Lecornu laisse son calibre 49.3 au vestiaire : coup de génie ou de Jarnac ?
Surprise du chef ! Ce vendredi 3 octobre matin, Sébastien Lecornu a parlé. Pas à la radio mais sur le parvis de Matignon. Le nouveau Premier ministre, « ministre le plus faible de la Ve République », selon ses propres mots, a fait de la rareté de ses déclarations une arme. Pas sot, à un moment où la parole des politiques est largement démonétisée aux yeux des Français. Donc, une déclaration très courte (moins de sept minutes) pour annoncer qu’il renonce à quoi ? À utiliser l’article 49.3 de la Constitution. Une annonce faite quelques minutes avant de recevoir une nouvelle (et ultime ?) fois les socialistes et Marine Le Pen. Comme pour couper l’herbe sous le pied des socialistes qui exigeaient cet abandon pour le vote du budget 2026. Botte secrète, ultime va-tout, coup de génie ou de Jarnac : que penser de cette décision du Premier ministre ?
Esprit de la Cinquième, es-tu là ?
« On ne peut pas passer en force et on ne peut pas contraindre son opposition », constate Sébastien Lecornu. Constat réaliste, surtout lorsque les oppositions – même si elles ne forment pas une opposition constituée homogène – sont plus fortes, numériquement, que ceux qui vous soutiennent - souvent, d’ailleurs - comme la corde soutient le pendu. Et le Premier ministre d’en appeler aux mânes de Michel Debré : l’article 49, alinéa 3, de notre texte fondamental a été imaginé par le premier Premier ministre de la Ve République, non pas pour contraindre l’opposition, mais sa propre majorité. Ainsi, on est heureux de découvrir ce retour à l’esprit de cette brave Ve qui n’en peut mais, comme ça, un beau matin d’octobre, sur le perron de Matignon, après des années d’utilisation à répétition du 49.3. On a encore en tête les sourires narquois d’Élisabeth Borne, lorsqu’elle montait à la tribune du palais Bourbon pour dégainer sa mitraillette. Ça, c’était avant. Retour à l’esprit de la Ve, donc. Au passage, on pourrait aller plus loin, d’ailleurs : Emmanuel Macron devrait y songer sérieusement. Esprit, es-tu là ?
Et cette Cinquième République, elle est quoi ? Sébastien Lecornu donne sa vision qui, il est vrai, était celle de Michel Debré : « Elle est présidentielle, semi-présidentielle, pour être précis, mais elle peut être aussi parlementaire et je pense que nous sommes dans le moment le plus parlementaire de la Ve République. »
Qu’est-ce que cela veut dire ? Que, certes, le gouvernement détient l’initiative des projets de loi, et notamment des lois de finances (budget), mais que c’est bien le Parlement qui doit décider, par respect du principe - du reste, bien mis à mal - du libre consentement à l’impôt, des dépenses que l’État doit faire dans l’année qui vient et quels impôts et taxes il doit lever pour cela (on vote d’abord les dépenses avant les recettes). Un principe qui est largement perdu de vue depuis des décennies. Et même dans l’esprit des Français : « Y en a marre, l’État n’arrête pas de nous ponctionner », entend-on couramment, au coin du zinc, frappé de bon sens. Non, l’État ponctionne ce que le Parlement a voté. La crise politique que nous vivons actuellement est peut-être l’occasion de revenir à ces principes simples que les Anglais mettent en pratique depuis le Moyen Âge ! Cela, c’est pour les principes.
Macron dit ça depuis huit ans
Alors, Lecornu souhaite que « chaque député puisse avoir du pouvoir, puisse prendre ses responsabilités ». C’est beau comme l’antique mais ça veut tout dire et ne rien dire. En fait, on comprend qu’en décidant de renoncer à cette sorte de veto qu’est le 49.3, et en renvoyant le Parlement à ses responsabilités, Sébastien Lecornu tente, encore une fois, de gagner du temps et d’éviter la censure et, par voie de conséquence, une dissolution qui deviendrait inéluctable s'il était renversé, après l'échec de Bayrou et Barnier. À la sortie de Matignon, les socialistes, qui en veulent toujours plus, se sont montrés dubitatifs. Boris Vallaud, patron des députés PS, craint d’ailleurs l’entourloupe : et si le Premier ministre passait par un autre article de la Constitution, le 44.3 ? Un article qui permet au gouvernement de demander un vote sur l'ensemble ou sur une partie d'un texte en discussion en ne retenant que les amendements que le gouvernement a proposés ou acceptés. Quand au RN, Marine Le Pen a résumé la situation : « C’est la rupture ou la censure. »
La question est, maintenant, de savoir si l'annonce de Lecornu est une simple rupture sur la forme ou vraiment sur le fond. En écoutant ce qu'a dit le Premier ministre sur la question de l'immigration, on a déjà une idée de la réponse : « C'est pas "Est-ce qu'on est pour ou contre une mesure sur l'immigration ?", c'est, au fond, pour ce grand défi que nous allons connaître dans les décennies qui vont venir, lié au réchauffement climatique, au terrorisme au Sahel, au Proche et au Moyen-Orient, "Quelles sont les réponses les plus efficaces qu'il faut trouver ? » Macron dit ça depuis huit ans...
