Le rude hiver de 1879, un souvenir glacé

Cette année-là, le froid s’imposa sur la France avec une brutalité telle qu’il en fit un véritable enfer de glace.
hiver 1879
Mas, Emile (Paris, avant 1860 - 1950), dessinateur, CC0, via Wikimedia Commons

À l’heure où une nouvelle vague de froid et de neige s’abat sur la France en ce début d’année, il est frappant de mesurer combien les hivers les plus rudes peuvent laisser des traces profondes dans les mémoires. En effet, parmi les épisodes les plus marquants figure sans conteste le terrible hiver de 1879, l’un des plus rigoureux de l’Histoire française.

Un épisode historique

Les origines de cet hiver hors normes remontent aux premiers jours de décembre 1879, lorsque la France fut plongée dans une vague de froid exceptionnelle qui dura plusieurs semaines, du 2 au 28 décembre, sans véritable répit. Une puissante masse d’air polaire d’origine sibérienne envahit progressivement l’Europe occidentale, apportant avec elle un froid sec, persistant et d’une intensité rarement observée jusque-là. Il fut même l’hiver le plus redoutable depuis le petit âge glaciaire du début du XVIIIe siècle.

Les chutes de neige furent alors continues et abondantes. À Paris, la couche de poudre blanche atteignit 30 à 40 centimètres, tandis qu’à Orléans, on parlait même d’une épaisseur dépassant le mètre. Tout cela paralysa alors la circulation, bloqua les fiacres et interrompit de nombreuses liaisons ferroviaires. Les autorités eurent beau tenter de dégager les rues rapidement, en évacuant par exemple la neige sur la Seine si gelée que les Parisiens pouvaient la traverser à pied, le poids de la neige était tel qu’il provoqua l’effondrement de plusieurs toitures, dont celui du marché Saint-Martin, dans le Xe arrondissement.

Il fait froid, très froid

Cette année là, les relevés météorologiques ont ainsi mesuré un froid d’une brutalité extrême sur l’ensemble du territoire. Autour du 10 décembre, les températures chutèrent ainsi à des niveaux record : -37 °C à Saint-Dié, -33 °C à Langres, -30 °C dans la région de Nancy et jusqu’à -23,9 °C à Paris.

Tous les grands fleuves du nord, du centre et de l’est du pays étaient pris par les glaces. La Seine, la Loire ou encore le Rhône cessèrent par endroits de couler, figés par le gel. À Lyon, la Saône se recouvrit d’une carapace atteignant près de 50 centimètres d’épaisseur. La France tout entière semblait transformée en une véritable terre de glace, comme si elle était revenue aux temps anciens de la préhistoire.

Un hiver et ses conséquences

Le froid persista plusieurs semaines encore, s’installant durablement dans le quotidien de Français déjà éprouvés par un mois de rigueurs extrêmes. Les déplacements devenus difficiles, voire impossibles, paralysèrent une partie de l’activité économique, tandis que le gel des voies de communication ralentissait les échanges. Dans ce contexte de pénurie et de confinement forcé, le froid et la promiscuité favorisèrent également la propagation des maladies, accentuant encore la détresse des populations. L’hiver semblait alors ne jamais vouloir desserrer son étreinte mortelle sur le pays.

Avec le passage à l’année 1880, l'enfer glacé, petit à petit, s'effaça. Mais le redoux qui finit enfin par s’imposer, au début du mois de janvier, ne marqua pas pour autant la fin des épreuves, car la fonte brutale des glaces accumulées sur les fleuves déclencha une débâcle d’une violence spectaculaire. D’immenses blocs de glace, arrachés aux rivières en crue, furent ainsi emportés par des flots impétueux, brisant des ponts, faisant sombrer des navires et envahissant de nombreux quartiers riverains. À Paris, la Seine sortit de son lit et, charriant de véritables icebergs, endommagea le pont des Invalides en emportant quelques-unes de ses arches.

