[LE GÉNIE FRANÇAIS] Louis de Funès : quand les Français étaient unis par le rire

Comment ne pas citer Pouic-Pouic, Hibernatus, Jo, la trilogie Fantomas, La folie des grandeurs, Le Petit baigneur…
Louis_de_Funès,_Les_Bons_Vivants,_1965

Rendre sympathique au public un personnage odieux, voilà le génie de l’acteur.
Tout a été dit sur Louis de Funès qui fait encore et toujours rire nos petits-enfants et arrière-petits-enfants. Quarante-trois ans après sa mort en janvier 1983, que reste-t-il encore à découvrir sur celui dont la vie est un roman ?

Quand les Français s’aimaient

Années 1960. Les Trente Glorieuses semblent à leur apogée avec ces années bonheur qui réunissent et soudent les Français depuis la Libération. Cette réalité du vivre- ensemble est bien là et n’a pas besoin de dire son nom. Toute la France de cette époque, hélas bien révolue, sait se retrouver pour le plaisir : les Français de tous les milieux, de tous les âges, de toutes les générations, riches ou modestes, de souche ou immigrés, provinciaux ou parisiens, qu’ils soient de gauche ou de droite ; ils remplissent les salles de cinéma, pleines à craquer pour éclater de rire ensemble. Et ce, grâce à quelques grands acteurs dont, au sommet, l’immense Louis de Funès. Sur 100 films, 50 ont fait deux, quatre, six, huit… millions d’entrées. L’euphorie dure jusqu’aux années 1980 où Mitterrand lance SOS Racisme et divise la France pour mieux régner.

La vie du génie du rire est un roman

Années 1940. Louis de Funès est pianiste dans un club de jazz parisien, où il joue toutes les nuits pour gagner sa vie. Nous sommes sous l’Occupation, et alors qu’il est à son piano, un officier allemand tente de séduire une jeune femme, également pianiste et qui écoute Louis attentivement. Louis se rend compte que cette situation gêne la jeune fille. Pour la protéger, il se lève et déclare au culot, sans la connaître : « Je suis son fiancé. » L’officier disparaît. Entre les faux fiancés, c’est le coup de foudre. Ils se marient quelque temps plus tard.
L’épouse, Jeanne Barthélémy, jouera un rôle déterminant dans la carrière de l’acteur en devenant son manager et sa comptable, en l’aidant à choisir ses films, à négocier ses cachets et à gérer son image publique. En choisissant aussi ses partenaires et son épouse à l’écran : Maria Pacôme, puis Claude Gensac. En agaçant aussi parfois les réalisateurs et les metteurs en scène par sa présence fréquente sur les plateaux et par ses remarques : « On ne voit pas assez ses beaux yeux bleus ».

Après 36 rôles de quelques secondes, Louis de Funès trouve la consécration en 1956 avec La Traversée de Paris, mais c’est au théâtre qu’il révèle son immense talent. La pièce Oscar fait un malheur ou plutôt le bonheur du public grâce à ses mimiques et ses facéties extraordinaires, dont certaines sont improvisées. Chaque soir il améliore sa prestation. La pièce sera jouée 600 fois de 1959 à 1972. Plus tard, il rêvera de tourner un film muet, puis avec Polanski. Il n’en aura pas le temps.

Personne ne fait rien de grand tout seul

Il est difficile de choisir les meilleurs films de Louis de Funès. Chaque Français a ses préférés, selon son âge et ses souvenirs. Comment ne pas citer Pouic-Pouic, Hibernatus, Jo, la trilogie Fantomas, La folie des grandeurs, Le Petit baigneur… Deux grands réalisateurs sortent pourtant du lot. Ils croient au génie de Louis et le comprennent : Jean Girault et Gérard Oury. On doit au premier l’hilarant Gendarme de Saint-Tropez et la série qui perdurera jusqu’en 1982, dernière année de la vie de l’acteur. Girault a une façon particulière de travailler pour mettre en valeur son comique et son talent. Plutôt que d’imposer un style rigide, Girault favorise une grande liberté d’improvisation et encourage Louis à exprimer pleinement son énergie et son expressivité, notamment ses gestes vifs et ses mimiques caractéristiques, ce que fera l’acteur en apportant continuellement de nouvelles idées pour le scénario.

Gérard Oury, complice et meilleur ami

De son côté, Gérard Oury, mieux que personne, sait utiliser, écouter et pousser Louis de Funès à exprimer son humour, par exemple avec son merveilleux binôme Bourvil (La Grande Vadrouille, 17 millions d’entrées, du jamais vu !). Également, dans Le Corniaud (11, 8 millions), sous la douche, lorsque son voisin à l’allure athlétique bombe le torse et qu’il se sent minable à côté de lui… Oury a le bon réflexe de laisser la caméra tourner, alors que la suite spécialement drôle n’était pas dans l’histoire. Dans Les aventures de Rabbi Jacob, Gérard Oury, se souvenant que Louis le faisait mourir de rire quand il imitait l’oiseau, décide de lui donner le nom de Pivert. Et ça n’a pas raté : Louis a fait le pic-vert dans le film sans que Oury ne le lui demande. Pour lui, « il fallait que cela vienne de Louis ». Succès inoubliable du tandem Oury/de Funès,  Les aventures de Rabbi Jacob (1973) feront 7, 3 millions entrées. Cette popularité et l’unanimité de toutes les religions nous démontrent encore que la France n’est pas raciste.

