[LIVRE] Christine Sourgins sur la piste de l’insaisissable beauté

Un essai stimulant qui cerne la beauté au plus près, avec toute la souplesse que requiert le sujet.
Par Sandro Botticelli — Adjusted levels from File:Sandro Botticelli - La nascita di Venere - Google Art Project.jpg, originally from Google Art Project. Compression Photoshop level 9., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=22507491
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« La beauté nous arrête comme l’odeur d’une perdrix immobilise brusquement un chien qui suit une haie. Et sans doute le reste n’est que buisson creux. Ceux qui n’ont pas de nez s’attardent à tous les buissons », écrivait Jules Renard à Léon Blum, en décembre 1903. Oui, la beauté se signale souvent à nous sous la forme d’un coup de foudre. Mais, nous rappelle Christine Sourgins, dans Anatomie de la beauté (Éditions Boleine), il faut aussi parfois du temps pour se laisser convaincre de la beauté d’une œuvre.

Son essai ne cache aucune des difficultés qu'il y a à cerner ce qu’est la beauté, le Beau - objets de rejet aujourd’hui comme ils ont pu être excessivement « académisés » jadis. Expériences en partie mystérieuses. Même si l’auteur conçoit que beau et beauté ne sont pas synonymes, elle emploie indifféremment les deux, par commodité. À mon avis, le Beau est d’un usage risqué car un philosophe peut disserter avec justesse sur ce concept majuscule et avoir des goûts contestables. La beauté, elle, renvoie à des aspects concrets, et c’est une des grandes qualités du livre de Christine Sourgins que d’envisager la question sous l’angle de l’incarné.

Une expérience complexe

Du fait que la beauté est variable suivant les époques et les civilisations, mais aussi suivant les sensibilités personnelles, l’homme « moderne » en a conclu qu’elle est relative, donc indéfinissable, voire qu’elle n’est que l'invention d’une caste culturelle dominante. Loin des dogmes relativistes (« tout se vaut ») et négationnistes (« le beau n’existe pas »), l’essai de Christine Sourgins cerne la beauté au plus près tout en lui laissant du jeu. Le sujet l’exige car nous ne sommes pas dans le domaine de la quantité mais de la qualité, d’ordre intellectuel voire spirituel.

Par petites touches, Christine Sourgins nous guide dans la complexité de la beauté et les multiples paradoxes dont elle s’enveloppe. La beauté est à la fois universelle et jamais hors-sol : elle s’inscrit dans une culture - à l’inverse, l’art dit contemporain qui nie la beauté est un art commercial globalisant. Et cette distinction importante : le beau n’est pas relatif, il est conditionnel : « Il suppose qu’on lui prête une qualité d’attention, sa réception nécessitant qu’on lui prête certaines modalités. »

Les constantes de la beauté

Christine Sourgins est amenée à déterminer six constantes de la beauté. Rien de canonique là-dedans, ni de rigide. Au contraire, ces constantes - et cela fait leur valeur - gardent la souplesse nécessaire à leur adaptation dans le temps et l’espace. Nous n’en citerons que deux, laissant le lecteur découvrir les autres dans le livre : « ordonner la diversité », à la recherche d’un perpétuel équilibre entre ordre et chaos, l’uniformité d’une stricte symétrie ou d’un vaste désordre n’apportant, en peinture, que monotonie et fatigue à l’œil. Et « surprendre », car la beauté ne saurait être banale : les deux mots se contredisent. L’idée est formulée par Baudelaire (mais ne l’a-t-il pas emprunté à Edgar Poe ?). L’art contemporain l’a reprise à son compte en la modifiant : l’art devrait choquer. C’est radicalement différent. La contemplation et la bousculade n’ont rien en commun.

Ces six constantes viennent compléter la réflexion du sculpteur chrétien Henri Charlier (1883-1975) qui, lui, avait formulé les « grandes constantes de l’art » (dont on trouvera un écho ici, sous la plume d’Albert Gérard) en étudiant des arts aussi différents que les arts chinois, préhistoriques, médiévaux, etc. Charlier croyait en l’art comme moyen de pensée et expression spirituelle via des moyens tout matériels. Christine Sourgins n’en paraît pas loin, qui écrit : « Nous touchons au paradoxe existentiel de l’art quand il parvient au beau : les œuvres finies dans leur matérialité sont infinies dans leurs répercussions. »

La beauté est-elle souvenir du paradis perdu, un présage de la Jérusalem céleste à venir ? Existe-t-elle dans la Création, en nous ? Tout cela à la fois, peut-être. Et « pour ne pas conclure », comme dit l’auteur, le beau est vitalité. Nous ajouterons : et la beauté, vitale.

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

9 commentaires

  1. Certes, la notion de beauté est sujette à des variantes, selon les époques et les cultures. Cependant, certaines oeuvres et certains êtres ont le pouvoir de faire consensus. Je pense en disant cela, notamment, au Parthénon, au Printemps de Boticelli et à Grace Kelly, devenue la Princesse Grâce. Des beautés incontestables, intemporelles, qui font l’unanimité.

  2. Merci pour cet article qui nous éloigne de la noirceur de notre monde et nous (me) fait prendre conscience qu’en changeant notre regard nous nous changeons nous même.

  3. La beauté nous nourrit, nous enchante, elle nous console de la laideur promotionnée par cette gauche qui détruit tout !

  4. La beauté attire et séduit par la grâce de son équilibre original qui offre alors une idée de la perfection toujours pacifique, compréhensible, généreuse et sereine, loin du chaos et de la violence incongrue.

  5. Oui, la beauté est vitale, comment vivre sans la beauté, qui apporte sérénité, plaisir des yeux et apaisement. La beauté est visible partout si l’on sait « VOIR » et non regarder.

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