[LE GÉNIE FRANÇAIS] Michelin, inventeur increvable

130 ans d’aventures et d’innovations continues. L’imagination de l’entreprise Michelin est sans limites.
michelin

Du pneumatique au pneurail, de la micheline à la réinvention de la voile, la marque auvergnate va jusqu’à décrocher la Lune pour la NASA. Et bientôt, vers 2030, le pneu sans air pour le grand public !

Nous avons tous connu, dans notre enfance, ce train de campagne rouge et crème qu’on continue (à tort) à appeler micheline, alors que nous n’avons jamais vu ses roues chaussées de pneus. Qui sait, d’ailleurs, que le nom de cet autorail avait un rapport avec des roues à pneumatiques ?

C’est le 10 septembre 1931 qu’a lieu le voyage inaugural de la micheline entre Paris et Deauville par une vitesse moyenne de 107 km/h, avec un confort, une légèreté et une rapidité jamais égalés. André Michelin, quelque temps plus tôt, ne pouvant dormir dans le wagon-lit qui le conduit de Paris à Cannes à cause du bruit des roues sur le rail, a demandé à ses ingénieurs de concevoir un engin ferroviaire roulant sur des pneumatiques. Le succès est total et devient international. Mais, trop coûteux, le pneurail ne survit pas à la Seconde Guerre mondiale.

Les précurseurs

L’histoire du pneu remonte en réalité à la fin du XIXe siècle. Plusieurs bricoleurs, dont le Français Charles Dietz, tentent des expériences de bandages en caoutchouc pour habiller les roues des véhicules, avant de tomber dans l’oubli. Puis le britannique John Dunlop pense à l’air comprimé, d’où le terme « pneumatique ». Ensuite, l’Américain Charles Goodyear met au point la vulcanisation du caoutchouc à partir du latex, venant lui-même d'un arbre exotique : l’hévéa.

C’est une Française, Adèle Barbier, épouse d’un certain Jules Michelin, qui est persuadée que le caoutchouc est un matériau d’avenir. Son mari a une affaire de machines agricoles. Il produit tuyaux, clapets, raccords, joints… Leurs deux fils, André et Édouard, proposent des patins de freins pour les voitures (de l’époque) à cheval.

L’événement sportif comme moyen publicitaire

Alors qu’un cycliste débarque dans la cour de l’usine à la suite d’une crevaison, Édouard Michelin réfléchit à la manière de remplacer les bandages collés aux roues par un pneu démontable. Il demande à son ingénieur de lui confectionner un pneu « qui peut être changé en un quart d'heure par un imbécile ». Et tout part de là.

La deuxième bonne idée sera de profiter d’un événement sportif pour se faire connaître. Le premier grand champion cycliste de l’Histoire, Charles Terront, va remporter le Paris-Brest-Paris grâce à ce pneu, avec huit heures d’avance sur le second.

Les frères Michelin anticipent l’évolution de l’automobile qui va remplacer progressivement la voiture à cheval et profitent, là encore, d’une course, le Paris-Bordeaux-Paris, pour promouvoir la première voiture à rouler sur de l’air. Le succès est éclatant. Sans doute moins glorieuse mais astucieuse, l’idée de la « course aux clous » de Paris à Clermont organisée par la société Michelin en 1892. Édouard fait semer des clous sur la route et avouera qu’il s’agissait de prouver qu’on peut rapidement changer de pneu. En effet, la réparation ne prend désormais que deux minutes.

Élu meilleur logo du monde

1894. Les frères Michelin ont également un talent de créatifs publicitaires. Alors qu’il se rend à l’Exposition universelle de Lyon, Édouard, diplômé des beaux-arts, voit devant leur stand une pile de pneus et dit à André : « Regarde, avec des bras, cela ferait un bonhomme ! » Quelques coups de crayon et la célèbre mascotte Bibendum est née. Elle sera élue icone du millénaire et meilleur logo du monde par le Financial Times en l’an 2000. Mais les routes ont bien changé et le slogan Nunc est bibendum (« c’est le moment de boire… l’obstacle ») est désuet. Ne dit-on pas : « Boire ou conduire, il faut choisir ! »

1899. Un bolide électrique devient le premier véhicule à dépasser les 100 km/h. Il se nomme La jamais contente, construit par le pilote et ingénieur belge Jénatzy. Il est équipé, bien sûr, de pneus Michelin, toujours là quand il s’agit de participer à un exploit.

