L’affaire de la BBC attaque l’utilité des chaînes publiques, bien au-delà du Royaume-Uni

La vague d’hostilité s'étend dans tout l’Occident. Bien joué, les faussaires !
LEON NEAL / GETTY IMAGES EUROPE / GETTY IMAGES VIA AFP
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Dans les rédactions, la pratique de la BBC porte un nom : le bidonnage. Cette fois, la vieille « Auntie » britannique n’a pas donné dans la subtilité. En coupant le discours de Donald Trump du 6 janvier 2021 au Capitole afin de maquiller ses propos en incitation à la guerre civile, la France Télévisions britannique a franchi le Rubicon. Trop énorme, trop visible. La BBC s’est attiré la réplique des avocats de Trump qui lui réclament une somme colossale. Et pour cause : pas de télévision publique de cette taille aux États-Unis, qui s'en passent très bien. Ce type de « ministère de la Vérité » imaginé par Orwell est pourtant présenté comme indispensable à la démocratie en Europe... Le bidonnage de la BBC a surtout provoqué l'indignation de toute une partie de l’opinion anglaise, forçant ses dirigeants à démissionner. Cela ne suffit pas : la vague d’hostilité s'étend dans tout l’Occident. Bien joué, les faussaires !

Voilà quelques années, le staff de la BBC aurait admis l’erreur ponctuelle et attendu que la poussière retombe, car la maison n’en est pas à sa première affaire. Mais si le scandale est à ce point retentissant, c’est qu’une bonne partie de la population au Royaume-Uni, et bien au-delà, tient maintenant pour une évidence que ce n’est là que le sommet émergé d’un iceberg manipulatoire. Ce que l’excellent Nigel Farage a résumé d’un mot : « La BBC est institutionnellement biaisée depuis des décennies. »

Ultra-militantisme ou objectivité, il faut choisir

Trop, c’est trop. BV s’est souvent fait l’écho des dérapages parfois comiques de la BBC à la sauce woke en gros sabots. Le 28 mars dernier, une vidéo « jeune » mettait en scène une Aliénor d’Aquitaine dérisoire incarnée par une plantureuse femme à la peau noire.

Humour ? Fin 2023, une étude avait montré que le site BBC News publiait au moins un article, chaque semaine, sur le sujet de la traite négrière, traitait en permanence des horreurs du « colonialisme » et incluait presque systématiquement des personnages trans dans ses fictions.

« Biaisé », c’est le bon mot. Car les grands médias en général, et les médias publics en particulier, évitent généralement les manipulations aussi grossières. Leurs armes sont plus fines, moins détectables. Mais voilà, verser dans l’ultra-militantisme ou brandir la bannière de l’objectivité, il faut choisir. La BBC n’a pas choisi, France Télévisions non plus.

Notre BBC française cumule, comme son aînée devenue son modèle. Chaque jour, un dérapage wokiste. Aujourd’hui, le délire de l’écolo Cyril Dion, en roue libre sur France 5 : « Le terrorisme islamiste, c’est 273 morts et la pollution de l’air entre 500.000 et 1 million. Qu’est-ce qui nous rend le plus en insécurité ? » Sur la même chaîne, on comparait Jordan Bardella et Hitler, voilà quelques jours. Des propos qui rejoignent l’esprit de certaines productions, validées, financées, assumées, choisies de longue date. Comme cette émission diffusée en octobre 2024, avec l’objectif affiché de « revisiter l’Histoire de France ». Par visite, il faut entendre, ici, à la façon d’un cambriolage avec effraction… Notre Histoire de France, série documentaire en six volets en partenariat avec le très gauchisant 20 Minutes, entendait faire « grincer des dents les partisans d’une Histoire de France rigide, forcément blanche, forcément chrétienne », selon le partenaire 20 Minutes. À la manœuvre, Florian Besson, auteur du Puy du Faux, enquête sur un parc qui déforme l’Histoire (Les Arènes).

Neutralité ?

