an, France inter a perdu 458.000 auditeurs. » Sibyle Veil ne se démonte pas et évoque des audiences qui restent très satisfaisantes alors que la radio avait atteint des « sommets ». « L’antenne reste extrêmement puissante », se satisfait Sibyle Veil, qui le martèle : « France Inter n’est ni de droite ni de gauche. »

Jeudi, programme chargé, car en plus des journalistes Cohen et Legrand, auditionnés l'après-midi, c'est la directrice de France Inter qui se présentera le matin au palais Bourbon.

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

74 commentaires

  1. Juste un petit détail ; quand je lis:  « La PDG de Radio France rappelle que pour une partie de la gauche, il s’agit d’une radio « devenue macroniste » », signifiant « et non de gauche »,
    Il est clair pour moi, et depuis toujours, que Macron est de gauche ! Il avait sa carte au PS, a choisi Hollande quand il a décidé de faire de la politique et clamait (hurlait ?) dans sa première campagne présidentielle : « je suis de gauche, la gauche est ma famille, je serai toujours à gauche. »
    Je suis très étonnée que ce ne soit pas limpide pour tout le monde !

  2. Si Radio France coûte 80 centimes par mois et par Français, comme le prétend cette dame (soit 9,6 € /an), comment expliquer que la taxe sur l’audiovisuel (supprimée en 2022) qui était payée par 23 millions de foyers en France coûtait 138 € / an ?

  3. je ne comprend pas pourquoi le président de cette commission n’a pas eu le courage de demandé à cette fonctionnaire avec le titre pompeux de présidente quand est ce qu’elle arrêtera de prendre les gens pour des imbéciles

  4. N’importe quel auditeur ou téléspectateur qui a écouté une station de Radio France ou regarder une chaine de France Télévisions peut constater que l’audiovisuel public est résolument de gauche. Si l’auditeur/téléspectateur est lui-même de gauche, il est pleinement satisfait, il entend et voit ce qu’il pense, il reste fidèle à ses stations et à ses chaines; s’il n’est pas de gauche, il est choqué par ce qu’il entend et voit, si loin du réel tel qu’il le vit et l’observe, il proteste, et passe sur Europe1 et CNews. Le mouvement qui est en cours, un glissement de centaines de milliers d’auditeurs et de téléspectateurs de l’audiovisuel public vers l’audiovisuel privé, prouve que l’engagement du premier à gauche est bien réel. On peut se demander par ailleurs pourquoi la commission parlementaire ne dispose pas d’un montage d’extraits choisis d’émissions de l’audiovisuel public qui mette en évidence cet engagement.

  5. Elle nous prend vraiment pour des courges! 5 minutes d’écoute de n’importe quel émission et vous avez compris que la Gauche Woke est à la manœuvre… même avec le jeu des 1000€, les questions et les profils des candidats incarnent la même famille de pensée…

  6. Ce qu’il y a de puéril, c’est que l’on nous présente ces débats comme une tentative de nuisance d’information venue… de l’extrême droite ! ben voyons !

  7. « Ni de gauche, ni de droite « … »pluralité de l’offre », Madame Veil, de grâce, ne dites pas cela à un cheval de bois, vous prendrez à coup sûr un bon coup de pied.

  8. « Gauche » ou « droite » tout dépend où l’on met le curseur . Pour le présidente de Radio France , LFI est un parti centriste et elle alors de bonne foi en se prétendant ni de droite ni de gauche !

  9. Nier les évidences est une spécialité des gens de gauche. Mentez, mentez il en restera toujoujours quelque chose. Dire qu’un Patrick Cohen n’est pas significatif du gauchisme du service public est un mensonge éhonté. Ce pseudo journaliste a prouvé maintes fois qu’il est aussi un furieux propagandiste.

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