De la carte routière à la gastronomie avec les guides Michelin

Inventifs autant que visionnaires, les Michelin gardent toujours un temps d’avance. Une nouvelle aventure démarre : celle des guides. André saisit toute l’importance d’accompagner les clients sur la route : conseils techniques, entretien, réparation des pneus… Et d’innover avec les incontournables cartes routières, puis la signalisation par la production de bornes et de panneaux routiers. Et pourquoi ne pas aller plus loin – restons Français – en proposant aux automobilistes les « bonnes tables » de notre terroir gastronomique ! Encore une fois, le succès est au rendez-vous et va le rester.

Le Radial ou pneu X. Le grand tournant

Petit-fils du fondateur, François Michelin ne perd jamais de vue son cœur de métier, le pneu. Dès le début du XXe siècle, le groupe se constitue un réseau commercial à l’échelle mondiale en s’installant à Londres, Turin et aux États-Unis.

Entre 1946 et 1955, Michelin passe du 10e au 1er rang mondial en inventant le Radial, ou pneu X, qui équipe encore aujourd’hui la plupart des voitures. Sa structure métallique est révolutionnaire. Baptisé « cage à mouche », pour les câbles espacés de sa carcasse, ce pneu réunit des performances exceptionnelles : longévité doublée, sécurité renforcée et réduction de la consommation de carburant.

Depuis 1980, le pneu radial équipe les avions militaires comme le Mirage, puis l’aviation commerciale. Et désormais, sans parler d’Airbus, Boeing roule surtout en Michelin. Si le constructeur d’avions américain a adopté la marque française, c’est grâce à son talent pour l’innovation. Elle livre à l’avionneur des pneus à structure radiale, et en kevlar, fibre synthétique cinq fois plus résistante que l’acier et plus légère. Quand on sait tous les défis technologiques que concentre un pneu d’avion (25 tonnes de charge, 340 km/h de vitesse au sol, -50 °C à +200 °C), on mesure la prouesse.

De l’aile gonflable au futur pneu sans air

Il est impossible de lister ici toutes les inventions et les développements de la marque Michelin : le pneu clouté pour la neige et le verglas, le pneu-pluie CrossClimate ; la DS Mille-Pattes, un monstre de 9 tonnes atteignant 180 km/h pour tester les roues de poids lourds… Citons encore, dans le domaine du nautisme, l’aile gonflable WISAMO : une voile révolutionnaire toute récente (2021) au mât télescopique (pour passer sous les ponts) qui, par l’énergie du vent, réduit la consommation de carburant des navires, qu'ils soient cargos ou voiliers. Quant au pneu sans air Uptis prévu pour le grand public en 2030, il boira l’obstacle, avalera les chocs et pourra se déformer sans abîmer la jante.

Génie social, patron chrétien en actes

Michelin a compris que la vie professionnelle de ses employés est liée à leur vie personnelle. Maisons, écoles, hôpitaux, infrastructures sportives, formation continue… dès le début sont créées les conditions pour améliorer la qualité de vie de chaque foyer. En 1927, Édouard Michelin déclare : « Nous sommes persuadés que notre maison prospère à cause de ses œuvres sociales. » François disait d’ailleurs, à propos de ses salariés : « Chaque homme est unique et irremplaçable. » Malgré la menace inéquitable de la concurrence chinoise, cet engagement ne s’est jamais démenti.

Picture of Antoine de Quelen
Antoine de Quelen
Ex-publicitaire et rédacteur pour la télévision

Vos commentaires

30 commentaires

  1. Je suis admiratif de ces grands capitaines d’industries ( ou autres activités ) qui persévèrent et innovent _ ou ont innové _ au point d’être copiés _ malgré toutes les conjonctures ( en particulier en France de nos jours…) Michelin, Citroën et tant d’autres… !

  2. La grande maison fourmille de clichés : un qui résume assez bien l’esprit : sur les feuilles de paie (à la quinzaine à l’époque) figurait « voici ce que le client estime devoir payer pour votre travail »

  3. Bien que parfois légèrement plus chers, je roule toujours en Michelin d’abord parce que je suis convaincue de la supériorité technologique de cette marque en termes de sécurité, de longévité, et de consommation d’énergie sans toutefois pouvoir le prouver, mais aussi par patriotisme. Nos fleurons industriels ne sont plus légion, tous les Français devraient en faire de même.