L’ensemble, comme d’habitude, avec les moyens de l’État : 2,5 milliards d’euros de dotation annuelle à la seule France Télévisions, aujourd’hui financièrement à la dérive : le rapport très sévère de la Cour des comptes sur le groupe de télévision publique, publié ce 23 septembre, épinglait la patronne Delphine Ernotte, pourtant reconduite récemment pour… un troisième mandat !

Il faut dire que la présidente a des priorités : attaquer la concurrente de France Info, la méchante CNews, bille en tête. « Ce type de sortie devrait conduire à son départ, parce qu’il ne revient pas à la présidente de France Télévisions de distribuer des brevets d’honorabilité aux chaînes privées », avait répliqué Marine Le Pen, qui s’expliquait dans le JDD : « Qu’il existe des médias d’opinion ne me choque pas. Mais un service public financé par les Français doit être irréprochablement neutre, et il ne l’est pas. » Les responsables politiques relaient désormais le ras-le-bol populaire : le vent devient mauvais, pour ces empires de la Vérité accoutumés à laver paisiblement les cerveaux des habitants... à leurs frais !

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Marc Baudriller
Directeur adjoint de la rédaction de BV, éditorialiste

Vos commentaires

45 commentaires

  1. Je le redis arrêt des chaînes TV publiques ainsi que les radios et les journaux papiers, les meilleurs seront regardées, écoutées et lus, la publicité et l’achat du support devraient suffire pour les meilleurs

  2. La BBC comme France TV des outils de propagande au service du système .
    J’entends par système ce que l’on veut imposer de gré ou de force dans les esprits .woke ,climat . guerre, inversion des valeurs destruction de celles existantes etc

  3. Le maintien de la liberté de pensée dans une société passe par l’organisation de médias multiples, d’origine privée et publique. Il est évident que la presse d’état n’est absolument pas une garantie d’indépendance idéologique. Tous les pays totalitaires l’ont démontré depuis longtemps. La presse privée n’est pas « meilleure » dans l’absolu, mais elle est plus diverse et peut faire contre-poids.

  4. Tant va la ruche à l’eau qu’à la fin elle casse. Encore un petit effort Mrs et Mmes les cruches de l’odieux visuel. Il est exact que les USA se passent très bien de mastodontes de la désinformation mais ce qui et drôle c’est que là-bas notre très estimable C News n’y bénéficierait pas de la même audience que chez nous. Cherchez l’erreur comme on dit…

  5. Privatisons tout. Gardons une seule chaine publique avec des quota de journalistes de toute les tendance et obligés d’annoncer leur obédience. Bien sûr plus d’Arcom, les « fautes » pourront être poursuivie dans le cadre du droit commun.

  6. L’illibéralisme dans toute sa perfidie. la dictature avec les moyens, les allures, les prestations, les poses de la démocratie. Ce qui vient avec le futur président macron qui s’y croit déjà va s’appeler république démocratique européenne et la fumeuse commission sera le soviet suprême.

  7. Avant que je parte m’installer à Londres en 1995, voilà 30 ans, la BBC, particulièrement « BBC World » était une référence…
    Les 10 premières années elle resta plys ou moins une référence, puis très vite je m’aperçu de sa dérive politique pour la politique de gauche, ses prises de positions pour Blair n’étaient même pas dissimulées.
    J’ai donc sérieusement cessé de m’intéresser à la BBC, que je nommais alors British Broadcast Communist !
    Puis, de nombreux scandales étouffés m’en éloignèrent définitivement.
    Disons que ça fait environ 25 ans que j’ai opté pour d’autres sources, tout en ayant à payer mensuellement pour ces gens-là.
    Les deux qui viennent de démissionner se « contenaient » d’un salaire de £450.000/an pour lui, et 425.000 pour elle… Plus avantages !
    Nous sommes nombreux depuis très longtemps à réclamer la suppression de cette forme obligatoire d’abonnement !
    Inutile de vous dire que depuis une semaine, et se dernier scandale, le nombre « d’anti-BBC abonnement » a fait un bon considérable.
    Trop c’est trop !
    D’autant que si jamais Trump gagnait son procès, c’est tous les propriétaires d’une TV qui auraient à payer.
    Trump, à juste titre, a mis la barre très haut, il reste donc un espoir.
    Starmer est tétanisé, il ne s’est pratiquement pas exprimé, ou pour lâcher quelques platitudes en language socialiste.
    Wait and see !
    C’est drôle, si j’ose dire, à quel point BBC et Radio France mènent les britanniques et les français vers un rejet !