Cet hiver de 1879 ne peut se résumer à une simple vague de froid mais à une véritable succession d’épreuves dont les conséquences furent considérables pour toute la France. De quoi relativiser la vague de froid actuelle.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

42 commentaires

  1. Je n’oublierai jamais l’hiver 1954 durant lequel la mer avait ´´ banquisé ´´ à Dunkerque et nous étions partis à trois voitures depuis Bailleul, il n’y avait pas d’autoroute, et plein d’autres enfants, pour rejoindre des amis à Malo… le plus difficile fut de franchir le Mont Cassel , quatre heures de route pour aller contempler ce spectacle unique… ça ne s’est jamais reproduit depuis… la mer était gelée sur quatre kilomètres et les Anglais craignaient que des animaux puissent passer la Manche !!! Je me souviens encore des trois voitures : une Traction 15 Six Citroën, une Kaiser et une Ford Vedette V8

  2. L’hiver 1985 fut très rude. Je me souviens des températures de -15°C pendant près de 2 semaines à Grenoble, -25°C dans le Vercors. Dans ma petite maison, le cumulus étant dans le garage, l’eau chaude avait gelé…

    • Mon père soldat hiver 1939 1940 était région Forbac – 25 en 1956 et en 1962 j étais à Rouen la Seine charmant des plaques de glaces avec des poulettes dessus et 1962 je commençais le métier de boucher c était l époque où il y avait que la cuisine qui était chauffée.

  3. Les écologistes n’avaient pas encore été inventés à cette époque? Ils auraient pu donner une explication moralisatrice à cet événement climatique! Comme pour la canicule de 1947 (35° durant 17 jours), où la montée du CO2 n’a pas dû être évoquée…

  4. vous oubliez que « en 1985, «des masses d’air glaciales en provenance de l’Europe de l’Est arrivent sur la France, explique Matthieu Sorel, climatologue à Météo-France. C’est une vraie vague de froid longue et intense, qui, avec l’hiver 1956, est considérée comme l’une des plus exceptionnelles.». (sur le site Slate)

    Vous oubliez aussi plus proche que nous l’hiver 2011 2012 = « Au cours des premiers jours de février, un puissant anticyclone positionné de la Scandinavie à la Russie s’est progressivement étendu vers l’Europe occidentale apportant sur ces régions des masses d’air continentales extrêmement froides. Le froid s’est intensifié, les sols enneigés jouant un rôle d’accélérateur du refroidissement nocturne. Entre les 4 et 12 février, des températures de -10 °C à -14 °C ont été observées quotidiennement sur plusieurs régions, localement jusqu’à -16 °C voire -18 °C. Dans ces conditions, les journées sans dégel ont été fréquentes dans l’intérieur du pays, y compris dans la moitié sud. » (sur le site de météofrance magazine)
    Chez nous en région centre, nous avons eu oins 18°C le jour pendant plus d’une semaine, au point où même le lierre a gelé!)

  5. Aussi spectaculaire qu’ait été la vague de froid de décembre 1879, elle reste modeste au regard du Grand Hiver de 1709, qui frappa la France et l’Europe avec une brutalité et surtout une durée sans commune mesure. Là où 1879 fut un épisode intense mais relativement bref, 1709 s’inscrivit dans un gel quasi continu, aux conséquences agricoles et humaines catastrophiques. L’histoire climatique rappelle ainsi que la mémoire collective retient parfois des hivers marquants, sans toujours distinguer entre l’exception ponctuelle et la crise climatique durable.

  6. Mais oui, sous nos latitudes, en hiver il neige. Quel scoop. Les paysans disent que ça tue la vermine. Mais c’est une contrariété pour tous les bobos qui ne peuvent plus se déplacer en vélo, voire en voiture électrique.

  7. Tout ceci etant une question de cycles solaires ou / et volcaniques et n’ayant strictement rien a voir avec notre activite humaine a la surface de la planete .

    • Quand la réalité ne correspond pas à leur idéologie , ils tordent la réalité pour la faire correspondre à cette idéologie . C’est valable pour les écolos pastèques et les gauchistes . Ils sont gauchistes de toute façon et interchangeables mais ne devraient pas l’être si on considère que les marxistes sont d’abord matérialistes.

  8. Nous n’avons plus d’hivers aussi rigoureux. Le réchauffement climatique est un fait de l’évolution du climat. La paléo climatologie est très intéressante à connaître. Un lobby en impute l’évolution au comportement humain et en profite pour se faire un fric monstre. C’est un scandale.

    • Sauf que vous tombez dans le piege des ecolos car il n’y a pas eu de rechauffement climatique ou tout du moins il est desormais derriere nous .

  9. Hivers 1954 et 1956 : la Vezere charriait des glaçons à Montignac Lascaux (24) et j’ai 1 photo du jet du lavoir de mon village avec 1 stalagmite de glace de 50 cm !!
    ma grand mère faisait la classe autour du poele à bois à ses 44 élèves venus à pied avec leur bûche
    1985 : Paris j’ai vu des gens faire du patin à glace sur le Boulevard Beaumarchais (3e) ; plus de bus = marche à pied obligatoire par moins 15 ° (jusqu’à Puteaux(92) pour moi )on a survecu !
    Jusqu’aux années 70 20/25 cm de neige en hiver c’était Normal
    alors le réchauffement climatique ……..

