Le Cri, un nouveau mensuel des cathos de gauche contre Stérin et Bolloré

Sorti fin septembre, ce nouveau mensuel veut doubler La Croix sur sa gauche et combattre « la nouvelle extrême droite ».
Capture d'écran X
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Vous ne le saviez peut-être pas, mais le Diable a un nom double : il s’appelle Stérin-Bolloré. Ce sont eux, les monstres à la tête des forces du mal, les Belzébuth et les Baël. Eux, les ravageurs des sacristies, les pilleurs de troncs, les détourneurs de sacralité ; eux qui dirigent les colonnes infernales de « l’extrême droite ». Mais les forces du bien sont en marche et pour mieux combattre l’ennemi, elles lancent cet automne un nouveau mensuel. Il s’appelle Le Cri.

 

On connaît Le Cri du peintre norvégien Edvard Munch, titre générique de plusieurs aquarelles réalisées au début du siècle dernier. Sa figure horrifique symbolise, disait Munch, « l'homme moderne emporté par une crise d'angoisse existentielle ». En cela, le titre du nouveau mensuel est sans aucun doute fort bien choisi.

Les cathos de gauche sont en effet plongés dans une profonde angoisse existentielle. Incapables de saisir la vague qui monte, particulièrement dans la jeunesse, les voilà arc-boutés sur leurs vieux clivages, tétanisés par les conversions, les nouveaux pèlerins, les catéchumènes. Il leur faut un bouc émissaire. Dans la droite ligne de leurs mentors, ils désignent l’extrême droite, incarnée disent-ils par Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin.

« Le premier média qui combat l’extrême droite sur le terrain religieux »

Consacrant un article à la création de ce nouveau mensuel, Libération n’hésite d’ailleurs pas à parler de « croisade ». Reprenant l’annonce de la sortie du Cri par l’AFP, le quotidien écrit : « Ce nouveau mensuel "chrétien, joyeux et radical" se lance à l’automne, avec l’ambition de porter un discours de gauche face à "une nouvelle extrême droite" qui "veut confisquer le christianisme". » Il s’agit de « résister à l’emprise sur les médias des cathos d’extrême droite – et milliardaires, de surcroît : Pierre-Édouard Stérin et Vincent Bolloré ».

À la tête du nouveau mensuel, Théo Moy et Paul Piccarreta. Le premier, ancien journaliste à La Croix, définit ainsi son projet : « un journal pour approfondir le désir de radicalité et la soif d’espérance. Inspiré par la joie révolutionnaire des évangiles, Le Cri explore les grands enjeux écologiques, sociaux et politiques de notre époque. » Il veut « mettre en lumière ce renouvellement d’un christianisme d’action sociale et d’émancipation ».

L’angoisse existentielle des boomers de l’Église

Plus fondamentalement, on comprend que ce nouveau titre vient accentuer un clivage qui s’est fait jour lors du décès du pape François. Voulant mêler « justice sociale et écologie », Le Cri reprend comme ligne directrice cette phrase de l’ancien pontife : « le cri de la Terre et le cri des pauvres ». Résolument à gauche, cherchant même à doubler La Croix sur ce côté de la chaussée, les fondateurs du Cri écrivent, sur leur site : « De l’Europe aux États-Unis, une nouvelle extrême droite veut confisquer (sic) le christianisme pour en faire une force de division. En France, ce courant est soutenu par les milliardaires Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin. Face à Goliath, de quoi disposons-nous ? De nos lecteurs et de leur bonne volonté. »

Ces braves gens témoigneraient donc d’une ouverture d’esprit inconnue du camp d’en face. On notera aussi, au passage, qu’ils sont infiniment moins gênés par les milliards d’un Matthieu Pigasse, actionnaire du Monde« un banquier d’affaires très à gauche qui s’est goinfré sur la crise de la dette de la Grèce, qu’il conseillait alors », comme le rappelle Franz-Olivier Giesbert, dans Le Point –, que par ceux de Bolloré ou Stérin. Pourtant, ces grands militants de l’inclusion sont de farouches adeptes de la pensée unique, sûrs qu’ils sont de détenir LA vérité. En témoigne le sort fait à Alban du Rostu, « chrétien de droite » embauché par le nouveau patron François Morinière comme numéro 2 du groupe d’édition et de presse Bayard. Viré sous la pression des syndicats, et tout particulièrement des journalistes de La Croix avant même d’avoir commencé, rejeté pour ses convictions religieuses jugées trop tradis et surtout ses liens avec Pierre-Édouard Stérin, il confiait, dans un entretien à L’Express : « Jamais je n’aurais imaginé subir un tel sectarisme. » Comme l’analysait alors Tribune chrétienne, « cette attitude de discrimination caractérisée montre à elle seule toutes les limites d’un discours qui se veut altruiste mais qui ne l’est pas ». Et d’ajouter : « Avec un tel sectarisme affiché et revendiqué, le journal La Croix devrait se garder de donner des leçons de morale tous azimuts. » Pas suffisant, toutefois, puisque Le Cri entend maintenant concurrencer La Croix sur cette partie du terrain.