Les angoisses du génie

Louis de Funès est passionné mais aussi obsédé par la qualité de son travail. Ayant réussi à cinquante ans, après de longues années de vaches maigres – qui lui ont également tout appris sur le genre humain qu’il a su observer–, comment pourrait-il ne pas craindre de ne plus faire rire et que tout s’arrête ?
Curieusement, aux yeux des critiques de cinéma, le comique est encore un art mineur. Et l’acteur un ringard pour certains journalistes. Parfois blessé par la presse, Funès refuse même de jouer. L’art suprême de faire rire n’est jamais garanti. Et Louis en est conscient. La célébrité ne l’intéresse pas, mais il aurait bien apprécié en revanche la reconnaissance des médias qui attendent sa mort pour enfin l’encenser.
On le juge trop sévère ou trop sérieux dans les tournages, mais c’est cette peur de mal faire ou de rater qui le tenaille, alors que le film tient sur ses épaules. Des rumeurs le disent en froid avec certains acteurs et pas drôle dans la vie. Selon ses enfants, il n’en est rien. Contrairement aux ragots, il s’est parfaitement entendu avec Jean Marais, aussi charmant que lui. Il est courtois et respectueux de chaque comédien. Une exception quand même : Jean Gabin, avec qui la relation est tendue. Les deux monstres sacrés ont des méthodes de travail opposées (Le Tatoué, 1968).

Comment vérifier si le rire est au rendez-vous

Certains soirs de premières, il prend l’habitude d’aller discrètement au fond d’une salle de cinéma avec son fils ou son épouse. Il se coiffe d’un bonnet et met une paire de lunettes noires pour qu’on ne le reconnaisse pas. Au bout de quelques minutes, si la salle éclate de rire, alors rassuré, il peut sortir.
Au restaurant, il se sent obligé de commander des plats chers, alors que des menus simples lui suffiraient. Très généreux, il donne son argent à tour de bras et à tant de gens et d’œuvres que les héritiers, ses enfants, auront du mal à faire le tri. Un jour, Louis de Funès reçoit une lettre anonyme avec des menaces à l’appui : « Vous gagnez trop d’argent. Si vous ne me versez pas 300 000 F, je m’en prendrai à votre famille ». Finalement le maître chanteur sera confondu et arrêté par la police.

Le cœur ne suivra pas

Louis de Funès dépense son énergie par tous les temps et selon les besoins des films. Sans jamais se plaindre. Une fois, sans être doublé, il disparaît dans une flaque d’eau, une autre, il se gèle dans un chaudron de chewing-gum. Dès qu’il quitte son travail, il fuit la jet set et le show-biz. Il n’aime pas les mondanités. Seuls son jardin, ses tomates, ses fleurs et sa famille trouvent grâce à ses yeux. Son cœur ne tiendra pas. Il meurt à 68 ans avec plein de projets restés sur le papier.

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Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

26 commentaires

  1. Louis de Funès aujourd’hui serait catalogué de factieux facho nazi ….par les mêmes qui prétendent aujourd’hui que manger une côte à l’os est un acte xénophobe , raciste , franchouillard et plus en devenir

  2. Parler de Louis de Funès comme un génie Français vous y allez un peu fort et si il attirait beaucoup de spectateurs au cinéma c’est que la télévision n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui et que les prix étaient abordables pour les familles donc on se rendait dans les salles pour y voir des films de série B et si certains films comme la grande vadrouille on fait 17 millions d’entrées c’est surtout pour voir Bourvil qui lui était un acteur de génie capable de de nous émouvoir et de nous faire pleurer mais aussi nous faire pleurer de rire (le Mur de l’Atlantique) « le JOLI PAPA » tout est réuni, tendresse, émotion, rire, vous évoquez « la TRAVERSÉE DE PARIS » ou en effet son rôle est important et bien joué mais qui tient le film Bourvil et Gabin (encore un autre génie de notre cinéma) non décidément non, ses clowneries pouvaient faire rire mais au bout d’un moment il devenait agaçant il en faisait trop, bref autant je pourrais regarder les « TONTONS FLINGUEURS » encore et encore ce ne sera pas le cas avec Louis De Funès.

    • « Parler de Louis de Funès comme un génie Français vous y allez un peu fort  » = non je ne suis pas de votre avis.
      Moi qui déteste la TV et qui vais très rarement au cinéma, j’allais voir tous ses films.
      C’était un acteur de talent et au moins, il ne cherchais pas la célébrité, comme tous ces prétentieux actuels.

    • Aucun homme, aussi populaire soit-il, n’a jamais fait l’unanimité. Et tant mieux ! Le parfait est inhumain !

  3. La seule fois que mes parents sont sortis sans mes soeurs, mon frère et moi et qu’ils nous ont confiés à la garde des voisins, c’est pour aller voir la Grande Vadrouille ou le Corniaud, je ne sais plus. Louis de Funès était l’acteur préféré de ma mère.

  4. Egalement la Soupe au Choux, avec jean Carmet, un bonheur de sensibilité sur le roman génial de René Fallet, poésie et drôlerie farfelue. Sublime.

Commentaires fermés.

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