L’immigration chute au Royaume-Uni en un an

Les mesures anti-immigration efficaces se multiplient, outre-Manche.
Keir Starmer - capture d’écran © Sky News
Keir Starmer - capture d’écran © Sky News

L’Office national des statistiques britannique (ONS) a indiqué que sur un an, de juin 2024 à 2025, l’immigration nette a chuté, au Royaume-Uni, de près de 69 %, conséquence de certaines décisions prises notamment par le gouvernement conservateur de Rishi Sunak, avant l’arrivée des travaillistes en juillet 2024. Si, sur cette période, le flux d’entrée d’étrangers reste considérable, soit 898.000 personnes, 693.000 départs ont été comptabilisés. Ce qui ramène à 204.000 le chiffre de l’immigration nette.

« L'immigration nette est à son plus bas niveau depuis 2021 », a analysé Mary Gregory, directrice des données de population à l'ONS. Le ministre de l'Intérieur Shabana Mahmood s'est réjoui de cette baisse et s’est engagé à « aller plus loin parce que le rythme et le niveau d'immigration créent une pression immense sur nos communautés locales ».

« Le fardeau partagé »

Une batterie de mesures est à l’origine d’une telle baisse : celles décidées par le pouvoir conservateur, comme l’interdiction du regroupement familial pour les étudiants et travailleurs étrangers du secteur de la santé et la hausse du salaire minimum requis pour un visa de travail. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est resté dans cette même direction en continuant à durcir les conditions de séjour pour les étrangers : relèvement des ressources exigées pour les visas étudiants, exigence accrue du niveau de qualification pour les métiers ouvrant droit au visa. Le Premier ministre britannique assume de rendre son pays moins attractif. Deux chantiers sont en cours : le projet d’introduction d’une carte d’identité électronique nationale afin d’« empêcher le travail illégal » et la « plus grande réforme du système d’asile depuis des décennies ». Dévoilée le 17 novembre, cette dernière vise à « restreindre le soutien disponible aux demandeurs d’asile et aux réfugiés », a expliqué Keir Starmer. Le statut de réfugié passerait notamment de permanent à temporaire et une contribution financière pourrait être demandée aux demandeurs d’asile, s’ils en ont les moyens.

Le chef du gouvernement britannique a conscience des enjeux liés à l’immigration et ne compte pas en rester là. Dans un courrier envoyé à Emmanuel Macron que Le Monde a consulté, le dirigeant britannique a demandé à la France de fournir plus d’efforts dans la lutte contre l’immigration illégale, « le fardeau partagé » provenant de la Manche.

Un « conservatisme de gauche »

Depuis le début de l’année, près de 40.000 personnes sont parvenues à traverser la Manche, un chiffre en hausse de 17 % par rapport à la même période en 2024. L’accord « one in, one out » signé en juillet, lors de la visite d’État d’Emmanuel Macron au Royaume-Uni, a de faibles résultats. La France s’est engagée à récupérer les migrants arrivés au Royaume-Uni par canots pendant que Londres, en échange, ouvrait une voie légale pour accueillir proportionnellement les demandeurs d’asile venant de France. Selon des chiffres du Home Office cités par la BBC, au 27 novembre, 153 personnes ont été renvoyées en France. Starmer souhaiterait atteindre le chiffre « minimum de 250 personnes par semaine ». « Votre soutien personnel dans ce domaine serait énormément apprécié », a écrit le chef du gouvernement britannique au dirigeant français. Le Royaume-Uni entend intercepter les bateaux de clandestins qui traversent la Manche et incite la France à faire de même, quitte à envoyer des navires en renfort « pour sauver et renvoyer des gens ».

Le gouvernement britannique est entre deux feux, son aile gauche et le mouvement nationaliste anti-immigration. Le leader du parti écologiste Zack Polanski, par exemple, accuse les travaillistes de tenir un discours « cruel, impitoyable et lâche » et désire un sursaut « contre la haine et la division ». À côté, les succès électoraux de Nigel Farge et la figure montante de Tommy Robinson, à l’origine d’une mobilisation gigantesque contre l’immigration à Londres, en septembre, font figure de menace électorale très forte pour la gauche au pouvoir.

Dans un tribune publiée dans Le Figaro, Adrian Pabst, vice-directeur du National Institute of Economic and Social Research à Londres, compare les modèles britannique et danois : « Plutôt qu’imiter les populistes de droite, Shabana Mahmood et Mette Frederiksen [le Premier ministre du Danemark, NDLR] inventent un "conservatisme de gauche", fondé sur le travail et non l’assistanat, sur la solidarité nationale et non la diversité mondiale, sur la souveraineté et non un monde sans frontières, sur des alliances anciennes et nouvelles par-delà le mondialisme et le nationalisme. »

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Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

27 commentaires

  1. Partout dans le monde les pays qui souhaitent limiter l’immigration y arrivent
    Il n’y a que la France dans sa grande incompétence pour poursuivre une ligne morticide

  2. Un pansement sur une jambe de bois! La GB comme la Belgique est gangrénée. Les mesurettes de Starmer ne suffiront pas. C’est trop tard. Demain c’est au tour de la France!

  3. Il existe encore le royaume uni ? Je croyais qu’après le Brexit il devait disparaitre, tomber en ruine, être rayé de la carte. A priori, il s’en sort plutôt bien. Plus de CEDH pour lui dire ce qu’il doit faire chez lui. Plus de Van der Leyen pour lui imposer des traités… Je les envie les Anglais.

  4. Un seul commentaire en ce qui me concerne FREXIT… mais la France ne quittera cette dictature européenne que bonne dernière, à moins d’un changement que nous devrons encore attendre près de deux ans. Les français peuple révolutionnaire ?????

  5. L’immigration « chute ». Certes, MAIS elle persiste. Hors la GB; en dénatalité, est déjà submergée. Idem France, & Belgique;

  6. Et pendant ce temps , en France l’opération portes ouvertes aux migrants continue , en parfaite harmonie avec la politique de l’UE.

  7. 204 000, ce chiffre est effrayant ! À quand le nombre de départs supérieur au nombre d’arrivées ? Idem pour la France…

  8. Tout le contraire en France, pour faire chuter l’immigration rien de plus simple, alors que se pose la question pour savoir comment financer la sécurité social, commençons par ne plus faire du gratuit a ceux qui n’ont jamais cotisé, Ne plus donner le RSA sans conditions a qui le sollicite après quelque mois de présence en France.
    Alors ceux qui reviennent d’outre manche iront ailleurs qu’en France.

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