  8. Il est plus que temps de remettre de l’ordre dans ces ministères de la « bonne » pensée. Faire des économies et nettoyer les écuries d’Augias ! Privatiser le tout, s’il n’y a pas d’acquéreur pour tout supprimer ce qui ne trouve pas preneur car si personne n’en veut… Et réformer l’Arcom pour en faire un organe indépendant et constitué de vrai professionnel !

    • Pas réformer, supprimer l’ARCOM. Il n’est nul besoin d’un organisme de censure dans une prétendue démocratie.

    • L’arcom a changé de nom plusieurs fois depuis qu’il existe c’est à dire plus de 40 ans ! Ce bidule a été créé par le méphitique Mitterrand. Aucun interêt de garder ce ministère orwellien de la « vérité ».
      Ce que vous écrivez est extrêmement dangereux, bien que vous ne vous en rendiez pas compte. C’est quoi de « vrais professionnels » ? Des cinéastes ? Des écrivains ? Des économistes ? Des commissaires politiques ? Les « vrais » professionnels sont tous de gauche et d’extrême gauche !
      Enfin Il ne peut pas exister d’organismes publics indépendants car il existe toujours un pouvoir politique. Or un pouvoir politique n’aime rien tant que de rester au pouvoir. Pour cela il est prêt à tout pour disqualifier ou faire taire toute forme d’opposition. La fermeture totalement arbitraire de C8 et de NRJ 12 n’était pas autre chose qu’un avertissement envoyé à CNews de mettre en veilleuse son opposition à Foutriquet !

  9. Nous n’allons pas nous faire battre par des Anglais !!Nos Médias publics vont faire ce qu’il faut pour « bidonner » les infos !!

  10. C est dans l air à parle de ce bidonnage ( 10 novembre) et regardez bien la tête de Cohen.. d ailleurs au lieu de présenter des excuses. Il préfère dire.. mais Trump à bien demander à ses électeurs de marcher sur le capitole.. mele devant la vérité, ce personnage niera les faits

  11. Les services de média public sont devenu des moyens de propagande et pas d’information, en Angleterre comme en France. Il faut les privatiser d’urgence!

  12. L’existence de médias publics ne se justifie en rien, si ce n’était – ironie des faits – par un devoir de neutralité.
    Les 4 milliards que nous coûte cette escroquerie que sont les médias publics français, seraient bien mieux employés ailleurs, à la réhabilitation de notre Patrimoine bâti historique, par exemple.
    Seul 1 média public (1 tv, 1 radio) se justifierait, avec des programmes à minima, disons 3h/jour, pour seulement informer la population, de façon neutre et non « gouvernementale ». A l’instar, en quelque sorte, du journal officiel. Un Comité de surveillance, composé de citoyens tirés au sort et sans cesse renouvelés (principe très pertinent proposé par E. Chouard car on voit toutes les dérives de ces institutions parallèles, ARCOM, Conseil d’Etat, etc.), avec un vrai pouvoir de censure et de sanctions, serait le garant de cette neutralité réelle.

  13. A l’heure des plateformes et de la digitalisation des médias, l’audiovisuel public est un non-sens coûteux.

  14. Les anglais depuis très longtemps on toujours eu de l’avance sur nous.
    Pas de soucis, l’AFP avec son budget Élyséen et l’audio visuel public travaillent avec acharnement pour rattraper la BBC voir la dépasser et le tout payés par nos impôts.
    .

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