    • Début des années 1980 à Reims (je ne me rappelle plus entre 1982 ou 1984), sur le terrain vague que l’on traversait pour aller à l’école, on avait de la neige jusqu’aux genoux et fait amusant, une pellicule de glace de plusieurs millimètres avait recouvert la neige. Ca faisait de sacrées plaques quand on cassait ça. De plus, si vous allez sur le site de Météo France, on voit bien que dans les années 1900, il y avait de grandes quantités de neige et il faisait froid. Donc, ce n’est pas un dérèglement comme le disent les réchauffistes, c’est cyclique et c’est normal. Et il y avait aussi des étés très chaud et des bizarreries comme du froid en août.

    • Je n’ai pas connu la neige tous les ans avant 1970, ni après ,c’était très sporadique . Je me rappelle de cette vague de chaleur de 1976 ! Il y a donc 50 ans !

  10. Temperatures polaires en plein réchauffement climatique c’est de la provocation, que font les verts du gouvernement ?

    • Oh, ils n’arrêtent pas de faire des épandages. Il suffit de lever son nez de son téléphone portable pour le constater.

      • Je me demande ce qu’ils balancent , mais des bonnes âmes qui ne sortent pas la tête de leur bureau climatisé vous explique que ceci n’est que ce que nous voyons n’est que le fruit de notre imagination fertile . Ou notre sensibilité aux thèmes complotistes et autres fake news . Sauf que lorsque le gars qui essaie de vous expliquer que nous sommes benêts de croire à tout cela , vous explique doctement que ces nuages de fumée blanches émanent d’avions de ligne ou de chasse . des avions de lignes qui s’entrecroisent ! Ben, voyons !
        Les discours de ces « bien pensants » deviennent improductifs à fore de nier certaines réalités .

    • Il parait qu’on va vite permettre d’organiser des combustions massives productives de CO² afin d’obtenir un effet de serre pour contrecarrer ces vagues de froid insupportable!! L’UE en serait bien capable.. à coups de milliards payés par Nicolas, bien entendu.

  11. Magnifique rappel historique qui fait froid dans le dos. Encore deux ou trois hivers neigeux, un été frileux et nos idéologues climatos-convaincus seront bien obligés de manger leur chapeaux. Alors nous feront les comptes de ce que leur délire pseudo scientifique a coûté.

    • Plus récemment, les hivers 94/95 et dans une moindre mesure 95/96 furent très rigoureux avec une longue période à -15°/-18° avec des pics à – 20°.

  12. L’éruption d’un volcan en Islande a en partie causé la Révolution française. Le 8 juin 1783 a eu lieu l’éruption du volcan Lakagígaren en Islande. Sans que nous le sachions, cette éruption aura des conséquences sur le reste de l’Europe pendant des années, tant elle fut importante.
    nomme le volcan de la revolution

    • Sauf que vous tombez dans le piege des ecolos car il n’y a pas eu de rechauffement climatique ou tout du moins il est desormais derriere nous .Bien vu mais ce n’etait pas celle de l’islande mais l’explosion celle d’un proche cousin du pinatubo en indonesie

  13. A Châteauroux les hivers 84/85et 85/86 furent très rigoureux. Il fit -20 degrés, la grosse couche de neige tint pendant 15 jours et les soldats du régiment durent déblayer les trottoirs à la pelle. On ne pratiquait plus le stationnement alterné, chacun se regarant toujours dans ses mêmes traces de roues. Et la vie continuait, les transports scolaires fonctionnaient quand même, les mécanos allant à 5h du matin dégeler les circuits d’air qui avaient gelés ! Aujourd’hui on arrête de vivre dès qu’il y a de la neige…

    • en 1963, j’ai vu les cerisiers en fleurs avec de la neige. Depuis qu’en 1976 on nous a raconté que la terre allait se dessécher et que les pluies seraient de plus en plus rares en France et dans le monde, je n’écoute plus les balivernes qu’on nous balance dès qu’il y a un petit phénomène dépassant les normes habituelles.

  14. En 1985, j’étais à Verdun. Dans la nuit (je ne me souviens plus de la date) le thermomètre de la place Chevert est descendu à -25….La place Chevert est « en ville » sur les bords de la Meuse

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