Les Lang et Epstein, c’est « Jeffrey in Paris »
Les dossiers Epstein mis en ligne par la justice américaine sont inépuisables. Frustrants, aussi : Epstein ne s’exprime que par ellipses et allusions. De même ses interlocuteurs. Il semble évident — scripta manent — que l’essentiel se réglait par téléphone. Cependant nombre d’emails nous renseignent sur les liens d’amitié entre Epstein et la famille Lang : Jack, Monique, leur fille Caroline.
Il y a boire et à manger. Des propos ridicules, comme quand Caroline Lang invite Epstein à un dîner chez ses parents où sera présente Josiane Balasko et qu’elle la présente comme « une superstar en France ». Et des propos qui interrogent, comme un échange intitulé « Petit Prince » (janvier 2013). Lang demande à Epstein de ce pencher sur un « document ». Réponse d’Epstein : « Merci, je vais examiner la question cette semaine et vous recontacter. 1. Faut-il initier l'enfant à la religion, aux nouvelles sexualités, et le faire évaluer ? À quelle fréquence ? Tests standardisés ? Exemples de projets ? »
Restos et visites privées
Les Lang et Epstein se voient à l’IMA ou à des visites d’expositions. Privatisées, la plupart du temps. La culture populaire, tant vantée par Jack Lang, c’est pour la galerie. Mieux vaut rester entre soi pour apprécier les œuvres en toute quiétude. Epstein est convié à l’exposition Picasso (Orsay) avec Monique Lang, au vernissage de l’exposition César (Pompidou) — pour laquelle Lang tente une nouvelle fois d’utiliser la voiture d’Epstein, comme si prendre un taxi pour 4 kilomètres était une dépense effrayante.
C’est bien connu, les expos, ça creuse. Les restaurants huppés de Paris sont là pour y remédier, quand ce n’est pas le resto panoramique de l’IMA, au 9e étage. Complaisante, Caroline Lang a toujours une idée de spectacle à proposer à Epstein, pour lui faire découvrir la toute nouvelle Philarmonie de Paris par exemple. Epstein lui reconnaît du talent : « Merci, vous avez autant de goût en matière de personnes que de cinéma et de gastronomie », lui écrit-il en remerciement d’une proposition de visiter le château de Versailles un lundi — là encore, sans le populo, puisque c’est jour de fermeture.
2018-2019 : le Prix Pritzker
Tout cela n’empêche pas de travailler. Epstein met en contact le milliardaire Tom Pritzker avec Jack Lang qu’il présente comme « le principal artisan de la renaissance de la culture française » — rien que ça. Pritzker veut un lieu de prestige à Paris pour la remise du Prix Pritzker 2019 (le prix Nobel de l’architecture). Conseiller spécial à l’IMA, Claude Mollard comprend que Priztker veut « la présence du président Macron » et que la remise du prix ait lieu à l’Élysée Palace (prestigieux bâtiment Art nouveau).
Il y a maldonne : Pritzker veut que la remise du prix ait lieu, non pas à l'Élysée Palace, mais au Palais de l’Élysée. Il s’agace, écrit à Epstein : « Ai-je envoyé une lettre officielle pour réserver une chambre d'hôtel ? […] Demandez à Jack s'il peut me mettre directement en contact avec quelqu'un de l'administration Macron. Il y a trop de détails à régler par l'intermédiaire d'un Français lambda » (ou Français moyen, « middle Frenchman »). Qu'Epstein et Jack soient intervenus ou pas, la morgue de Pritzker sera payante : « J'ai eu une réponse d'un autre canal. Macron participera », écrit-il un mois plus tard. La remise du Prix Pritzker a lieu en deux temps le 24 mai 2019, à l’Élysée, puis au château de Versailles, avec Macron en discoureur.
Un homme de réseau
Rien de répréhensible dans le fait de mettre des gens en relation, mais cela démontre combien Jeffrey Epstein était un homme de réseau. Au sens actuel du terme : il connaissait tout le monde et mettait les gens en contact. Et au sens premier du terme, où le réseau est un filet de capture. Il n’est que de voir le nombre de personnalités empêtrées à l'international. Lang fonctionnait de même, lui qui définit sa vie comme « une vie de contacts, de relations ». Et de préciser, à propos d’Epstein : « Je ne demande pas aux gens leur extrait de naissance, leur casier judiciaire. » Comprenez : je ne connaissais pas la condamnation d’Esptein de 2008.
Un échange d’avril 2017 tempère cette affirmation. Epstein a proposé d’emmener Lang à Marrakech dans son jet privé. Lang traîne les pieds. Epstein finit par écrire à sa fille : « Votre père semble très nerveux à l'idée de prendre l'avion avec moi. Je ne serais pas du tout vexé s'il préférait un vol commercial. Peut-être craint-il une mauvaise publicité. Je n'y avais jamais pensé… Il a peut-être raison. » Caroline Lang s’empresse de rassurer le milliardaire avec moult points d’exclamations : « Non !!!!!!!! Bien sûr que non. » Il s’agissait de ne pas contrister l’ami Epstein. Neuf ans après, la famille Lang a été rattrapée par la « mauvaise publicité ».
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53 commentaires
Lang est un pur produit de la mitterrandie!
Ces milliers de Mails vont-ils NOYER LE POISSON? On se rue sur la pingrerie de LANG pour éviter d’autres sujets beaucoup plus toxiques. L’essentiel ce sont les victimes, les jeunes femmes et les enfants abusés, attirés par des promesses financières, de faux jobs bien rémunérés…L’argent qui servait à financer tout ce train de vie venait de quelque part. Qui a donc financé le pot de miel pour confondre et faire chanter les puissants de ce monde et baillonner la justice. Qui a couvert les assassinats les victimes de ces jeux pervers? Ils défendaient la liberté d’être au dessus des lois et de vivre leurs pulsions. Le retour de la société praticienne dépravée l’empire de Neron ou Caligula. L’empire romain a perduré encore plusieurs siècles. Mais le temps s’est raccourci depuis avec l’information en ligne du peuple. Combien de temps encore?
Erratum : c’est Pablo Picasso qui griffonnait la nappe des restaurants en guise de payement, et à défaut de s’être pris pour un « pique pinceaux » Lang aura été un maître pique-assiette…par ailleurs connu pour sa ladrerie sauf avec les deniers de la « république des copains et des copains »…
Lang avait l’aplomb de vouloir payer ses notes de restaurant comme un Dali griffonnant un dessin au dos de ses chèques ou un Dali faisant un croquis sur la nappe en papier ( je connais un cas, où inconnu de la restauratrice, cela fut refusé…)…n’étant que l’artiste de sa propre » gloire « . L’araigne, dont il a maintenant tout du faciès, est enfin engluée dans sa propre toile qui n’est que celle d’un maître en turpitudes…
Etonnant que tout cela. Et ces mails qui sont autant de traces ( il n’y a pas que les mails ). Ces « contacts » entre contacts etc. Naguère, la censure s’opérait par la dénégation ( rien à voir, circulez ), là, la « transparence » se fait par le trop-plein. Comme nous n’avons pas des années à plancher sur des millions de lettres, mails, photos etc nous ne connaitrons pas grand’chose des fameux contacts.