    • Pour parler de l’autorail Micheline, apprenez que jusqu’aux années 2000 il y avait à la gare de Tananarive( Antananarivo) Madagascar une Micheline rouge et jaune équipée de roues caoutchouées. J’ai pu visiter l’engin grace à une petite pièce au gardien. Elle ne marchait plus, des pièces manquaient dans le moteur et n’avaient pu être remplacées par le génie créatif malgache qui consiste à faire de tout avec presque rien. J’ai regardé les roues entourées de caoutchouc, elles étaient en bon état. j’ai pris le train diesel de la ligne Tananarive- Tamatave sur une voie construite par les ingénieurs français avec ponts, viaducs multiples descendant des hauts plateaux jusqu’à l’Océan indien. Voyage fantastique aux arrêts colorés dans les gares où l’on est autorisé à descendre pour se dégourdir les jambes et acheter des friandises et fruits vendus par une mautitude petits vendeurs pour trois fois rien. Et les sensations de voyage dans les waggons incroyables. On y est sécoués à l’amorce de chaque virage car le waggon va tout droit et d’un coup brutal part à droite ou à gauche. On comprend vite l’intérêt d’être assis ! Usure des axes quand tu nous tiens…encore !

  4. Félicitations Monsieur De Quelen, pour cet excellent article consacré une famille remarquable qui a su perpétuer l’alliance des talents de l’ingéniosité, de l’industrialisation et de la commercialisation au bénéfice de toute la planète. Depuis l’acquisition de ma première voiture (en 1972) il n’a jamais été question de rouler avec d’autres pneus que des Michelin. Un seul regret, que votre article ne mentionne pas le palmarès extraordinaire de Michelin en compétition. Notamment en formule 1, à l’époque ou chaque écurie avait le choix entre plusieurs fabricants de pneus. La domination de Michelin a été sans équivoque, à chaque fois que le département compétition est revenu, après quelques années d’absence. Magnifiques souvenirs.

    • Très juste, Monsieur Royer. Mais je réponds pour l’auteur qui le dit lui-même : impossible de tout dire (dans un format limité à deux pages) sur les oeuvres et créations considérables de Michelin : la compétition, Concorde, la Lune, la 2CV Citroën, etc… Il y avait donc un choix à faire…

      • Merci pour votre remarque. J’en profite pour vous assurer de mon soutien dans ces turbulences de tous genres que Boulevard Voltaire doit affronter sans répit. Comme à dautres patriotes, s’il m’est arrivé de penser, selon l’expression bien connue selon laquelle « on aura tout vu ». Hélas, chaque jour qui passe me fait penser que cette formule, régulièrement prononcée pour qualifier un événement qui dépassait l’entendement, n’a plus aucun sens, puisqu’on est bien obligé de constater la croissance exponentielle de ce qui est devenu indicible.
        Courage, nous sommes, je le constate, de plus en plus nombreux autour de vous.

      • Espérons que les écuries y retrouveront leurs comptes. On ne peut savoir ce qu’auraient été les courses en F1 si Michelin avait été le fournisseur exclusif, comme l’est Pirellii depuis des années. Personnellement, je pense que Michelin n’aurait pu que faire mieux que ces gommes extrêmement instables, aux réactions imprévisibles en fonction des circuits. Mais, de mon point de vue, ce sujet n’est pas le seul qui pose problème en F1.

  5. Génie social, patron chrétien en actes… hum, hum, j’en doute…. ayant travaillé chez citroën (passé sous la coupe de michelin) , je n’ai pas ressenti en 68 ces jugements…. cependant je ne conteste pas la qualité michelin

  6. J’ai travaillé pendant 40 ans à la maison mère, à Clermont-Ferrand, je pense donc que je connais assez bien le sujet.
    Je me souviens de cette phrase prononcée par François Michelin, je crois que s’était suite aux accords de Grenelle, des 25-27 mai 1968 :
    « L’autorité ne se partage pas, elle s’incarne. »
    J’ai mis bien des années à en comprendre le bien-fondé…
    Il avait eu aussi cet hommage envers les ouvriers :
    « Même ceux (les ouvriers) qui réalisent les tâches les plus petites accomplissent quotidiennement une œuvre. »

  7. L’excellence et la persévérance. esk ça va « durer »?.. je change mes pneus, toujours des Michelin. Un peu plus cher mais tellement mieux !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois