[LE GÉNIE FRANÇAIS] Jules Verne, l’imagination débordante d’un visionnaire
Pionnier et fondateur de la science-fiction, tout comme l’Anglais H.G. Wells (à ne pas confondre avec Orson Welles, au destin très proche), Jules Verne illustre parfaitement l’adage : nul n’est prophète en son pays. Son nom a fait le tour du monde bien avant d’être pleinement reconnu en France. Partout, il a suscité l’admiration et l’émerveillement.
Longtemps ignoré par les milieux littéraires, jugé auteur pour la jeunesse, il se voit refuser le fauteuil d’académicien. Aujourd’hui, pourtant, avec près de 80 romans, Jules Verne est l’écrivain francophone le plus traduit et l’un des plus lus au monde, par toutes les générations. Ses personnages sont devenus des icônes de l’imaginaire collectif : Phileas Fogg, le capitaine Nemo, Michel Strogoff… Ils font rêver les lecteurs depuis plus d’un siècle et demi.
Tour du monde en… 40 jours, ce 25 janvier 2026
Son influence est immense. Navires, événements, associations, institutions et revues portent son nom. Le prestigieux trophée Jules-Verne vient ainsi de récompenser, ce 25 janvier 2026, Thomas Coville et son équipage pour un tour du monde sans escale ni assistance en un temps record : quarante jours. Trois sous-marins américains ont été baptisés Nautilus, dont le premier à propulsion nucléaire. Vladimir Poutine rappelait également qu’il est rare, en Russie, de ne pas avoir été un enfant passionné par Jules Verne ou Alexandre Dumas. En France, Jules Verne est le vingt-troisième personnage le plus honoré par les établissements scolaires : plus de 230 écoles, collèges et lycées portent son nom. Les adaptations de ses œuvres foisonnent : cinéma, télévision, bande dessinée, théâtre, opéra, musique, jeux vidéo…
La jeunesse d’un génie
Né à Nantes le 8 février 1828, dans une famille d’armateurs, Jules Verne manifeste très tôt son goût de l’aventure. À onze ans, il tente d’embarquer clandestinement pour les Indes, avant d’être rattrapé in extremis par son père. Il voulait juste rapporter un collier à sa cousine dont il était amoureux. « Désormais, je ne voyagerai que par l’imagination », promet-il. Il ne croyait pas si bien dire.
Passionné par les machines et les innovations, il grandit en pleine révolution industrielle : l’électricité, le télégraphe, le chemin de fer, les bateaux à vapeur… et les ballons nourriront ses futurs romans. En vacances, son grand plaisir est de fureter dans les usines pour y regarder les machines fonctionner. Travailleur acharné, il synthétise les connaissances scientifiques de son temps – astronomie, physique, géologie et géographie – et imagine bien avant l’heure le sous-marin électrique, le scaphandre autonome, la visioconférence, le voyage spatial ou les gratte-ciel de verre.
Envoyé par son père à Paris pour étudier le droit, il est bientôt happé par les salons littéraires. Il écrit sans relâche, lit Dumas, Musset, Molière et Shakespeare, et s’imprègne particulièrement de Victor Hugo, dont il connaît par cœur des pages entières, pour développer son goût de l’anticipation.
Une vie réglée, un destin hors normes
Après une succession de déceptions amoureuses et des allées et venues entre Nantes et Paris, Jules Verne se marie à 29 ans, en 1857, avec une jeune veuve et s’installe dans la ville de sa bien-aimée, Amiens, où il mène une vie rangée d’une rigueur exemplaire jusqu’au bout : lever à 5 heures, coucher à 21 heures ; écriture méthodique, longues promenades, lectures de la presse et engagement municipal. Sans oublier le divertissement, avec l’organisation d’invitations fastueuses, dont quelques bals costumés mémorables.
Son fils Michel décrira une méthode de travail obsessionnelle, faite de multiples relectures, de corrections et de retours à l’imprimeur, au grand dam parfois de son éditeur : « Il écrivait un certain nombre de pages au crayon, puis au moment de se relire, il repassait chaque mot à l’encre en modifiant si nécessaire. »
Une rencontre décisive
Comme souvent, un génie ne fait rien de grand tout seul. Tout comme Alexandre Dumas et Auguste Maquet, Jules Verne a travaillé en tandem avec l’éditeur Jules Hetzel. Ils se rencontrent en 1863. Véritable architecte de son œuvre, Hetzel le guide, le corrige, transforme les titres. Par exemple, Voyage en l’air devient Cinq Semaines en ballon, Voyage sous les eaux devient Vingt mille lieues sous les mers, etc. Il édite ainsi ses romans d’aventures dans une collection qu’il intitule « Voyages extraordinaires » : Voyage au centre de la Terre, De la Terre à la Lune, Le Tour du monde en quatre-vingts jours… Hetzel ajoute tout le suspense en utilisant Le Petit Journal, quotidien national, pour publier les romans en épisodes et crée ainsi un véritable engouement populaire qui se propage par le bouche-à-oreille. Il assure une diffusion internationale grâce à son réseau de librairies et à des accords avec des éditeurs étrangers. Il soigne les moindres détails : édition, format et papier de haute qualité, illustrations réalisées par des artistes triés sur le volet ; les prospectus et les campagnes publicitaires dans la presse feront le reste.
