Le ministre de l’Éducation nationale supplie les parents d’élèves de s’impliquer

Contre la violence à l'école ? Une lettre ! Contre la dénatalité ? Une lettre... À quand les actes ?
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Capture d'écran Sénat direct.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray. Capture d'écran Sénat direct.

Le gouvernement a décidé de prendre tous les problèmes à bras le corps, et ça tombe bien, il lui reste une année pour tenter de rendre la France au minimum dans l’état dans laquelle la Macronie l’a trouvée. Pour ce faire, notre gouvernement n’est pas en manque d’idées : pour régler le problème de la dénatalité ? Une lettre ! pour lutter contre les violences dans nos écoles ? Une lettre ! Les parents d’élèves ont reçu la leur le 12 février, pour les futurs parents il faudra attendre l’été.  À tout problème sa petite lettre : c’est certain, la France sera rebâtie en trois jours.

Suppliques, invectives et ton martial 

Alors, avec sa plus belle plume, son meilleur clavier plutôt, Édouard Geffray, notre ministre de l’Éducation nationale, tente d’impliquer les parents dans l’éducation de leurs propres enfants, c’est dire si le mal est profond ! « Nous nous mobilisons chaque jour pour faire réussir vos enfants, mais nous ne pouvons y parvenir sans vous », explique le ministre après avoir rappelé l’utilité de l’école publique : « Elle constitue une chance immense. Ce n'est pas le fruit du hasard. C'est le fruit d'une volonté, née avec la République : celle de faire de l'École le berceau de notre destin commun. […] En un mot, nous sommes redevables à l'institution ». Notre ministre tente de prendre les parents par les sentiments, enfin par le sentiment national si tenté qu’il existe encore…

« L'École repose sur un ensemble de principes et de valeurs qui ne sont ni amendables, ni négociables », harangue-t-il ensuite sur un ton martial mais l’« […] avenir ne peut se construire si nos enfants sont confrontés à la violence ». Alors, il appelle à un « sursaut collectif pour préserver ce qui nous unit » et supplie les parents de s’impliquer « face au fléau de la violence et du harcèlement ». Il faut dire que le dernier paragraphe de la lettre aurait plutôt tendance à pousser les parents vers la déscolarisation : « Cette mobilisation doit porter sur tout le spectre de la violence : nous ne pouvons admettre ni la banalisation de l'insulte, ni, plus grave encore, les violences physiques ou le port d'armes blanches. Un enfant ou un jeune n'a pas à avoir de couteau dans sa poche. Il n'a pas à agresser verbalement ou physiquement ses professeurs ou les personnels de l'éducation nationale. Il n'a pas à être violent, tout simplement. » Un rappel qui implique que lesdits parents ne soient pas les versions augmentées de leurs enfants puisque le ministre est obligé de préciser qu’« Il en va de même de ses parents. […] ».

 La politique des petites lettres 

Cette stratégie des petites lettres est surtout un constat d’échec : le gouvernement impuissant face au gouffre dans lequel s’enfonce la France tente de lui lancer des bouées à moitié gonflées. On se demande bien qui, à part les parents qui se sentent déjà un minimum concernés par l’éducation et l’instruction de leurs enfants, prendra la peine de lire cette lettre diffusée par mail par les directeurs d’établissement et sera ensuite sensible aux supplications et aux invectives du ministre. Honnêtement, quel bénéfice compte en tirer Édouard Geffray si ce n’est l’illusion d’avoir tenté quelque chose ? Parce qu’il avouait lui-même au micro de RTL que sur les 1 500 contrôles de cartables effectués mensuellement entre mars et décembre 2025, pas moins de « 525 élèves ont été interceptés par les forces de l’ordre avec un couteau ». Là où le ministre n’a pas tort c’est qu’évidemment, « tout ne dépend pas de l’école », mais pense-t-il sincèrement qu’une lettre, même si elle en appelle au sentiment national, au respect de l’autorité, aux devoirs parentaux, empêchera les élèves d’insulter leurs professeurs, voire de les menacer ou pire de les poignarder comme dernièrement à Sanary ?

Des paroles, et les actes ? 

Si, auprès du Point, des chefs d’établissement se félicitent de l’initiative qui, dans l’idée, devrait responsabiliser un peu plus les familles, les parents, eux, ne se font pas beaucoup d’illusions : « Cette lettre […] est un premier pas, mais elle sera qu’un aveu d’impuissance s’il n’est pas accompagné de mesures concrètes de la part de l’institution scolaire », y témoigne par exemple Grégoire Ensel, vice-président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE). Effectivement, si l’Éducation nationale pense avoir réglé le problème de la violence dans les écoles de la République avec une lettre bien troussée c’est qu’elle n’a définitivement pas perdu ses illusions ou bien qu’elle a déjà baissé les bras.

« Des mots, encore des mots, toujours des mots », chantait Dalida … Des lettres, encore des lettres, toujours des lettres pourrait reprendre la Macronie pendant que la France se demande bien quand elle passera des « paroles, paroles » aux vraies solutions.

Vos commentaires

48 commentaires

  1. On le supplie de mettre au pas les recteurs d’universités et autres et dans le cas contraire les limoger d’office en cas de refus

  2. On le supplie de mettre au pas les recteurs d’universités et autres et dans le cas contraire les limoger d’office en cas de refus

  3. Depuis au moins 30 ans « on »fait tout ce qu’on peut pour que les parents ne soient plus impliqués (cf: la directive de mr Blanquer sur les prénoms). Là où les parents sont encore impliqués, l’E.N. fait tout pour que les établissements soient entravés. Enfin, interdire les couteaux! pourquoi pas (mais à partir de quelle longueur), mais les cutters?

  4. Rappelez vous. Contre l inflation. Bruno Lemaire avait écrit une lettre ..
    Contre la natalité, Macron z écrits une lettre
    Et maintenant c est le tour de l education nationale.. au fait,combien de parents lisent les mots, convocation des professeurs.. un pourcentage important de parents ne répondent pas aux convocations ( lettre). Et le ministre va nous faire croire que 100% des parents liront sa missive..

  5. « si tenté » ? !… Vous voulez peut-être dire: si tant est?
    Merci de ne pas abîmer la langue française !

  6. L’Education Nationale a tout fait pour virer les parents du système, déresponsabiliser les enseignants et notre jeune ministre « tout frais et moulu » à la bonne idéologie vient d’avoir une idée : l’insouciance de la jeunesse … c’est beau quand même !

  7. Les droitards et les patriotes s’impliquent, par contre je suis moins sûr de ça pour les parents centristes et gauchistes!

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