Les Feux de l’amour : incroyable, ça fait plus d’un demi-siècle que ça dure !

Ses intrigues pourraient tout aussi bien s’appliquer à l’actuelle vie politique. Vous doutez, ami lecteur ?
Capture d'écran Filmographik
Capture d'écran Filmographik

Les Feux de l’amour est le deuxième plus vieux feuilleton de la planète, juste derrière General Hospital, lui aussi américain, et pour la première fois diffusé le 1er avril 1963 ; un gros poisson, donc. Les Feux de l’amour ne remontent, eux, qu’au 26 mars 1973 ; ce qui n’est pas mal non plus. Ces deux institutions mondiales sont toujours en activité. General Hospital est peu connu en nos contrées, si ce n’est grâce à l’hilarante parodie qu’en a fait Sidney Pollack avec Tootsie, en 1982. Là, Dustin Hoffman, acteur au chômage, était obligé de se travestir en femme pour intégrer le feuilleton en question. Mais Les Feux de l’amour, eux, sont d’un tout autre genre : pas question d’altruisme ou de serment d’Hippocrate ; juste des hypocrites pleins de fric. Et voilà plus de treize mille épisodes que ça dure. Le décor ? Des maisons somptueuses dans lesquelles des gandins et des pimprenelles dont les brushings défient les lois de la pesanteur fument comme si leur vie en dépendait tout en carburant au whisky du matin au soir.

Le pastiche des Inconnus…

Officiellement, personne en France ne regarde ce genre de choses. Et pourtant, si. Tout d’abord parce que les péripéties, même si aussi invraisemblables que celle d’un Xavier de Montépin et de sa Porteuse de pain, sont malgré tout finement bien troussées, même si le téléspectateur, à aucun moment, ne risque une crampe du cervelet.

Les Inconnus ont même fait le pastiche de Santa Barbara, l’un des innombrables clones des Feux de l’amour, comme quoi il ne s’agissait pas que d’un anodin phénomène de société.

 

Officiellement, donc, personne n’a jamais regardé cette tranche de vie remontant maintenant à plus d’un demi-siècle. T’as qu’à croire. Dans le même registre, personne, non plus, ne lit Voici. Faites pourtant l’expérience à l’occasion d’un week-end entre amis. Sur la table basse du salon, abandonnez un exemplaire de ce magazine à potins et un de la Revue des deux mondes. Avec lequel vos amis iront subrepticement s’enfermer aux commodités ? Les paris sont ouverts.*

Ils regardaient Les Feux de l’amour : le coming out…

Il existe néanmoins des célébrités qui n’hésitent pas à sortir du placard dans le même Voici : Omar Sy et Françoise Hardy. L’un revendique : « Quand j’étais adolescent, je regardais Les Feux de l’amour. D’abord par contrainte, car on n’avait pas de télécommande et c’étaient les parents qui nous l’imposaient. Et puis, c’est devenu un petit plaisir qui se déguste sans trop réfléchir. Dès que je peux, aujourd’hui, je me mate un ou deux épisodes. » Et l’une reconnaissait : « J’ai commencé à regarder malade et alitée, et j’ai fini par y prendre goût. Ils arrivent toujours à éveiller ma curiosité ! » Encore plus directe, Élodie Gossuin, ancienne reine de beauté et conseillère régionale UMP, reconvertie dans le journalisme télévisé, prévient : « Je tue celui qui m’empêche de voir Les Feux de l’amour ! Je regarde ce feuilleton depuis que je suis gamine en compagnie de ma mère. J’adore partager ce moment avec elle ! » Voilà qui, finalement, est plutôt rafraîchissant.

La politique française sous influence des Feux de l’amour ?

D’ailleurs, les raisons d’une telle longévité ne sont pas à aller chercher bien loin, tant les intrigues ici développées remontent quasiment à la nuit des temps et pourraient tout aussi bien s’appliquer à l’actuelle vie politique. Vous doutez, ami lecteur ? Vous avez tort. Tenez, en forçant un peu le trait...

Les LR. Bruno devait tout à Philippe, qui l’a formé des années durant, espérant en faire son héritier, dans son palais de Vendée. Mais l’ingrat a préféré rejoindre le petit Nicolas. Depuis, il vit dans la hantise de Laurent, son pire ami. Jaloux comme pas deux, Bruno envie aussi Éric le Niçois, un autre de ses proches, le premier à avoir déclaré sa flamme à Marine. Avec glaçons ou sec, le scotch ?

Le PCF. Depuis la mort de Georges, l’entreprise décline. Surtout quand Robert tente de la redresser en faisant défiler des mannequins, place du Colonel-Fabien, un ancien pote, semble-t-il. Venu de nulle part, un autre Fabien (qui n’est pas le fil caché du colonel) tente le tout pour le tout, aidé par Olivier (qui est le véritable fils de Georges) pour sauver ce qui peut encore l’être. Mais Jean-Luc, inscrit sur le site Copains d’avant, n’est pas d’accord. Un peu de bortsch, dans votre vodka ?

Le PS. Depuis la mort de François, rien ne va plus et les héritiers se déchirent. Dominique se fait attraper, le pantalon sur les chevilles, dans un palace new-yorkais alors qu’il tentait d’obliger une femme de chambre à grimper aux rideaux. François junior, lui, c’est sur un scooter, alors qu’il emmenait son ami Popaul au cirque. Bien sûr, il y a Olivier. Mais fait-il seulement le poids, face au beau Raphaël, conseillé par l’irrésistible Léa ? Sans compter que Bernard-Henri plombe régulièrement les repas de famille avec des leçons de morale que plus personne n’écoute depuis longtemps. Le champagne, avec ou sans caviar ?