La société se fracture et les boomers de l’Église, ceux qui ont vécu les grandes années des prêtres ouvriers et de la théologie de la libération, ceux qui, pour finir, ont fait de l’immigré l’unique figure christique, réduisant la religion au militantisme social, ceux-là sont perdus. La foi et le besoin de spiritualité et de rituel qu’ils avaient remisés dans les catacombes sont de retour. Apeurés, ils l'appellent « extrême droite ». Ce n’est pas cela qui arrêtera la vague.

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

98 commentaires

  1. Il faudrait peut-être leur dire que l’extrême droite est au pouvoir en France, avec E. Macron et l’aristocratie mondialiste richissime qui exploite les peuples ; et que l’extrême gauche a toujours été et demeure fasciste (ou communiste, quelle différence ?).
    Ca leur mettrait un peu de plomb dans la cervelle…

  2. « Cathos de gauche  » est un oxymore.
    En effet comment peut-on être en accord avec ces « bouffeurs du curé » eux qui vilipendent, insultent, moquent les chrétiens et la religion catholique en permanence.
    On voit bien cette gauche aux abois qui essaye d’atteindre la communauté chrétienne de l’intérieur.
    C’est vrai il y a cette veille garde « soixante-huitarde » nostalgique de la théologie de la révolution, vite remis en place par Saint Jean Paul II, et des prêtres ouvriers qui oubliaient que leur mission étaient la transmission de la Parole, en utilisant leur temps précieux à faire « peuple » .
    Le lancement de ce journal sera un échec, il sera peut être lu par quelques dizaines de bobos chrétiens, et salué par nos « adversaires » de gauche, mais ce sera insuffisant pour en faire un succès.

  3. Pour avoir eu dans la famille, depuis le premier âge, de fervents chrétiens emprunts d’idéologie de gauche, la publication de ce mensuel des cathos  » le cri  » rejoint les publications, tel fut la revue « Témoignage Chrétien » ( revenue en kiosque en 2018)…Journal libre et engagé n’étant affilié à aucune Eglise ni institutions religieuse. Formateur de chrétiens responsables dans une église au temps de Vatican II. Ne pas oublier que cette revue fut créée en 1941, à Lyon, sous la forme ce « Cahiers  » clandestins et en 1943 , deux jésuites de la facultés de la faculté de théologie de Fourvière. Rejeter au nom et à cause de la Foi Chrétienne le Nazisme.

    • Nombre de chrétiens et de gens de toutes confessions ont rejeté et combattu le nazisme et beaucoup ont été assassiné dans des conditions atroces pour cela. Tous, croyants ou non ont su reconnaitre dans le nazisme le mal absolu.

  4. Je pensais que de nos jours les citoyens seraient plus intelligents ,je me serais-je trompé???
    Après avoir pris connaissance de certains sujets , je dois reconnaître que certaines personnes ont régressé, ces personnes sont devenues moyenâgeuses.

    • Mais comment voulez-vous qu’on devienne plus intelligent avec l’éducation nationale telle qu’elle est ? Comme disait Audiard, « j’ai l’impression que chaque année il y a de plus en plus de c…, mais cette année, on dirait que les c… de l’année prochaine sont déjà là. »

  5.  » les chrétiens de gauche sont plongés dans une profonde angoisse existentielle », ils seraient donc au diapason de boulevard Voltaire où l’angoisse existentielle apparaît quotidiennement dans les articles comme dans les commentaires ?
    En tout cas ce n’est pas la conversion à droite des chrétiens de gauche, qui les guérira de leur angoisse.
    A l’ inverse, un peu de tolérance et moins d « extrême droite « dans les valeurs chrétiennes, par exemple en se rappelant du précepte  » si on te frappe une joue la droite , tend la jour gauche », et non pas « frappe fort avec ton bras droit », apaiserait bien des angoisses.
    Ce précepte christique peut paraître masochiste, mais est en réalité une formidable injonction à ne pas tomber dans la « victimisation ». Cette dernière a pour corollaire angoisse et haine.

  6. Le titre déjà de ce mensuel est apaisant… On commence par se boucher les oreilles : c’est un mauvais début.
    Quant à la « discussion », on peut faire confiance à ces prétendus « militants de la foi »
    Pour discuter, il faut des arguments, la liberté de réfléchir, l’esprit critique, de la culture et de l’humilité.

  7. Il faut être radical pour être joyeux? Ah! bon… La droite ne peut être joyeuse? Pourtant « sinistra » ce n’est pas la gauche chez certains de nos voisins européens??

  8. Déjà un de plus qui n’en doutons pas sera subventionné comme l’Huma, le Monde ou Libération 7 journaux pour en 2023 22,7 M€ combien sera fin 2025 !
    Droites et gauche qui devraient pratiquer une opposition constructive est plus une guerre destructive.

  9. Doubler La Croix sur sa gauche. Malheur ! Ils vont chuter dans le vide. Pour info = La dernière fois que j’ai eu une proposition d’abonnement à LC, j’ai (benoîtement) dit à mon interlocuteur que si je voulais un journal de gauche j’avais Libé. Depuis on ne s’est plus revu.

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