L’Iran avant l’islam : le temps des grands empires

Dans l'Antiquité, l’Iran rayonnait par sa richesse, son histoire et ses merveilles.
vestiges Iran
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L’histoire de l’Iran et de ses territoires ne doit pas être confondue avec celle de l’islam. En effet, bien avant les conquêtes arabes et la diffusion de la nouvelle religion du prophète, ces vastes terres du Moyen-Orient furent le berceau de puissants empires, capables de dominer des contrées immenses, de gouverner une multitude de peuples et de rayonner dans un monde antique qui envie ses richesses. Ainsi, de l’émergence des Perses au cœur de l’Empire achéménide jusqu’à la chute de l’Empire sassanide face aux armées arabes au VIIe siècle, ce long passé met en lumière une réalité fondamentale : l’Iran a pu connaître la puissance et la richesse sans être tenu par un régime de mollahs.

L’aube des empires

Au VIe siècle avant J.-C., le premier grand empire perse, l’Empire achéménide, est fondé sur les terres de l’actuel Iran par Cyrus II le Grand. Surnommé le « roi des rois », ce souverain parvient à constituer un ensemble territorial sans précédent, s’étendant des rives de la mer Égée jusqu’aux régions de l’Indus. En -539, il renverse même le dernier roi de la sublime Babylone, Nabuchodonosor, et autorise le retour des populations déportées, notamment celui des Juifs exilés loin de leur Terre promise. On peut douter que le régime iranien actuel aurait fait de même s’il avait été à la place du « grand roi ».

Les successeurs de Cyrus II s’attacheront à consolider leur héritage territorial en mettant en place une administration structurée, fondée sur des satrapies, et en développant de grands axes de circulation comme la Voie royale. Ils laissent également de remarquables ensembles monumentaux, parmi lesquels la merveilleuse Persépolis. Cependant, la dynastie des Achéménides se heurte dans sa volonté d’expansion à la résistance des cités grecques, notamment lors des batailles de Marathon en -490, puis de Salamine en -480.

La fin de l’Empire achéménide arrive même de ces contrées européennes lorsque, venu de Macédoine, Alexandre le Grand inflige à Darius III plusieurs défaites décisives, notamment à Issos en -333 et à Gaugamèles en -331. Il s’empare notamment de Suse, de Persépolis et de Babylone, ce qui provoque l’effondrement du pouvoir perse et la disparition du premier grand empire de la terre d’Iran.

L’ère hellénistique

À la tête d’un empire désormais immense, Alexandre projette d’en assurer l’expansion, mais cette ambition s’interrompt brutalement avec sa mort prématurée en -323. Sa disparition ouvre alors une période de chaos et de divisions. En effet, ses principaux généraux, appelés les diadoques, décident de se partager ses conquêtes et d’écarter ses héritiers. La Perse et une majeure partie des territoires iraniens échoient ainsi à Séleucos, qui fonde l’Empire séleucide, où la culture grecque tente de coexister et de s’entremêler avec les traditions perses. Cependant, cette domination hellénistique s’affaiblit progressivement. Ainsi, au IIIe siècle avant J.-C., les Parthes, un peuple originaire des régions au nord-est de l’Iran, parviennent à s’imposer et à renverser les Séleucides.

L’Empire parthe contrôle alors un vaste domaine reliant la Mésopotamie aux hauts plateaux iraniens et tire une part importante de sa richesse du commerce entre la Méditerranée et l’Asie. Cette prospérité attire bien sûr l’attention de ses puissants voisins, au premier rang desquels figure Rome, qui cherchera à conquérir ces terres orientales. L’un des épisodes les plus célèbres de cette rivalité oppose les Parthes au général romain Crassus, membre du premier triumvirat avec César et Pompée. Cependant, en 53 avant J.-C., sa campagne militaire se solde par un désastre face au général parthe Suréna. Crassus, vaincu, est capturé. Pour lui faire payer le prix de son ambition, Suréna le fait exécuter en lui faisant verser de l’or fondu dans sa gorge et en lui déclarant : « Rassasie-toi de ce métal dont tu es si avide. »

La fin d’un chapitre

L’Empire parthe se maintient ensuite jusqu’en 224 après J.-C., date à laquelle Ardashir, un chef perse, renverse Artaban IV, le dernier roi parthe, et fonde la dynastie des Sassanides. Son règne, qui se prolonge jusqu’en 241, inaugure alors plus de quatre siècles de domination durant lesquels l’Empire sassanide s’impose comme l’une des grandes puissances de l’Asie occidentale. Les souverains sassanides rétablissent une autorité fortement centralisée, promeuvent le zoroastrisme et continue de composer avec l’Empire romain et, plus tard, byzantin.

Cependant, aux VIe et VIIe siècles, malgré d’importants succès militaires sous des souverains tels que Khosro II, l’Empire sassanide s’épuise dangereusement. Au cours des années 630, les armées musulmanes remportent une série de victoires décisives contre les forces perses. La bataille de Nahavand, en 642, ouvre ainsi définitivement la voie à la conquête de la Perse, à l’islamisation progressive du pays et à la disparition du dernier grand empire iranien de l’Antiquité.