LFI. Jean-Luc a perdu sa traditionnelle joie de vivre depuis la mort de son ami Léon, tué à coups de piolet par Ramon, un de ses admirateurs. La police a conclu à un accident d’alpinisme, sans vraiment convaincre Jean-Luc, toujours aussi éploré. Depuis, il multiplie les passades, Raquel, Clémentine, Rima, Rhokaya et, maintenant, Sofia, sans jamais parvenir à se fixer. Heureusement, son copain Gérard, psychanalyste de profession, est là pour lui expliquer les mystères de la lutte des classes et de l’éternel féminin. Un zeste de tofu, dans votre quinoa ?

LE RN. Une authentique saga familiale. Pierrette quitte Jean-Marie qui refait sa vie avec Jany. Marine se brouille avec Marie-Caroline, séduite par Bruno, avant de se réconcilier sur le dos de Marion, partie un temps chez Éric. Heureusement, Sarah y remet enfin bon ordre. Entre-temps, Jordan et Maria-Carolina veillent au grain. Une lichée de soupe à la grimace, dans votre eau de rose ?

Bref, Les Feux de l’amour, c’est tous les jours.

 

* Notons que le même test peut également fonctionner avec Playboy et Télérama.

Picture of Nicolas Gauthier
Nicolas Gauthier
Journaliste à BV, écrivain

Vos commentaires

13 commentaires

  1. Très bon article, comme toujours. C’est bien vu et bien tourné. Marc Labreche, un québécois a lui aussi commis un pastiche des plus réjouissants de ces feuilletons : le désopilant  » le cœur a ses raisons » ou les aventures de la famille Montgomerry. A voir ne serait-ce que pour rire un peu et poser le cerveau, ça fait du bien en ce moment.

  2. Les désaccords,les désamours,les trahisons,les réconciliations,les disputes,les infidélités etc.
    Mais c’est le lot de nombreuses familles pour ne pas dire toutes!
    Cependant,certaines fratries sont plus aisées que d’autres c’est d’ailleurs la principale raison pour laquelle on en fait des feuilletons mal interprétés par des comédiens de série Z…

  3. N’ayant pas de TV, je n’ai pas cette référence comme moyen de réflexion. Je n’ai jamais vu cette vidéo, ni les autres. Ni aucune autre. Mes enfants ont été élevés sans TV: toujours 1ers de classe; et à 30 ans maintenant, ils sont prof d’univ en philo et théologie, ou conseillère économique et commerciale de multinationales. Et skippers hauturiers! Mon petit-fils (3 ans) tire à l’arc , vous parlera d’Homère comme de Vivaldi ou Bach qu’il reconnait aisément en écoutant leurs œuvres. Il adore faire du feu mais est surtout couvert d’amour sans se brûler!

  4. Excellentissime , c’est la première fois que je suis un feuilleton des » feux de l’amour  » version saga politique avec des acteurs pas toujours très inspirés mais au combien amusants à leur corps défendant , il faut le dire, Cela grâce surtout à votre plume qui nous les rendraient presque sympathiques parce que sinon nombre des protagonistes du feuilleton national à rebondissements pourraient être considérés, sans cela ,comme de sombres crétins .

  5. Le peu que j’ai vu me laissait admiratif devant la dame réveillée à 6h du mat et qui se présentait en petit déshabillé et parfaitement coiffée et proposant un Whisky !! La belle époque où on ne voulait pas être moraliste en permanence !!

  6. Je n’ai regardé que quelques épisodes quand j’avais le temps dans les années 1980. J’ai le souvenir des mises en bouche des magazines télé, genre « -Pete rentre de vacances et trouve Jessica au lit avec Ron. Amanda termine sa cure de désintoxication et se prépare à retrouver Slim,parti avec Camila sur le bateau de John. » Etc. etc, c »était des trucs comme çà !

  7. Ca dure depuis aussi longtemps de la gauche en France et ça parait toujours aussi long je dois dire …

  8. Oui, j’ai soixante deux ans et ma grand-mère regardait déjà ! Je ne pensais pas que ce « feuilleton » existait encore !

  9. J’ai regardé une fois ou deux, c’était risible. Mais bon, ces feuilletons, comme on disait alors, c’était pour distraire autant que faire ce peut la ménagère ou hypnotiser le salon télé de la maison de retraite….Vous oubliez Coronation’s Street, une trèèèèès grande série anglaise, premier épisode 9 décembre 1960 et existe toujours. Merci pour le papier sur M. Delpech.

    • Cher Henri Salvador, j’avais évidemment Coronation Street en mémoire. Mais il s’agit d’un feuilleton consacré aux gens du peuple et non point aux riches et aux puissants. Et puis, ce n’était qu’un article et pas une thèse ! Merci de me lire avec autant d’attention. Ne me remerciez pas pour la célébration de Michel Delpech : je l’ai avant tout rédigée pour me faire plaisir. Mais quand ça peut aussi faire plaisir aux lecteurs, le plaisir est double ! Amicalement.

  10. La mère d’une de mes copines a longtemps regardé Les feux de l’amour. Elle a maintenant presque 91 ans (la mère, pas la copine). Selon ses dires, même si on rate quelques répliques voire un ou deux épisodes, on comprend quand même tout bien ! Moi j’en regarde d’autres (français et US) et je ne m’en cache pas, même si ça peut paraître cucul à certains !

Commentaires fermés.

Vidéo YouTube

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

⇨ Tous les vendredis de 17h30 à 19h30
avec Marc Baudriller et Boulevard Voltaire ⇦

LFI ne veut pas voir les gens sortir de la pauvreté
Gabrielle Cluzel

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois