Le Louvre, saison 2 : trafics, inondation, la scoumoune continue

Neuf personnes, dont deux agents du Louvre, ont été arrêtées mardi pour fraude à la billetterie du musée.
Photo de Gökberk Keskinkılıç - www.pexels.com
Photo de Gökberk Keskinkılıç - www.pexels.com

Le coût du préjudice dû à la fausse billetterie s'élève à plus de 10 millions d’euros.

Il ne manquerait plus qu’on découvre une quelconque implication des huiles du Louvre dans le scandale Epstein et l’affaire serait complète. Pourquoi pas, d’ailleurs, car ce ne serait pas la première fois. On se souvient en effet du scandale de l’affaire Canson et de l’achat plus que douteux par le Louvre, en 1985, du Gentilhomme sévillan, un chef-d’œuvre de Murillo. À l’époque avaient été mis en cause le conservateur Pierre Rosenberg et le ministre de la Culture, un certain… Jack Lang.

Petits arrangements entre guides

C’est un véritable réseau de fraude à la billetterie qui a été démantelé. À sa tête, un cerveau organisateur, et des petites mains pour le business. Pour le parquet de Paris, le trafic qui touchait le Louvre et Versailles atteindrait plus de 10 millions d’euros. L’AFP précise que « les fraudeurs organisaient des visites de groupe dépassant la limite autorisée de vingt personnes et facturaient, hors billetterie officielle et à leur profit, des tarifs surévalués aux touristes excédant ce seuil ». Parmi les personnes impliquée figurent deux agents du Louvre et des guides touristiques ; c’est l’occasion de se pencher sur le statut particulier de ces derniers.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, les guides ne sont pas salariés par les musées mais disposent d’un « droit de parole », c’est-à-dire l’autorisation de « commenter les œuvres devant du public dans les salles du musée ». Selon le règlement intérieur du Louvre, ce droit est accordé automatiquement aux conférenciers ou guides titulaires de la carte professionnelle française ; aux conservateurs des musées français ou étrangers également titulaires d’une carte professionnelle ; aux personnels enseignants de l’École du Louvre et aux enseignants français ou étrangers conduisant leurs élèves. Enfin, aux personnes autorisées par la directrice, Laurence des Cars.

Le droit de parole est accordé au guide au moment où il effectue la réservation pour son groupe et, théoriquement, l’achat des billets pour ce même groupe. Il faut donc croire qu’une faille dans le système a permis de multiplier les visiteurs au-delà du seuil autorisé de vingt personnes par groupe, cela sans doute avec la complicité de gardiens peu regardants. Toutefois, à la décharge du personnel, reconnaissons qu’il est certainement difficile d’effectuer des comptages rigoureux quand déferlent les hordes de touristes.

À qui la faute ?

Cette affaire de fraude à la billetterie n’est qu’une de plus dans la longue série des mésaventures du « plus grand musée du monde », comme on aime à se le répéter. Et comme le dit la rumeur populaire, quand la poisse colle à ce point, c’est qu’on en est responsable.

Tout le monde a en mémoire le rocambolesque cambriolage d’octobre dernier, quand des pieds nickelés ignares se sont emparés des bijoux de la Couronne au nez et à la barbe des gardiens et du public. Seule a été récupérée la couronne de l’impératrice Eugénie, pauvre joyau cabossé abandonné par les malfrats et retrouvé dans le caniveau au pied de la galerie d’Apollon. Nous avons ici évoqué abondamment les déboires du musée et le rapport de l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC), accablant pour la direction. Le Louvre est une grosse machinerie où « chacun fait ce qu’il peut, chacun pédale dans sa roue, et ça produit des catastrophes », concluait, en décembre, le rapporteur Noël Corbin.

Et chacun peut peu, pourrait-on dire. Ainsi, au vol des bijoux ont succédé la menace d’effondrement de la galerie Campana et l’inondation de la bibliothèque des Antiquités égyptiennes, le tout faute d’entretien des conduites d’eau. Puis les journées de grève se sont enchaînées avant qu’on n'apprenne l’arrestation de personnels responsables d’une fraude d’envergure à la billetterie et, dans la foulée... une nouvelle inondation ! Dans une salle comportant des œuvres importantes...

Le voleur de l’Élysée était gardien au Louvre…

Mais une autre affaire est passée peu ou prou inaperçue. C’était en décembre. Entre les fêtes de fin d’année qui approchaient et le tumulte de l’Assemblée autour de l’introuvable budget, on apprenait qu’un collectionneur versaillais et l’argentier maître d’hôtel du palais de l’Élysée venaient de passer aux aveux : ils avaient dérobé et recelé plus d’une centaine de pièces de porcelaine de la manufacture de Sèvres.

Le collectionneur, un dénommé Sylvain S., exposait alors au pavillon Henri II, à Villers-Cotterêts, une partie de sa somptueuse collection privée qui, nous dit-on, est riche de 500 pièces. Des pièces de « Sèvres royal et impérial » destinées à dresser les plus grandes tables. Le site Village de la Justice vante alors son goût très sûr : « Un jeune collectionneur de 30 ans fait dialoguer histoire et élégance à travers une exposition sur la porcelaine de Sèvres. Un regard neuf sur un patrimoine d’exception et une occasion unique de découvrir un monument confidentiel. » Son salaire de gardien au Louvre ne lui permettant pas d’assouvir sa passion pour la vaisselle d’apparat, Sylvain S. faisait affaire avec le grand argentier de l’Élysée, accusé d’avoir dérobé une centaine de pièces. En tout bien tout honneur, dit l'avocat de Sylvain S. au Figaro : « Au départ, on lui a proposé des pièces qui n’étaient pas d’une grande valeur, et il ne s’est pas posé de questions. Puis, la qualité montant en gamme, il a fini par se douter de quelque chose. »

Comme les agresseurs emportés par les volutes du shit et les trips de coke, Sylvain S. « n’est pas un trafiquant, mais a été emporté par sa passion ». Pas encore jugé, il est innocent. On retiendra surtout de cette affaire que la gestion de l’Élysée et celle du Louvre, c’est bonnet blanc et blanc bonnet, puisque personne n’a pu fournir la liste des objets disparus…

Picture of Marie Delarue
Marie Delarue
Journaliste à BV, artiste

Vos commentaires

43 commentaires

  1. Désolé , je ne vous lirais pas ! Ce qui se passe au Louvre n’est pas de la « scoumoune » , c’est de l’incompétence . La « scoumoune » , c’est autre chose , voyez Macron , il la porte en lui , ce qui ne l’exempte pas d’être incompétent et surtout inconséquent !

  2. Il y a 8 ans j’ai visité le musée l’Ermitage ( 2 jours de visite ) puis j’ai recommencé 4 ans plus tard. Parmi les musées que j’ai put visiter celui-ci se trouve être le plus beau et le plus grand musée du monde. Le musée du Louvre a beaucoup a faire pour devenir un petit frère ( un accueil minable et l’indiscipline des visiteurs insupportable).

  3. Un musée d’État, des administrations gargantuesques en déliquescence, une fiscalité s’apparentant plus à un racket qu’à un impôt équitable et nécessaire, des élus corrompus, d’autres impliqués dans de sombres et terrifiantes histoires d’argent, voire d’abus sexuels sur mineurs, une justice qui parfois laisse perplexe, un dirigeant jouant au parrain, attribuant distinctions et promotions à ses capos à des postes en prévision de lui rendre service, un pays ouvert à tous les vents mauvais, islamisme, extrémisme politique. Un État qui s’est placé entre les mains de ces créanciers, des puissances étrangères, qui financent une dette, un modèle social aberrant et en faillite. Sur une bâtisse, le potentiel risque d’effondrement commence en général par l’apparition de simples fissures et finit par un drame pour ceux qui y demeurent.

  4. Il ne s’agit pas de mésaventures ni de scoumoune mais de l’illustration d’un système confié , on se demande pourquoi , à des incapables , les dirigeants de ces établissements sont des nullités crasses qui auraient déjà dûs être virés sans indemnités et surtout non recasés dans d’autres sinécures financées par l’argent public .

    • Vous vous trompez, ce ne sont pas des incapables. Le penser, c’est déjà les excuser. Ce sont des personnes hautement compétentes, qui savent parfaitement ce qu’elles font et surtout pourquoi elles le font au service d’un système démagogique en perdition sous certains aspects à la soviétique, la violence et les crimes politiques en moins, qui, comme chacun sait, a su faire ses preuves auprès des peuples qui y ont été confrontés. Mais le pire ne sont pas ceux qui pratiquent cette idéologie pseudo-égalitariste à crédit et en faillite mais ceux qui les plébiscitent et qui cette fois-ci
      les plébiscitent et les élisent en toute conscience.

  5. C’est à l’image de tout le pays, une France qui peine à masquer la misère dans laquelle les gauchistes de droite et de gauche l’ont plongé.

  6. Si le nombre de visiteurs est calculé au nombre de billets vendus
    10 millions : ça représente combien de billets ?

    • Dix millions d’euros représentant une masse considérable de faux billets d’entrée . Trafic par des employés, vols, dégradations au Louvre. A quoi sert la direction d’un des plus grands musée du monde? Il y a là une incroyable incompétence. Qu’en dit et que fait la super ministre professionnelle de la culture ? No comment !

  7. Lorsque j’étais jeune, c’est à dire avant que les escrolos fassent la loi, les principaux monuments de Paris étaient illuminés. Idem pour les magnifiques bâtiments de la capitale. Depuis, ainsi qu’en témoigne cette photo, la beauté est plongée dans le noir.
    La gauche c’est, à tous les sens du terme, l’obscurantisme.

  8. La scoumoune n’a rien à voir là-dedans ! Copinage, médiocrité, incompétence. Des parasites se goinfrent de l’argent des Français et sont tellement sûrs de leur impunité qu’ils ne sont même pas capables de sauver les apparences.

    • @Volente : entièrement d’accord avec vous. De plus, la directrice était plus préoccupée par la rénovation de sa cantine que par la gestion du musée dans sa totalité.
      Mes enfants ont visité le musée du Louvre à Abou Dabi, exposant des oeuvres extraordinaires, très bien entretenu, et sécurisé, loin de la déliquescence de la gestion du musée français

    • Ce n’est effectivement PAS « de la scoumoune » mais la réalité de ce qu’est devenue la FRANCE dans ses « couloirs de la fonction publique » : une putréfaction ETATIQUE ! …

      • Nous sommes vraiment dans le grand n’importe quoi , Ou est la grandeur de la France, sa culture, sa fierté, sa gastronomie, son art de vivre, ses paysages,???? Tout ou presque est
        bafoué. par des menteurs, des voleurs,++++++ Mais dans quel monde sommes nous «  »tombés » » ? Au secours

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