Alors, ce « coup » du renoncement au 49.3 : coup, non pas d’un soir, mais d’un matin, en vue d’autres matins qui chanteraient pour un Premier ministre pour l'instant en sursis ? Un Premier ministre qui, pour l’instant, semble dépenser plus d’énergie pour sauver sa place que pour gouverner la France.
Pour ne rien rater
Les plus lus du jour



































52 commentaires
Jouer la montre et gagner du temps.
Le message de Macron à Lecornu laisse les se battre entre eux pendant ce temps là je continue d’exister
la Manipulation est grossiere il faut traduire la ficelle » ne me censurez pas car je n utiliserais pas le 49.3 pour faire passez le budget 2026″ ah ah la ficelle est grosse et apres si il n est pas censuré il fera passer le budget L ARNAQUE EST GROSSIERE te fatigue pas on a compris la manip du cornu
Formidable ! Nous sommes sauvés ! Cela va tout résoudre !
Ne venez pas me parler de Lecornu, de son 49.3, du budget à boucler, de son équipe fantôme, du temps qu’il gagne en jouant la montre pour son patron, ni de nos « sévices publics » quand on laisse des malades agoniser sur des brancards, l’école de nos chères têtes blondes leur apprendre à faire des fellations à 12 ans, mais pas à lire, ne venez pas me parler des impôts qui vont encore aller bon train alors que l’impérieuse nécessité est de faire des économies, des politiques que l’on condamne sans preuves, alors que l’on absous des malfrats pris sur le fait, des quidams que l’on agresse, détrousse, viole, voire trucide au coin des rues le soir, non, même pas au coin et en plein jour, etc…Ne venez pas me parler de tout cela. Non, ne m’en parlez pas. Ce n’est pas nécessaire.
Il est IMPOSSIBLE que l’Assemblée, telle qu’elle, parvienne à se mettre d’accord sur quoi que ce soit et encore moins sur un budget. La situation va devenir intenable pour Lecornu et pour Macron dans la foulée.
Si vous pouviez dire vrai.
Qu’on ne se méprenne pas, ce ministre n’est pas mon ami. Néanmoins, il faut reconnaître que de passer du boulot de fourier à celui de premier ministre, ne doit pas être simple. J’ajoute qu’avec macron et ses incohérences sur le dos, la tâche doit vite s’alourdire.
En politique ce ne sont pas forcément les compétences qui sont recherchées, puis il y a les valets toujours prêts à faire toujours plaisir au maitre alors évidemment on les récompense.
Lecornu totalement impuissant et sans doute incapable de former un gouvernement « donne les clefs du camion » à l’Assemblée. Sauf que celle _ci est une pétaudière. Et donc que le camion qui dévale la pente n’a plus de conducteur. Il va désormais très vite apparaître que la SEULE SOLUTION, c’est LA DEMISSION de Macron. Et des élections présidentielles.
Tout à fait d’accord.
La farce est grosse il se décharge de tout ! je pense que c’est un coup de Macron du style « laisse les se débrouiller de toute les façons ils ne sont jamais d’accord etc… » A suivre.
Oser lier l’immigration au réchauffement climatique prouve que Lecornu, comme ses prédécesseurs, nous prend pour des abrutis.
Je pense que la mission que lui a confiée le président est très simple : gagner du temps.
Le refus du 49-3 va dans ce sens. Il pourra compter sur les LR qui veulent, eux aussi, gagner du temps pour se refaire la cerise et peut-être également sur les socialistes qui ne sont pas à une contradiction près.
Quand toute cette classe politique aura été dégagée, elle pourra toujours se reconvertir à l’apiculture tant elle maitrise l’art de l’enfumage !
Nul besoin d’être un féru de politique pour découvrir la manoeuvre de M. Lecornu , ne voulant se faire censurer à la première occasion, il a remis les clefs de Matignon à la représentation nationale , ainsi les propositions vont aller bon train dans l’hémicycle , des querelles en perspective assorties de propos nauséabonds , et tout cela sous le regard goguenard du premier ministre avec sa cohorte de ministres éphémères. On n’est pas sorti de l’ auberge à la française.
Si on veut en finir: Censure!
Entièrement d’accord.
OUI la ficelle du cornu est trop grosse ouste du balai !
Avec les LFI, on aurait le droit au garant 9.3. , version mélénchonisée de la confiance aveugle !
Après la fuite organisée de Bayrou,le renoncement de Lecornu a défendre un budget a redresser nos finances( et le régalien);la patate chaude pour le parlement divisé et qui aura peu de chances d’empêcher la France de sombrer .Ne pas faire face a ses responsabilités c’est pas acceptable dans ces circonstances il est vraisemblable que l’histoire jugera ces fuites avec sévérité en attendant le pays plonge et Bercy essaye de tondre un oeuf.
encore un coup d arnaque plus aucune confiance un pour tous tous pourris
Soit il se dit que comme ça il sera viré avec panache soit il veut rejeter la responsabilité d’un budget irréaliste sur les députés .
Un vrai type de gauche, pas de convictions mais beaucoup de tambouilles