[LE GÉNIE FRANÇAIS] Le Figaro, deux siècles d’esprit français

Jean d’Ormesson, élégant, souriant, profondément libre, en fut le directeur général dans les années 1970.
Capture d'écran
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En 2026, comme le rappelait Marc Baudriller dans son édito du 12 janvier, Le Figaro souffle deux cents bougies, et ce n’est pas seulement l’anniversaire d’un quotidien : c’est celui d’une liberté de ton, d’un esprit, d’un style et d’une « certaine idée de la France… », selon la formule tellement reprise du Général ! C’est aussi une succession de grandes plumes, certaines immortelles, qui participent toujours et chaque semaine ou chaque jour depuis deux cents ans à observer et faire avancer l’Histoire de notre pays.

Flatter et blâmer

Cela commence donc en 1826. Le Figaro n’est alors ni un grand quotidien ni un journal d’influence. C’est une feuille tour à tour satirique, impertinente ou insolente. Figaro, un personnage de l’écrivain Beaumarchais, est un valet qui se moque des puissants et donne sa devise au journal : « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur. » N’est-ce pas déjà un magnifique slogan publicitaire qui vous donne tout de suite envie de lire ? Et même une morale qui pourrait venir d’une fable de La Fontaine ou d’un spectacle de Molière ? Bref, tout est déjà là.

Pierre-Augustin Caron, dit Beaumarchais

D’une famille aisée et cultivée, Beaumarchais est un grand original. Il a tout fait : inventeur d’un procédé d’horlogerie, professeur de musique des filles du roi Louis XV, homme d’affaires et agent secret, prisonnier innocenté, il devient écrivain et dramaturge. Il milite et participe également à la création du droit d’auteur. Et il éditera Voltaire, à qui on a fait dire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. » En réalité, c’est l’Anglaise Evelyn Beatrice Hall qui a écrit dans un livre cette célèbre formule pour résumer la pensée voltairienne. On aimerait tant, aujourd’hui, que les grands médias du service public en prennent l’exemple.

Le Figaro affronte les régimes, les censures et les révolutions. Il n’est pas seulement un journal : il est un atelier de la langue française, un conservatoire vivant. Interdit, il renaît sous une autre forme, change de propriétaires et de ton, mais son âme toujours demeure.

Des chroniques lues à voix haute dans les cafés

Les anecdotes ne manquent pas. Certaines chroniques sont attendues comme des événements, lues à voix haute dans les cafés. Des ministres redoutent l’éditorial du lendemain. En 1833, le rédacteur en chef Nestor Roqueplan se bat en duel avec le colonel Gallois, offensé par un article du Figaro ; blessé, il se rétablit. Le 16 mars 1914, Gaston Calmette, rédacteur en chef du Figaro, est assassiné par Henriette Caillaux, épouse du ministre des Finances Joseph Caillaux, après la publication d'une lettre qui mettait en doute l'intégrité de son mari.

Au XIXe siècle, sous la direction d’Hippolyte de Villemessant, on lit Le Figaro autant pour s’informer que pour se faire plaisir. Les plumes les plus brillantes y font leur promotion sans le savoir ou s’y font connaître. La littérature et le journalisme marchent ensemble, main dans la main.

Nos plus grands écrivains

Le Figaro est marqué par une histoire d’écrivains qui laissent une empreinte durable dans le journal. Plutôt de droite, il laisse la gauche s’y exprimer. Tel Émile Zola qui, par l’écriture, en 1897, a permis d’innocenter le capitaine Dreyfus, avant même son célèbre « J’accuse » dans L’Aurore. Peu de journaux ont réuni autant d’auteurs illustres tels qu’Honoré de Balzac, qui comprend avant tout le monde que le journalisme est une extension de la littérature ; Théophile Gautier, un esthète qui fait rayonner une prose somptueuse ; François Mauriac et ses chroniques, graves et lumineuses ; Paul Claudel, qui recherche inlassablement l’expression de Dieu dans l’art qui l’entoure ; Raymond Aron, avec sa rigueur intellectuelle et son sens de la mesure au milieu des tempêtes idéologiques du XXe siècle ; Jean d’Ormesson, élégant, souriant, profondément libre, qui en devient le directeur dans les années 1970. Il incarne mieux que personne cet esprit « Figaro » : sérieux sans être ennuyeux, cultivé sans être pédant, engagé sans être sectaire.

Ces écrivains et intellectuels écrivent pour éclairer le monde. Ils savent que la précision du mot conditionne la justesse de l’idée. On peut ne pas être d’accord avec les positions du Figaro, mais on ne peut lui nier une constance rare : celle de défendre la liberté, la culture, la langue française et une certaine continuité de l’Histoire quand d’autres veulent la déconstruire.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 19/01/2026 à 20:36.

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Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

18 commentaires

  1. Pourquoi mettre Jean d’Ormesson dans le titre, alors que l’article traite du Figaro? Cela porte à confusion, même si Jean d’Ormesson reste l’un des tout derniers génies français.
    Par ailleurs, l’article omet un auteur à succès plus récent, qui a été chroniqueur et plus encore, au Figaro : Éric Zemmour. Sera-t-il un jour prétendant au label de génie français ?
    Merci Antoine pour vos toujours bonnes chroniques !

  2. Le Figaro, ce quotidien qui a soutenu Macron! Des journalises du  » en même temps ». On peut les voir sur Cnews (droite LR) mais aussi sur LCI (Centre) et même sur BFM, la chaîne de propagande macroniste et socialo. Alors…aucun intérêt pour moi.

  3. J’ai abandonné le Figaro depuis que je ne sais plus s’il est à droite molle ou à gauche molle. Dans les deux cas c’est le terme « molle » qui revient. Et comme le dit BERCHENY a propos de l’ex prestigieux directeur : « D’Ormesson fut un fervent soutien macroniste de la première heure ….ne jamais l’oublier ».

  4. Près de 9 millions d’euros de subvention d’état par an ….hum! On est bien loin d’une presse dit de droite libre et indépendante tant vantée d’ailleurs. Pas mieux pour les titres de gauche. La presse en France est une presse aux ordres, de conventions, et d’oppositions de façade dite de contrôle. Cela nous a donné les Chirac, Sarko, hollande et le fossoyeur en place pour finir le boulot des mondialistes de davos et d’ailleurs.. Réveillez vous !

  5. Le Figaro d’aujourd’hui n’est plus un journal de droite libérale, mais une insipide feuille de chou qui ne sait plus quelles sont ses opinions.

      • Et puis j’ai fait des économies …désabonné du Figaro et Le Point depuis pas mal d’années déjà . J’ai réinvesti en dons pour TVlibertes entre autres

  6. « Ces écrivains et intellectuels écrivent pour éclairer le monde. Ils savent que la précision du mot conditionne la justesse de l’idée » Tres étonné dans ma jeunesse d’apprendre, par un médecin homéopathe, que nous pensons avec des mots, j’avais imaginé que nos pensées les généraient. Enseignés de ce constat nous devrions l’utiliser chaque jour.

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