Cet événement marque alors l’achèvement de l’histoire des grands empires de l’Iran préislamique, une terre qui, pendant plus d’un millénaire, n’aura cessé de faire rêver les conquérant et de susciter les convoitises par ses richesses et l’éclat de sa civilisation.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

29 commentaires

  1. Les Iraniens Perses ont la même origine que les peuples Celtes anciens. Leurs yeux bleus, leurs traits les identifient comme Caucasiens selon les critères de l’anthropologie. Caucasien cela veut bien dire, venant du Caucase, comme les Bretons, les Italiens du nord etc…selon le pattern des grandes migrations Celtes au Vème siècle avant Jésus Christ. Acteurs majeurs du commerce le long des fleuves et du traitement des métaux, ils se sont disséminés. Ceux qui – comme les Perses- n’ont pas bâti des organisations sociales au delà du clan, capables de se défendre collectivement contre les grands envahisseurs, ont disparu en temps que sociétés organisées. Leur croyances zoroastres « bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions » les ont-ils rendus fragiles devant l’empire Ottoman?

  2. Merci pour ce rappel historique très intéressant. A la lecture des commentaires, j’aimerais dire deux choses, la première, c’est que l’arabisation de l’Afrique du Nord et d’autres contrées s’est faite par son islamisation; la seconde, est que toutes les religions se valent : leur but est d’asservir et de dominer. Comme l’islam a sept siècles de retard sur le christianisme, il lui faudra du temps pour s’adoucir un peu.

    • Très juste ce que vous dites des religions ! Je rajouterai que quand on parle des civilisations
      antiques, ne pas oublier que si elles ont laissé des oeuvres que nous admirons, sur le plan
      humain, c’était plutôt l’horreur quotidienne, tortures, mises à mort, arbitraire, etc.

  3. La grande erreur de Cyrus II a été de ne pas achever le travail de conquête du Moyen-Orient en ne détruisant pas la religion des Judéens. Par la suite celle-ci a donné naissance au christianisme, à l’islam et au judaïsme rabbinique qui sont et qui furent aux origines de bien des guerres et régressions civilisationnelles. La guerre Israël Iran d’aujourd’hui en est un parfait exemple.

    • domage que vous ne respectiez pas l’ordre d’arrivé des religions : d’abord le judaïsme ensuite le christianisme et très très loin après l’islam –

    • José Bobo ! Je reviens d’un mot sur l’origine des Perses après avoir réouvert le livre de Briant : origine peu déterminée mais non européenne : plutôt les montagnes du nord de l’actuel Iran si j’ai bien compris. Cela dit, vous avez raison de dire que tous ces peuples se sont considérablement mélangés. Mes amis iraniens soulignent qu’ils ne sont pas arabes, mais quelle était l’étanchéité de ces populations les unes par rapport aux autres ? Les frontières actuelles datent pour la plupart du XIXè siècle.

      • En effet,il est très difficile d’écrire l’histoire sans écrits sérieux, sans tradition, et on ne dit plus que nos homo sapiens sont arrivés dans ce qui est maintenant l’Europe peuplée de néanderthal qui auraient disparu au contact de ces homos civilisés africains intelligents cultivés et tout et tout,, neander étant des espèces de singes hirsutes épais incultes, nous quoi, entre-guillemets, on connait la musique. Et bien non, maintenant il nous est expliqué qu’il y a eu des mélanges et nous serions finalement un peu des deux, métissés , pour prendre un mot à la mode. Comme quoi, on croit tout savoir genre la Terre est plate, puis , on fait une découverte et tout est chamboulé. On sait depuis seulement quelques dizaines d’années que le Soleil est venu après la « lueur originelle » dont on connait la date de naissance, mais avec les milliards d’années c’est un peu difficile parfois de réaliser ou de retenir.

  4. Une fois de plus, l’Islam réussit à saboter, a détruire une culture, la civilisation. Et tout cela ne fait même pas réfléchir ceux qui maintiennent que l’immigration nous enrichit. Ces gens là ont ils des œillères tellement gigantesques qu’elles les empêchent de voir ce que devient notre pauvre France, ce que devient l’Europe sous le poids de cette immigration ? Eux peut-être s’enrichissent mais les Français de base sombrent dans la pauvreté

    • Quant on sait comment était Paris en 200 après JC, pardon , de notre ère, et ce qu’il était en 500, on a une idée des bienfaits de l’immigration

  5. Les peuples sémites situés entre le Tigre et l’Euphrate sont à l’origine de la pensée scientifique (cf. Pascal Richet) avec les écritures cunéiformes, la naissance des mathématiques, les premiers calculs astronomiques (on pourrait même y ajouter le code Amurabi), mais ne progressaient déjà plus au Vè siècle av. JC au moment des guerres médiques. Si la Perse avait gagné celles-ci, il est possible/probable que les facteurs qui ont permis l’apparition de la démocratie à Athènes et des foyers intellectuels de la mer Egée (cf. Jean-Joël Duhot) eussent été étouffés par l’absolutisme de la monarchie perse. Le formidable foyer intellectuel qu’est rapidement devenu Alexandrie n’aurait pas existé sans … Alexandre et ses victoires sur le Roi des rois. Ces peuples du Moyen-Orient n’ont jamais su se départir de l’autoritarisme qui les a maintenu hors des routes du progrès. On a parfois l’impression d’en être encore à l’affrontement de ces peuples sémites (descendants de Sem) et des peuples caucasiens. Et pourtant, quelle intelligence chez les Juifs, chez les Libanais pour ne citer qu’eux ! Et quelle régression chez certains peuples caucasiens du bout de l’Europe (suivez mon regard !).