Une fin de vie plus sombre
En 1886, un neveu atteint de troubles mentaux lui tire dessus, le laissant boiteux. Plus tard, une cataracte le prive progressivement de la vue. Sa femme et ses petites-filles lui font la lecture. À sa mort en 1905, une foule de cinq mille personnes assistent à ses obsèques. Les condoléances affluent du monde entier, sauf de la présidence de la République : une nouvelle loi sur la séparation de l’Église et de l’État vient d’être votée. Or, Jules Verne était monarchiste et catholique. « Quelle horreur ! »
Visionnaire, Jules Verne croyait au progrès tout en s’en méfiant. Ses derniers romans deviennent plus sombres. Il pressent les dérives de la science et avertit : « Tout ce que j’invente est au-dessous de la réalité ; viendra un temps où les créations de la science dépasseront celles de l’imagination. » Nous y sommes.
NDLR : si vous passez par Nantes, vous pouvez découvrir le Musée Jules Verne, inauguré en 1978 à l’occasion du 150e anniversaire de la naissance de l’écrivain. Au Lude, dans la Sarthe, il existe aussi un très joli petit musée Jules Verne, avec de magnifiques pièces originales, initiative d'un collectionneur privé passionné.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour


































10 commentaires
Et on apprend dans Retour vers le Futur 3 que le professeur qui a inventé la « voiture à voyager dans le temps » était fasciné par Jules Vernes pendant son enfance. L’idylle amoureuse dans le film vient aussi d’une passion commune des 2 protagonistes pour l’ami Jules.
Cet auteur a été trop longtemps oublié, il est temps de le réhabiliter chez la jeune génération.
Déjà en 1905, pas d’hommage de la république si on est un catholique et monarchiste. La France ne change pas!
Oui la gauche a tout saccagé dans ce pays.
Pour éliminer une fausse croyance (je suis aéronaute): il n’y a pas de ballon dans « le tour du monde en 80 jours ». Les américains en ont fait un film (1956, avec David Niven), y ajoutant un ballon (à gaz et non pas une montgolfière) traversant la France (« la coquette » y est magnifique!). Avec le ballon sur l’affiche, ce film eut un succès considérable! Anecdote: le ballon fut ajouté au scénario parce que les chemin de fer français étaient en grève!! Info: le ballon (rozière) de B. Piccard en 1999 fit le tour du monde en 20 jours.
Merci pour l’hommage rendu à Jules Verne un monsieur qui nous à fait révé avec de merveilleuses histoires.
Lorsque j’ai 13/14 ans j’étais passionné des bouquins de science fiction qui me faisaient rêver , aujourd’hui un peu plus de 70 ans après je retrouve toute les inventions imaginées par ses écrivains de génie qui passaient pour des écrivains de gare, même sur la transformation de notre société ils n’étaient pas loin de la vérité alors que je trouvais ça déjà exagéré.
Je vais me mettre dans la peau de l’avocat du diable. Voyager au centre de la Terre est une ineptie et un homme propulsé par un canon pour aller sur la lune serait instantanément liquéfié. Cela dit, les œuvres d’imagination de Jules Verne font passer un bon moment, mais il est inutile d’y chercher des prophéties extraordinaires.
De la science-fiction réaliste dans le sens de réalisable. Des récits captivants, aucune vulgarité, une précision des lieux géographiques .
Allez visitez sa maison du 19eme siècle a Amiens où il est mort , il fut aussi conseiller municipal de cette ville .
Ouvert de 10h a 18h fermé a l’heure du déjeuner.
Ferme le mardi .Rue Charles Dubois .
Relisez » Paris au vingtième siècle « , un roman d’anticipation écrit par Jules Verne en 1860, mais refusé par Hetzel au motif qu’il nuirait à la réputation de l’auteur. Il ajoute : « On ne croira pas aujourd’hui à vos prophéties. » Le manuscrit, annoté de la main d’Hetzel, sera retrouvé en forçant un coffre-fort en 1989, et publié en 1994: au menu, la décadence des Humanités et l’invention du télécopieur, dont Jules Verne avait découvert le prototype, par sa » veille technologique « .