La statue de Dalida, victime du puritanisme woke

À Montmartre, les tartuffes écolos veulent cacher ce sein que l’on ne saurait caresser.
@wowo2008 - eigenes Foto, CC BY-SA 3.0
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À Montmartre, il y a le Sacré-Cœur et la statue de Dalida. Au baromètre de la fréquentation touristique, le funiculaire et la place du Tertre ne viennent qu’après. C’est un fait incontestable : depuis que le corps de la chanteuse repose au cimetière de Montmartre ; depuis, surtout, qu’une statue à son effigie a été érigée sur la place qui porte son nom, la chanteuse est l’attraction de la Butte.

Molière, reviens, ils sont devenus fous !

« Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées,
Et cela fait venir de coupables pensées », dit Tartuffe, en tendant son mouchoir à Dorine.

Les tartuffes siègent aujourd’hui en nombre, dans les Assemblées. Ils voisinent sur leurs bancs avec les précieuses ridicules, les dames Rousseau, Tondelier, Panot et consorts. Curés-censeurs de l’Église woke, ils entendent sermonner, punir et, mieux encore, rééduquer le petit peuple.

Après la pipe de Jacques Tati, les clopes de Serge Gainsbourg et le déboulonnage des mâles figures historiques, voilà maintenant qu’ils s’en prennent à Dalida. Ou plutôt à ses admirateurs. C’est que le bon peuple, bonasse et gentiment superstitieux, vient chercher le réconfort auprès du buste de la belle : toucher les seins de la statue de bronze porterait bonheur, à ce qu’on dit.

Horreur et putréfaction : « Pas de ça ! », s’exclament les curés verts. C’est pourquoi, au conseil municipal de jeudi dernier, le 20 novembre, les écologistes et les féministes radicales ont exigé qu’on en finisse avec ces odieuses pratiques.

Leur verdict est sans appel : « Ces gestes relèvent d’une forme de banalisation du contact non consenti avec la représentation du corps féminin et traduisent une persistance symbolique d’appropriation du corps des femmes dans l’espace public. Ces mises en scène d’actes mimant une agression sexuelle participent à la culture d’impunité. » En conséquence, cette brigade de la répression du vice et de la promotion de la vertu exige que la mairie rehausse le socle afin d’éviter les mains baladeuses, mette autour des barrières et, surtout, « ajoute un panneau pédagogique pour "garantir l’intégrité" de l’œuvre ».

Personne n’a jugé utile d’en parler à Orlando, le frère et héritier de Dalida, qui ne décolère pas.

Et pour Victor Noir, que fait-on ?

Tout cela, une fois de plus, témoigne de la dérive totalitaire de puritains incultes.

Car oui, le monde est parfois superstitieux. Mitterrand le premier, très intime de Dalida, qui a ainsi fait appel pendant des années aux conseils avisés de son astrologue, Élizabeth Teissier. Pour ne parler que des plus grands, Jean Jaurès, Aristide Briand, Georges Clemenceau et Raymond Poincaré se faisaient, eux, lire les lignes de la main par la célèbre Madame Fraya. Cette dame repose au cimetière du Père-Lachaise où bien des tombes font l’objet de rites étranges. Ainsi, entre autres, celle d’Alan Kardec, le père du spiritisme. Et puis…

Et puis, il y a la tombe de Victor Noir. Ce jeune journaliste n’avait que 21 ans lorsqu’il fut tué, en 1870, par le prince Pierre Bonaparte, cousin de l’empereur Napoléon III. Vite devenu « symbole de la jeunesse et de la liberté assassinées par la tyrannie », ses obsèques attirèrent plus de 100.000 personnes. C’est à l’occasion du transfert de sa dépouille au Père-Lachaise qu’est réalisé son gisant, d’un réalisme si inédit qu’il va lui valoir sa réputation de symbole de la virilité et de la fertilité. Tout y est… si bien que sa tombe est toujours la plus visitée du cimetière, et surtout la plus touchée par les âmes en quête de fertilité. Ce qui ne gêne pas nos écolos : pour le coup, ils ne voient aucune objection à cette appropriation du corps de l’homme dans l’espace public…

@Pixabay

Partout dans le monde, sur tous les continents, on se livre à ces rituels si païens et si humains. En y croyant parfois, en riant toujours, par habitude, parce qu’on ne sait jamais. Il y a ceux qui touchent la pantoufle de Montaigne devant la Sorbonne, ceux qui cherchent (aussi) la virilité près du taureau de Laguiole, ceux qui caressent chiens et coqs dans le métro de Moscou, à la station Plochtchad Revoloutsii. À la cathédrale de Dijon, c’est une chouette, à Mons le singe du Grand Garde. À Vérone, c’est le sein de Juliette, l’héroïne de Shakespeare, qui porte bonheur aux amoureux. À Paris, encore, les touristes viennent fleurir la réplique de la torche de la statue de la Liberté. Ils croient se recueillir sur la tombe de Lady Di, croient qu’Elton a écrit pour elle Candle in the Wind.

Ces rituels existent depuis que le monde est monde. Croire un peu ou beaucoup en ce qui nous fait du bien est encore la liberté de tous. Et quoi qu’en disent tous ces pisse-vinaigre écolos et faussement féministes, si ça ne leur fait pas de bien, ça ne peut pas leur faire de mal !

Quant à Dalida, elle est depuis longtemps l’égérie des boîtes gay et le modèle inspirant des drag-queens, à quoi tous ces pisse-vinaigre ne trouvent étonnamment rien à redire.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

28 commentaires

  1. Ils sont donc VRAIMENT devenus fous ??
    Au fait, où se trouve la statue, le buste de la personne à qui il faut caresser le crane pour obtenir un peu de jugeotte ? Nombreux sont ceux qui devraient s’y rendre sans tarder ! ;-)

  2. Il faut installer à côté un manneken pis afin que les décérébrées puissent s’en donner à coeur joie

  3. Ah mais moi, je vais vite aller caresser les seins avant que ce ne soit plus possible. Ça me fait un bout de chemin mais bon, ça vaut le coup !
    Pour Victor, bon à mon âge, j’espère plus trop. ;-))

  4. « Ces gestes relèvent d’une forme de banalisation du contact non consenti avec la représentation du corps féminin et traduisent une persistance symbolique d’appropriation du corps des femmes dans l’espace public. Ces mises en scène d’actes mimant une agression sexuelle participent à la culture d’impunité. »
    Allô Téhéran ! Nous avons un problème !

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