    • Les Perses antiques n’étaient pas des sémites mais des indo-européens venus d’Europe Centrale. Depuis ils se sont tellement mélangés avec leurs voisins qu’il sont autant l’un que l’autre.

      • Ce sont les peuples sémites qui sont à l’origine de la pensée scientifique. Il me semble que la population de l’empire perse au moment des guerres médiques etait si variée au moment des guerres médiques (depuis les côtes ioniennes jusqu’à l’Indus) que selon Peter Green (Les guerres médiques chez Texto) il aurait été nécessaire de fragmenter l’armée d’invasion de Xerxès en “sous-armées » (notamment pour des raisons linguistiques. L’Histoire de l’empire perse (Pierre Briant chez Fayard – 1243 pages) ne donne pas de l’origine des tribus perses l’image claire, « formelle » que vous en donnez. Depuis l’Antiquité, les historiens (Hérodote etc.) sont très vagues sur ce sujet. S’il vous intéresse, je vous conseille la lecture de cet ouvrage qui semble être considéré comme le plus complet. Une chose est toutefois certaine : les Iraniens ne sont pas un peuple arabe, contrairement aux Irakiens par exemple.

    • Les peuples sémites ne sont pas les seuls au monde. La culture chinoise est vieille de plus de 5000 ans et les connaissances qu’elle a et continue d’apporter au monde sont inestimables.

  6. On peut se rendre compte a la lumière de ce qui est arrivé a l’Iran tout les pays qui on subit l’apparition de l’Islam et son expansion conquérante, le monde arabe a connu un arrêt brutale de sa culture.
    L’islam n’est pas une religion où si peu, c’est une façons de vivre.

    • Si, l’Islam c’est une façon de vivre… selon une religion ! C’est elle qui régit tout le quotidien
      des fidèles qui en sont des esclaves … consentants ! Grand bien leur fasse !
      Sinon, l’Islam est porteur d’une grande culture, reconnue dans le monde entier.

  7. Simple de constater à quoi l’islam a réduit tous les pays où il sévit : misère et asservissement de la femme; arrêt du développement culturel; maintien des classes populaires dans l’illettrisme et la dépendance.

  8. Oui une belle civilisation… Mais que les iraniens n’oublient pas que le ROI avait fait de son pays un empire moderne, je me souviens de gamineS qui allaient à la fac, en jupes plissés et cartable sous le bras, comme en Egypte.. C’était le bon temps pour les iraniens…et les égyyptiens… Mais même à cette époque il y avait des opposants au régime ??????..pourquoi Alors que le pays était en pleine expansion. ?

    • N’oublions pas la lourde responsabilité de la France dans ce retour à la barbarie. N’oublions pas non plus que la gauche exultait (déjà) lors du retour de Khomeiny au pouvoir.

  9. LOL …
    Votre conclusion est « particulière » car lorsque vous écrivez : « Cet événement marque alors l’achèvement de l’histoire des grands empires de l’Iran préislamique, une terre qui, pendant plus d’un millénaire, n’aura cessé de faire rêver les conquérant et de susciter les convoitises par ses richesses et l’éclat de sa civilisation » … car en y regardant de plus près, qu’est qui vous fait penser que ce n’est plus le cas au sujet des « motivations » qui alimentent les « interventionnistes » dans cette zone ? ! …

    • Qu’est votre définition d’un interventionniste ?

      1° Un pays démocratique qui veut empêcher un état gouverné par des fanatiques religieux d’avoir la bombe atomique et est susceptible de déclencher une guerre nucléaire sans le moindre état d’âme ?

      2° Un pays démocratique qui veut en finir avec un état gouverné par des fanatiques religieux qui financent un terrorisme qui frappe régulièrement tous les états démocratiques dont le nôtre finançant même ces derniers temps en France des mafias de la drogue pour tuer sur le sol de France ?

      3° Un pays démocratique qui veut mettre à genoux des dirigeants sanguinaires et fascistes ( grands alliés de Poutine au passage) qui viennent de faire 30 000 morts dans leur propre peuple parce qu’ils osaient manifester en quelques jours et a tué des centaines de milliers d’opposants depuis 45 ans ?

  10. C’est bien de le rappeler.
    L’Iran est un pays peuplé par une population génétiquement indo européenne, qui parle une langue indo européenne. Ils ont été islamisés au 7ème siècle par la force.
    Ils ont une grande histoire scientifique et technique. Al Khwarismi, le maitre de la résolution des équations du 2d degré qui nous a transmis le mot algorithme était perse et non arabe comme on le lit parfois.

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